Ecrivez un discours qui fait l'éloge d'une femme contemporaine que vous admirez.

Annales corrigées : écriture d'inventionFrançais1re TechnoHors Académie2012

La question de la femme

 Écriture d'invention

 Vous êtes chargé(e) de prononcer un discours devant une femme du xxe ou du xxie siècle que vous admirez tout particulièrement, pour en faire l'éloge, à l'occasion de circonstances que vous préciserez. Écrivez ce discours qui devra faire partager votre enthousiasme pour cette personnalité et justifier votre admiration pour elle.
     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

Composez, d'après la consigne, la « définition » du texte à produire pour repérer les contraintes.

  • Sujet / thème : « une femme du xxe ou xxie siècle ».

  • Genre : « discours ». Le texte sera prononcé devant un public ; il doit donc être vivant.

  • Type de texte : « justifier », « éloge » indiquent qu'il s'agit d'un texte argumentatif, dont la thèse est : « Vous êtes admirable ».

  • Registre : « éloge », « admirez » suggèrent le registre épidictique (qui loue ou qui blâme) ; « enthousiasme » suggère le lyrisme.

  • Situation d'énonciation : qui ? vous, qui va devenir je ; à qui ? à une femme qui sera désignée par vous.

  • Niveau de langue : soutenu.

  • « Définition » du texte à produire :

Discours (genre) qui argumente sur (type de texte) une femme contemporaine (thème), épidictique (registre), admiratif (adjectif), pour faire l'éloge de cette femme et souligner ses qualités (buts).

 

Chercher des idées

Vous avez des contraintes à respecter et des choix à faire.

Le fond

  • Une femme du xxe ou xxie siècle : vous devez choisir une personnalité qui s'est illustrée dans un domaine : scientifique (Marie Curie), technique (Hélène Boucher), social et/ou politique (Simone Veil, Gisèle Halimi), humain/droits de l'homme (Mère Teresa), littéraire (Simone de Beauvoir), artistique... Elle peut être une figure du féminisme.

  • Les arguments et les exemples : vous les trouverez dans les réalisations/la biographie de la femme choisie. Partez de faits précis et dégagez les qualités que son comportement révèle. Vous devez donc bien connaître sa vie et ce qu'elle a accompli.

  • Les circonstances du discours : la commémoration d'un événement, un anniversaire (de la femme choisie ou d'un de ses hauts faits), la visite de cette femme dans votre établissement, son entrée dans une institution prestigieuse (Académie française), la remise d'un prix (Nobel, Goncourt...), ou sa décoration...

  • Votre identité : elle dépend des circonstances du discours : vous pouvez être le président d'une association, le président de la République, un académicien, un camarade, un élève...

La forme, les choix d'écriture

À partir de chacune des contraintes ou de chacun de vos choix, constituez des boîtes à outils où vous récapitulerez précisément les faits d'écriture à utiliser qui leur correspondent.

  • Le genre du discours : respectez-en les caractéristiques formelles : formule d'adresse, implication de celui qui parle (indices personnels de la 1re personne), du destinataire (indices personnels de la 2e personne, interrogations, adresses directes...), formule finale.

  • Le registre épidictique recourt fréquemment à l'amplification et utilise un vocabulaire mélioratif, des hyperboles (superlatifs, images élogieuses...), des oppositions, des antithèses, pour valoriser.

  • Le registre lyrique utilise les marques de la 1re personne, se caractérise par des phrases interrogatives, exclamatives, des interrogations oratoires, interjections, apostrophes, anaphores, le rythme ample des phrases (binaire, ternaire), le vocabulaire affectif (émotions, sentiments...).

Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.

Les genres de l'argumentation : voir lexique des notions.

Corrigé : 

Nous vous proposons des extraits du discours de l'académicien Jean d'Ormesson lors de la réception de Simone Veil à l'Académie française le 18 mars 2010 : il répond parfaitement à la consigne.
 

[Formule d'adresse et circonstances] C'est une joie, Madame, et un honneur de vous accueillir dans cette vieille maison où vous allez occuper le treizième fauteuil qui fut celui de Racine.

[Simone Veil, déportée avec sa mère et sa sœur, est une rescapée de la Shoah.]

[...] À plusieurs reprises, dans des bouches modestes ou dans des bouches augustes, j'ai entendu parler de votre caractère. C'était toujours dit avec respect, avec affection, mais avec une certaine conviction : il paraît, ma chère Simone, que vous avez un caractère difficile. Difficile ! Je pense bien. On ne sort pas de la Shoah avec le sourire aux lèvres. Avec votre teint de lys, vos longs cheveux, vos yeux verts qui viraient déjà parfois au noir, vous étiez une jeune fille, non seulement très belle, mais très douce et peut-être plutôt rêveuse. Une armée de bourreaux, les crimes du national-socialisme et deux mille cinq cents survivants sur soixante seize mille juifs français déportés vous ont contrainte à vous durcir pour essayer de sauver votre mère et votre sœur, pour ne pas périr vous-même. Permettez-moi de vous le dire avec simplicité : pour quelqu'un qui a traversé vivante le feu de l'enfer et qui a été bien obligée de perdre beaucoup de ses illusions, vous me paraissez très peu cynique, très tendre et même enjouée et très gaie.

Ce qui vous a sauvé du désespoir, c'est le courage, l'intelligence, la force de caractère et d'âme. Et c'est l'amour : il succède à la haine.

[Simone Veil a été magistrate.]

[...] Votre parcours dans la magistrature n'est pas de tout repos. Vous êtes une femme, vous êtes juive, vous êtes mariée, vous avez trois enfants. Quelle idée ! Beaucoup tentent par tous les moyens de vous dissuader. « Imaginez, vous dit-on, qu'un jour vous soyez contrainte de conduire un condamné à mort à l'échafaud ! » J'aime votre réponse : « J'assumerais. »

[Simone Veil, ministre de la Santé, a obtenu en 1975, la légalisation de l'avortement.]

[...] À beaucoup d'hommes et de femmes, de médecins, de responsables politiques, effarés de voir les dégâts entraînés par les avortements sauvages dans les couches populaires, et à vous, cette situation paraissait intolérable. Mais les esprits étaient partagés, souvent avec violence. Chez les hommes, évidemment, plus que chez les femmes. [...]. Une des clés de votre action, c'est que vous êtes du côté des femmes. Avec calme, mais avec résolution, vous vous affirmez féministe.

Une minorité de l'opinion s'est déchaînée - et se déchaîne encore - contre vous. [...] L'agitation des esprits était à son comble. [...] [Le débat à l'Assemblée nationale est diffusé en direct.] Ce sont pour vous de grands moments d'émotion et d'épuisement. Beaucoup d'entre nous, aujourd'hui et ici, se souviennent encore de ce spectacle où la grandeur se mêlait à la sauvagerie. Je vous revois, Madame, faisant front contre l'adversité avec ce courage et cette résolution qui sont votre marque propre. Les attaques sont violentes. À certains moments, le découragement s'empare de vous. Mais vous vous reprenez toujours. Vous êtes une espèce d'Antigone qui aurait triomphé de Créon. Votre projet finit par être adopté à l'Assemblée nationale par une majorité plus large que prévu [...] C'était une victoire historique. Elle inscrit à jamais votre nom au tableau d'honneur de la lutte, si ardente dans le monde contemporain, pour la dignité de la femme.

[Synthèse finale] [...] Vous avez été abreuvée d'insultes par une minorité - et une large majorité voue une sorte de culte à l'icône que vous êtes devenue. La première réponse à la question posée par une popularité si constante et si exceptionnelle est liée à votre attitude face au malheur. Vous avez dominé ce malheur avec une fermeté d'âme exemplaire. Ce que vous êtes d'abord, c'est courageuse - et les Français aiment le courage.

[...] Avec une rigueur à toute épreuve, vous êtes, en vérité, une éternelle rebelle. Vous êtes féministe, vous défendez la cause des femmes avec une fermeté implacable - mais vous n'adhérez pas aux thèses de celles qui, à l'image de Simone de Beauvoir, nient les différences entre les sexes. Vous êtes du côté des plus faibles - mais vous refusez toute victimisation.

[...] Il y a en vous comme un secret : vous êtes la tradition même et la modernité incarnée. Je vous regarde, Madame : vous me faites penser à ces grandes dames d'autrefois dont la dignité et l'allure imposaient le respect. Et puis, je considère votre parcours et je vous vois comme une de ces figures de proue en avance sur l'Histoire. Oui, il y a de l'énigme en vous : une énigme claire et lumineuse jusqu'à la transparence.

Beaucoup, en France et au-delà, voudraient vous avoir, selon leur âge, pour confidente, pour amie, pour mère, peut-être pour femme de leur vie [...].

Jean d'Ormesson

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