L’espace russe : organisation et recomposition

L'espace russe : organisation et recomposition

Documents

  1. Les réseaux de communication et le réseau urbain en Russie.

  2. Les ressources du territoire russe.

  3. La recomposition des frontières et des espaces frontaliers de la Russie.

  4. Les investissements étrangers par région en Russie.

  5. Moscou, vitrine du capitalisme.

Première partie


Analysez l'ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :

  •  1.Montrez que le territoire russe est inégalement maîtrisé (documents 1 et 2).
  •  2.Quels problèmes ont été posés par les frontières étatiques dont la Russie a hérité en 1991 (documents 1, 2 et 3) ?
  •  3.Quelles régions attirent les investissements étrangers et pourquoi (documents 2, 4 et 5) ?
  •  4.Quelle est la place de Moscou dans l'organisation de l'espace russe (documents 1, 4 et 5) ?

Deuxième partie


À l'aide des réponses aux questions, des informations contenues dans les documents et de ses connaissances, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet : « L'espace russe : organisation et recomposition ».



Document 1 

Les réseaux de communication et le réseau urbain en Russie



http ://unpopulation.org ; www.transsib.ru



Document 2 

Les ressources du territoire russe



www.eia.doe.gov



Document 3 

La recomposition des frontières et des espaces frontaliers de la Russie



L'actuelle Fédération de Russie entretient avec une large partie de sa périphérie des relations très empreintes du passé soviétique. Tout particulièrement avec son « étranger proche1 », c'est-à-dire les pays ex-soviétiques, dont un grand nombre sont membres de la Communauté d'États indépendants (CEI), cofondée le 21 décembre 1991. [...]

Certains nostalgiques de l'Empire préconisent la réintégration d'une partie de son « étranger proche ». Couplées à des aspirations locales (au Kazakhstan, la minorité russe représente 38 % de la population totale), ces tentations pourraient avoir des effets déstabilisants. Les menaces, potentielles ou réelles, auxquelles sont soumis les quelque 25 millions de Russes d'origine résidant dans sa périphérie et la multiplication des troubles dans les régions limitrophes (Moldavie, Caucase, Tadjikistan, etc.) deviennent l'enjeu de combats politiques à Moscou. Un certain nombre d'autres sujets sensibles sont liés au partage des héritages de l'URSS. Parmi ceux-ci, on relève :

  • les infrastructures et les axes d'échanges divers : Transsibérien et autres voies ferroviaires, oléoducs et gazoducs, zones portuaires, etc. L'éclatement de l'URSS a posé d'innombrables problèmes concrets : redéfinition de compétences, partage de réseaux, maintien ou modification des partenariats et des coopérations entre entités territoriales, entreprises, etc. ;

  • dans le domaine militaire, le contrôle des armes tactiques dispersées entre les quatre Républiques « nucléaires » avec un commandement unifié de la CEI, le partage des forces stratégiques (flotte, aviation) [...].

http ://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/etpays/Russie/RussieDoc.htm




1. « Étranger proche » : ensemble des Républiques voisines de la Russie et indépendantes depuis la dislocation de l'URSS.



Document 4 

Les investissements étrangers par région en Russie



D'après Pascal Marchand, Atlas géopolitique de la Russie, Autrement, 2007.



Document 5 

Moscou, vitrine du capitalisme



Fascinante, la capitale russe ne cesse d'étonner par sa vitalité. Dépassant depuis 2002 le cap des 10 millions d'habitants, elle devient incontestablement l'une des grandes métropoles européennes et affiche [...] les effets contradictoires de la transformation socio-économique. Alors que plusieurs quartiers centraux ou périurbains sont en voie de « gentrification » (concentration de commerces de luxe, création de résidences destinées à l'élite, protégées par des gardes et où le mètre carré peut atteindre 7 à 8 000 euros), l'essentiel de la population réside dans des cités-dortoirs peu attractives, même si la municipalité s'efforce de rénover les « HLM khrouchtchéviennes1 » devenues souvent insalubres.

Les Moscovites sont cependant largement favorisés par rapport à la moyenne russe. Même si les chiffres sont biaisés (ils traduisent en partie la localisation des sièges d'entreprises), la part de la capitale par rapport aux autres régions du pays atteste un déséquilibre impressionnant : Moscou représente à elle seule près de 40 % des investissements étrangers, 30 % des exportations du pays ; le salaire moyen y est de moitié supérieur à la moyenne nationale. La ville est d'ailleurs enviée, voire détestée, par les provinciaux qui se sentent parfois délaissés. Peu à peu cependant, les mutations qu'on y observe se répandent dans tout le pays.

Car, à coup sûr, Moscou est le laboratoire du capitalisme russe dans tous les domaines. Cela se marque par l'extension impressionnante des services, banques, agences de voyages, restaurants ou commerces, depuis les grandes marques mondiales du luxe jusqu'aux hypermarchés géants le long du périphérique extérieur, en passant par les petits centres commerciaux qui ont fleuri partout. Cinquante-six des cent vingt-huit McDonald's ouverts en Russie au 1er janvier 2005 sont situés dans la capitale.

Même si Moscou demeure un centre actif de transformation (industries aéronautiques, constructions mécaniques de précision), les zones industrielles sont en forte régression, dégageant des surfaces considérables pour la spéculation immobilière.

Jean Radvanyi et Gérard Wild, « La Russie entre deux mondes », Documentation photographique, n° 8045, 2005.




1. Construites à l'époque de Khrouchtchev dans les années 1950-1960.


     LES CLÉS DU SUJET  

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

Le sujet se situe dans la dernière partie du programme et est étudié le plus souvent à la toute fin de l'année. La Russie est un État particulier, qui a connu, depuis 1991, des bouleversements géographiques majeurs. L'espace russe peut ainsi être analysé en termes de permanences et de mutations. On vous demande ici d'analyser son organisation (les permanences) et la recomposition qui l'affecte (les mutations).

Analyser les documents

  • Le document 1 est une carte représentant le réseau de villes et de communication. Attention à bien repérer les villes en croissance et celles en décroissance !

  • Le document 2 est une autre carte représentant les ressources naturelles (hydrocarbures, matières premières, minerais, forêts). La carte est assez embrouillée : examinez soigneusement la légende, puis repérez chaque élément l'un après l'autre sur la carte. Les conduites (oléoducs, gazoducs) permettent d'aborder l'exploitation de ces ressources.

  • Le document 3 est un texte qui présente quelques éléments liés à la recomposition des frontières russes suite à la disparition de l'URSS. Il est tiré d'un site web célèbre, reconnu pour sa qualité scientifique.

  • Le document 4 est une troisième carte qui présente la répartition des investissements étrangers en Russie. Attention : le cercle évidé représente Moscou (104,8 milliards de dollars) !

  • Le document 5 est un texte qui montre à quel point Moscou devient une métropole mondialisée en avance sur le reste du pays.

Déterminer les axes de la réponse organisée

Le sujet peut être abordé simplement en présentant d'abord l'organisation du territoire russe, dans ses structures essentielles. On pourra ensuite montrer que l'espace connaît des contraintes majeures, certaines anciennes, d'autres plus récentes. Ce qui permettra de mieux comprendre les recompositions en cours en Russie.

I. Une organisation spatiale dissymétrique.

II. Un espace sous contraintes majeures.

III. Des recompositions spatiales discriminantes.

Corrigé : 

Première partie


  •  1.La maîtrise d'un territoire implique un certain affranchissement des distances et des obstacles dans la construction dudit territoire. Dans une Russie qui est toujours le plus grand État du monde (17 millions de km2), la distance n'est pas un vain mot : 10 000 kilomètres de la Biélorussie au Pacifique ! Si la Russie centrale – dans un triangle Saint-Pétersbourg-Omsk-Rostov – apparaît comme une région dont les réseaux de communication sont relativement denses, voire multimodaux (en tout cas sur le document 1), ce n'est pas le cas ailleurs. À mesure que l'on s'éloigne vers le nord et l'est, les réseaux deviennent moins denses, plus axiaux (Transsibérien), puis rares, voire inexistants (Sibérie orientale). La maîtrise du territoire est donc inégale, et même incomplète.
  •  2.La disparition de l'URSS le 25 décembre 1991 entraîne, pour la Russie nouvelle, d'importantes modifications de sa configuration territoriale.
    • Le territoire russe est à présent rejeté plus au nord et à l'est. Il s'éloigne de l'Europe et une plus grande proportion de son espace est désormais marquée par la continentalité.

    • Une partie de son territoire n'est plus contiguë : Kaliningrad.

    • La Russie perd une partie de ses fenêtres maritimes sur la mer Baltique (ports baltes) et la mer Noire (ports ukrainiens, dont la base géante de Sébastopol, à présent louée à l'Ukraine).

    • Certains axes de communication – qui n'avaient pas été pensés en fonction des frontières intérieures de l'URSS – se retrouvent à présent en territoire étranger : c'est le cas de l'axe Sud-Oural du Transsibérien, qui passe au Kazakhstan.

    • Les mêmes remarques valent pour les réseaux de tubes (oléoducs, gazoducs), qui doivent à présent transiter par des États pas toujours amicaux, l'Ukraine en particulier, jusqu'à très récemment.

    • Vingt-cinq millions de Russes, présents dans les Républiques non russes, se retrouvent brusquement étrangers dans leur propre pays et constituent des minorités, parfois importantes (38 % de la population totale du Kazakhstan), dont le sort préoccupe Moscou.

    • L'armement nucléaire soviétique était dispersé entre quatre Républiques « nucléaires » (Russie, Ukraine, Biélorussie, Kazakhstan) : il a fallu démanteler les armes des Républiques non russes, qui ont choisi de ne pas en détenir. De même, on peut ajouter le sort du cosmodrome de Baikonour, situé au Kazakhstan, actuellement loué par la Russie.

  •  3.Les investissements directs étrangers en Russie obéissent à deux ­logiques presque exclusives : Moscou et les matières premières.
    • Les matières premières sont les grandes richesses de la Russie : pétrole, gaz, charbon, métaux, or, diamants… Les investissements nécessaires sont colossaux, notamment en raison des conditions d'extraction souvent difficiles. Ainsi s'expliquent les investissements réalisés : hydrocarbures en Sibérie occidentale, à Sakhaline, dans l'Oural, dans le Grand Nord ; or en Sibérie orientale, charbon en Sibérie centrale.

    • Moscou concentre les investissements étrangers, notamment dans le secteur des services : immobilier, commerce, banques… La capitale russe constitue – hors énergie – le point d'entrée du pays pour les investisseurs internationaux. En tant que grande métropole, elle concentre les services de haut niveau et elle est parfaitement reliée, connectée au reste du monde.

  •  4.La place de Moscou dans l'organisation de l'espace russe est celle d'une ville capitale de premier plan : point nodal du réseau de communication, riche de trois aéroports internationaux, en forte croissance démographique (pour le contexte russe) avec plus de 10 millions d'habitants, 1re destination des investissements étrangers (presque 105 milliards de dollars entre 2000 et 2005). Moscou devient progressivement une ville mondiale, avec ses services de haut niveau, son rôle primordial dans les exportations du pays (30 % liés à la présence des sièges sociaux des grandes entreprises exportatrices russes). Moscou constitue donc le cœur de l'espace russe, mais – pourrait-on dire – un cœur qui aspire plus de ressources qu'il n'en rejette. Le syndrome capitale-province paraît aussi marqué qu'en France…

Deuxième partie


Introduction

L'effondrement de l'URSS fut « la plus grande catastrophe géopolitique du xxe siècle », selon Vladimir Poutine. Sur le plan géographique, sans aller jusqu'à parler de « catastrophe », les mutations impliquées par la recomposition ­géopolitique ont-elles modifié l'organisation de l'espace russe ? Il semble, en fait, que l'organisation dissymétrique de la Russie, soumise à des contraintes majeures, ait fait place à des recompositions spatiales discriminantes.

I. Une organisation spatiale dissymétrique

1. La Russie centrale

  • C'est le cœur du pays. Et Moscou – ville et région – en est le centre. Avec 12 millions d'habitants dans l'agglomération, au centre des réseaux routier, ferroviaire et même fluvial, Moscou concentre 30 % des emplois tertiaires, 75 % des investissements étrangers et 80 % du produit net bancaire. La plupart des sièges sociaux s'y trouvent rassemblés. Sa région reste enfin la 1re région industrielle de Russie. Moscou est donc le centre de décision du pays, avec une énorme avance sur les autres villes. D'ailleurs, la croissance de Moscou se poursuit, renforçant encore son influence, polarisant davantage l'espace.

  • Les autres régions de Russie centrale s'organisent autour de Saint-­Pétersbourg, au nord, sur la Baltique, 2e ville russe avec ses 5 millions d'habitants, mais qui ne peut rivaliser avec Moscou. La région Volga-Oural, en revanche, joue un rôle majeur sur le plan industriel. Bien que en crise et restructuration, elle fournit le tiers de la production industrielle, avec ses combinats géants. Le territoire y est cependant moins bien maîtrisé, les réseaux plus lâches, les campagnes plus attardées.

  • Les régions méridionales (basse Volga, mer Noire) présentent des atouts importants : terres noires riches en potentialités agricoles, grands bassins industriels en reconversion autour du charbon (Donbass) et du fer (Koursk). Caspienne et mer Noire sont des zones plus touristiques, que renforcent les prochains jeux Olympiques de Sotchi.

2. Les Russies périphériques

  • En dehors de cette Russie centrale, au-delà de l'Oural, l'espace reprend ses droits sur le territoire : c'est la Russie périphérique. Toute la Sibérie méridionale est structurée autour de l'axe du Transsibérien, qui rassemble 80 % de la population russe d'Asie. Novossibirsk, 3e ville du pays, fait figure de capitale. Cette région s'appuie sur une agriculture relativement riche, surtout au sud-ouest, et sur de grands bassins industriels localisés sur les gisements géants de matières premières, tel celui du Kouzbass (45 % du charbon russe). Les grands fleuves méridiens et leurs aménagements hydroélectriques sont des points privilégiés de peuplement, à l'intersection du Transsibérien. Pourtant, le peuplement reste essentiellement ponctuel et les lieux d'habitation très espacés les uns des autres.

  • Au-delà commence la Russie des marges : l'Extrême-Orient russe rassemble des peuplements ténus, ponctuels à l'extrême. Le littoral pacifique ne s'humanise réellement qu'autour de Vladivostok et de Nakhodka. Des dynamiques transfrontalières y sont cependant à l'œuvre : le différentiel démographique avec la Chine, au sud, entraîne des migrations de travail et des installations permanentes de plus en plus nombreuses.

  • Le Grand Nord, autrefois espace des fronts pionniers soviétiques, perd peu à peu de sa substance. Desservi de loin en loin par de rares ports arctiques, l'espace est surtout structuré par l'avion : les réseaux terrestres sont rares, locaux, parfois inexistants. La mise en valeur de cet espace, tentée à l'époque soviétique, a échoué. Cette immense réserve recèle de fantas­tiques potentialités, mais exploitées ponctuellement : hydrocarbures des gisements géants de Bakou III, nickel de Norilsk, diamants en Iakoutie, or de la Kolyma. En dehors des bases stratégiques de l'Arctique et des grands bassins, l'espace, le froid, la montagne règnent sans partage.

C'est que l'espace russe subit des contraintes majeures, qui peuvent expliquer cette organisation très spécifique.

II. Un espace sous contraintes majeures

1. Les contraintes anciennes

  • Certaines de ses contraintes sont anciennes, mais elles prennent une vigueur nouvelle dans une Russie qui n'a plus, sur sa population, les moyens de contrôle et de coercition de l'URSS. Avec 17 millions de km2, et 10 000 kilomètres de longitude, la première contrainte est celle de l'espace. Vers le nord et vers l'est, les réseaux de transport se font rares, la liaison maritime ou aérienne devient parfois l'unique moyen de désenclavement. Un tiers des communes russes ne sont desservies que par des pistes non goudronnées. Les cités industrielles ou minières de Sibérie ou du Grand Nord ne sont reliées que par un cordon ombilical qui s'étire sur des milliers de kilomètres, selon une logique de corridors de transport.

  • L'espace, la continentalité, l'enclavement sont des contraintes majeures et génèrent des coûts énormes. Les contraintes de relief sont également présentes : la moitié de la Russie est en zone de montagnes.

  • Enfin, le froid est un obstacle essentiel. Le record mondial de froid hors Antarctique est détenu par la Sibérie orientale (– 70 °C). La merzlota (­permagel) touche la moitié de la Sibérie, la banquise bloque les façades nord pendant huit mois par an. En été, la raspoutitsa transforme les routes en bourbiers, obligeant à de coûteux aménagements, dans une Russie qui fut, dans les années 1990, particulièrement impécunieuse.

2. Les contraintes récentes

  • Car s'ajoutent, depuis 1991, de nouvelles contraintes. L'éclatement de l'URSS, créateur de nouvelles frontières, a en effet éloigné la Russie de l'Europe, ramené au nord et à l'est son centre de gravité, accentuant sa part de continentalité. Une part de ses façades maritimes, en mer Baltique et en mer Noire, a disparu. L'oblast de Kaliningrad est devenu une enclave dans l'Union européenne. Vingt-cinq millions de Russes se sont brutalement retrouvés hors de Russie : si beaucoup sont rentrés (« pieds rouges »), les autres constituent des minorités parfois mal acceptées. L'économie soviétique, pensée à l'échelle de l'Union, est brusquement segmentée par des frontières avec de nouveaux États souverains.

  • Les contraintes de transit ainsi générées sont énormes et particulièrement sensibles dans le cas des réseaux de conduites. Les gazoducs Gazprom ou les oléoducs Transneft ont ainsi hérité d'un tracé à travers l'Ukraine ou la Pologne. Une stratégie de contournement a donc été mise en œuvre, via des projets comme Iamal Europe, Blue Stream ou North Stream.

  • Les contraintes de coût – variable inévitable d'une économie désormais capitaliste – sont devenues essentielles. À l'époque soviétique, les véri­tables contraintes étaient idéologiques ; le coût constituait une variable secondaire. À présent, les surcoûts énormes engendrés par la distance, le froid, l'­enclavement doivent être pris en compte et génèrent en retour des recompositions spatiales discriminantes.

III. Des recompositions spatiales discriminantes

1. Des recompositions liées à la mondialisation

  • Moscou a visiblement tiré profit des nouvelles logiques spatiales. Dans le contexte actuel de mondialisation, elle représente la porte ouverte sur la Russie et a accentué son contrôle non seulement sur son espace proche, mais sur tout le territoire national. En témoigne l'écrasante domination qu'elle exerce sur les investissements étrangers, surtout quand on sait que les autres investissements – sur gisements de matières premières – sont contrôlés en fait depuis la capitale. Moscou est à présent une ville internationale, qui accède progressivement au statut de ville mondiale et entend le faire savoir, notamment par la frénésie de constructions dans son nouveau CBD, Moskva City : la tour « Russie » – annulée en 2009 en raison de la crise – devait mesurer 648 mètres de hauteur !

  • Les régions industrielles de Russie centrale sont confrontées à une rude concurrence internationale. Privées de leurs débouchés d'autrefois – les économies captives de la zone d'influence soviétique – et étranglées par une décennie de sous-investissement, les espaces industriels de Russie centrale connaissent un déclin sélectif mais accéléré. Les villes mono-­industrielles, spécialité soviétique, souffrent particulièrement.

  • Dans le reste de la Russie centrale, les processus d'hyperpolarisation de l'espace se poursuivent et se manifestent par le déclin prononcé des villes petites et moyennes, et surtout des espaces ruraux. Cette hyperpolarisation de l'espace produit un territoire en peau de léopard : des taches de peuplement et d'activités denses au milieu de grands espaces vides.

2. L'effondrement du territoire russe

  • Dans la Russie périphérique, les processus à l'œuvre prennent une ampleur plus dramatique. La fin de l'Union soviétique se traduit par l'arrêt des fronts pionniers, qui tentaient de mettre en valeur le territoire. La Sibérie et le Grand Nord se vident. Les populations pionnières que ni le totalitarisme soviétique ni les salaires élevés ne maintiennent plus sur place migrent vers la Russie centrale. Les phénomènes de retour, aujourd'hui pratiquement achevés, furent d'une ampleur parfois extrême : en vingt ans, la population du port arctique de Dikson a diminué de 85 % !

  • Partout est en cours un resserrement de l'écoumène : disparitions de routes, fermetures de villages. En Sibérie, en dehors des pôles majeurs – Novossibirsk, Krasnoïark –, l'occupation humaine s'affaiblit et se déplace vers les villes ou la Russie centrale. Le territoire s'effondre.

  • L'occupation de l'espace dans la Russie périphérique prend des formes pragmatiques : l'accent est mis non plus sur la mise en valeur du territoire – ce qui suppose une certaine extension organisée des activités humaines –, mais sur sa simple exploitation. Les gisements de matières premières sont mis en exploitation par des populations restreintes et les productions extraites sont acheminées par des corridors de transport, parfois sur des milliers de kilomètres. La Russie traite ses périphéries comme des colonies d'exploitation ! Mais a-t-elle les moyens de faire autrement ?

Conclusion

Les recompositions récentes de l'espace russe conduisent donc à une polarisation accentuée de son espace central : en dehors de Moscou, qui accède progressivement à un statut de ville mondiale, les autres villes sont en déclin relatif et en restructuration industrielle profonde ; à quelques dizaines de kilomètres des régions urbaines, la présence humaine se rétracte, produisant un territoire en « peau de léopard ». À la périphérie, la Russie poutinienne est passée, de manière très pragmatique, d'une logique de mise en valeur à une logique d'exploitation. Le territoire se contracte ; l'espace russe s'étend.

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