La construction européenne de 1945 à nos jours

La construction européenne de 1945 à nos jours

Document

Chronologie indicative

1951

Traité instituant la CECA.

1957

Traités de Rome.

1973

Europe des 9.

1979

Première élection du Parlement européen au suffrage universel.

1986

Europe des 12.

Acte unique européen.

1992

Traité de Maastricht.

2002

Lancement de l'euro.

2004-2007

L'Europe des 25 puis des 27.

2005

Le non l'emporte, en France et aux Pays-Bas, au référendum sur la Constitution européenne.

2009

Entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

 

     LES CLÉS DU SUJET  

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

Il s'agit de rendre compte d'un projet extraordinairement original, actuellement le plus avancé au monde, d'intégration entre États. Et pas n'importe quels États, mais ceux qui, au départ, avaient le plus de raisons de se méfier les uns des autres, voire de se haïr.

Les bornes chronologiques ne posent ici guère de problème. Il faut toutefois remonter à l'histoire très récente. La chronologie fournie va d'ailleurs dans ce sens.

Certains termes spécifiques doivent être connus : il est ainsi important de distinguer clairement l'élargissement de l'Union (c'est-à-dire l'augmentation du nombre d'États membres) de son approfondissement (c'est-à-dire l'augmentation des compétences de l'Union par rapport à celles des États). De même, une Europe fédérale s'oppose à une « Europe des patries » : dans la première, les États renoncent à de larges pans de leur souveraineté ; dans la seconde, les États conservent l'essentiel de leur souveraineté et pratiquent une simple association.

Dégager la problématique

Il ne suffit pas de tracer les étapes de la construction européenne. Il faut surtout définir, à chaque moment, de quelle Europe on parle, quelle Europe est construite. Et aussi l'expliquer. C'est-à-dire montrer comment le processus de construction européenne est étroitement dépendant des grands mouvements de l'Histoire, autrement dit, comment les contextes national et international interagissent pour freiner ou accélérer la construction du projet européen.

Définir le plan

Un plan chronologique s'impose, car assez facile à traiter, donc rentable pour le candidat. 1957 constitue clairement une date charnière. 1989 ouvre une nouvelle époque. D'où le plan :

I. Quelle Europe et comment la construire (1945-1957) ?

II. Une Europe économique et occidentale (1957-1989).

III. Une Europe vers plus d'Europe (1989 à nos jours).

Corrigé : 

Les numéros, les mots en couleurs, les expressions entre crochets ne sont là que pour vous aider à mieux percevoir la structure du corrigé et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.
 

Introduction

Accroche


Et de trois ! En 1945 s'achève la troisième guerre franco-allemande, dont deux furent mondiales, en moins d'un siècle. Entre les deux nations, le ressentiment est vif, profond, durable. En moins d'un siècle pourtant, les ennemis jurés deviennent partenaires dans la construction d'une Europe autrefois déchirée par la guerre, à présent havre de paix. Ce renversement des perspectives historiques réalisé dans le second xxe siècle paraît extraordinaire au regard de l'Histoire longue. Extraordinaire mais pas inexplicable.

Définition du sujet et problématique


La construction de l'Europe de 1945 à nos jours fut en effet un processus complexe, fait de flux et de reflux, porté par des hommes visionnaires, accepté finalement par les peuples. D'élargissements en approfondissements, l'Europe n'est plus simplement un continent aux limites imprécises. Elle est devenue un objet historique original, pionnier de son espèce dans l'Histoire. Mais cette avancée ne se réalisa pas sans reculs ni tâtonnements, en étroite dépendance du contexte historique général.

Annonce du plan


Quelle Europe, en effet, et comment la construire ? Il ne fallut pas moins d'une décennie pour commencer à réaliser l'Europe, de façon plutôt pragmatique. Le traité de Rome de 1957 marque le début d'une deuxième phase, la réalisation d'une Europe par l'Ouest et par l'économie. Enfin, la fin de la guerre froide, à partir de 1989, donne à l'Europe plus d'Europe, plus loin vers l'Est, plus profondément, au-delà des structures nationales qui en furent les génitrices.

I. Quelle Europe et comment la construire (1945-1957) ?

1. Un projet ancien né de la guerre

  • Le projet était déjà ancien : après Kant ou Victor Hugo, les ministres des Affaires étrangères français (Aristide Briand) et allemand (Gustav Stresemann), dans l'entre-deux-guerres, remettent sur la table des négociations un projet d'États-Unis d'Europe, qui semble marqué au coin de l'utopie. La crise de 1929 puis la montée des nationalismes enterrent l'idée.

  • En 1945, l'Europe ruinée se cherche un nouvel avenir alors même que les communistes étendent leur emprise sur l'Est du continent. En septembre 1946, quelques mois après le discours de Fulton, Winston Churchill, dans son ­discours de Zurich, relance l'idée d'États-Unis d'Europe (sous-entendu occidentaux), pour favoriser la paix entre les ennemis d'hier, la relance économique et surtout constituer un rempart face au communisme.

2. Un projet favorisé par l'Amérique…

  • Ce sont les Américains, avec le plan Marshall, qui poussent les Européens à s'organiser dès 1947, car ils ont assorti leur aide financière d'une condition : les Européens bénéficiaires doivent s'associer pour se partager les milliards de dollars attribués à la reconstruction et libérer leurs échanges. Ainsi, en 1948, 16 pays d'Europe occidentale créent I'OECE (Organisation européenne de coopération économique). Elle donne naissance à une Europe atlantiste, alliée aux États-Unis. L'année suivante, la signature du traité de Washington, qui fonde l'OTAN, confirme cet ancrage. La guerre froide a donc été un élément déterminant dans ces premiers rapprochements. Le Conseil de l'Europe (créé en 1949 par 10 pays) renforce cet objectif de promotion des droits de l'homme et de la démocratie.

  • Des projets se succèdent ensuite. À l'initiative des Français Jean Monnet et Robert Schuman, les Allemands (Konrad Adenauer) acceptent une Union économique, rejoints par l'Italie (Alcide De Gasperi) et les pays du Benelux (Paul-Henri Spaak). L'action de ces « Pères de l'Europe » débouche, en avril 1951, sur la signature du traité de Paris qui donne naissance à la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier), véritable marché commun pour ces deux produits, matières premières essentielles à la reconstruction et aux industries d'armement. Cette CECA symbolise aussi la réconciliation franco-allemande et la constitution d'un axe dominant entre Paris et Bonn.

3.… et encore freiné par les nationalismes

  • Après la guerre de Corée, les Européens devaient contribuer à leur propre défense collective. Il fallait donc envisager le réarmement allemand. Le ministre français René Pleven proposa alors de réaliser dans le domaine militaire l'équivalent de la CECA : une organisation supranationale militaire. En 1952, le traité de Paris créait la Communauté européenne de défense (CED), fusion des armées des six pays signataires. Il s'agissait là d'une avancée majeure de la construction européenne, représentant une certaine abdication des souverainetés nationales au profit de l'idée européenne.

  • Était-ce trop tôt ? Le traité n'est pas ratifié par la France, en raison de l'opposition gaulliste et communiste. Les communistes voient dans la CED une machine de guerre aux mains des Américains et contre l'URSS. Les gaullistes, mais aussi une part de l'opinion publique, craignent ce réarmement allemand et une perte de souveraineté pour la France. C'est le premier coup d'arrêt à la construction européenne. L'échec de la CED laisse la construction européenne en panne.

II. Une Europe économique et occidentale (1957-1989)

1. La naissance d'une communauté économique…

  • En juin 1955, à Messine, les Six constatent la fragilité de leur union et décident de relancer la construction. Deux ans plus tard, ils signent à Rome, le 25 mars 1957, les traités de Rome. Le premier traité étend à l'agriculture et à l'ensemble de l'industrie ce que la CECA avait réalisé pour le charbon et l'acier. C'est donc la Communauté économique européenne (CEE) qui permet une intégration par la création d'un Marché commun. Le deuxième traité institue l'EURATOM, la Communauté européenne de l'énergie atomique, qui devait assurer l'indépendance en matière d'énergie nucléaire.

  • Cette relance de 1957 confirme l'orientation économique de la construction, selon une approche pragmatique. Grâce à la CEE, les Six deviennent un pôle économique de premier plan, concurrent des États-Unis. Les échanges entre pays membres sont décuplés et en font bientôt le 1er ensemble commercial du monde ; la PAC (Politique agricole commune), lancée à partir de 1962, crée un espace agricole protégé et subventionné, avec préférence communautaire et garantie des prix grâce à des mécanismes de soutien.

2. … qui s'élargit à l'essentiel de l'Europe occidentale…

  • La construction européenne fait ainsi son chemin. Dans les années 1950, le Royaume-Uni montre son hostilité à la construction européenne, préférant ses liens directs avec le Commonwealth et les États-Unis. Il fonde l'AELE (Association européenne de libre-échange) avec six autres États européens en 1959. Mais cette AELE concurrente s'étiole et le Royaume-Uni demande par deux fois (1963, 1967) à rentrer dans la Communauté : à chaque fois, la France oppose son veto, de Gaulle considérant le Royaume-Uni comme un « cheval de Troie » des Américains. Après 1969, les négociations reprennent : en 1973, le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark entrent dans la CEE. C'est le premier élargissement géographique.

  • Avec la fin des régimes autoritaires en Europe méditerranéenne, les élargissements reprennent : en 1981, la Grèce débarrassée de ses colonels, en 1986, l'Espagne sans Franco, le Portugal sans Salazar ni Caetano rejoignent la Communauté, qui entend ainsi préserver leurs démocraties récentes et fragiles (1974-1975), et dynamiser l'économie de ces pays pauvres et agricoles. L'Europe passe à 12. L'essentiel de l'Europe occidentale est alors membre de la Communauté.

3. … et tente quelques approfondissements limités

  • Dans les années 1970, la CEE ne se contente pas des simples élargissements géographiques, elle tente d'amorcer l'approfondissement des compétences de la Communauté. En 1974 est créé le Conseil européen (Bruxelles) qui réunit deux à trois fois par an les chefs d'État et de gouvernement, afin de décider des orientations de la CEE. En 1979, le Parlement (Strasbourg) est désormais élu au suffrage universel direct. Ces mesures politiques, de portée encore limitée, préparent cependant l'avenir.

  • Sur le plan économique, d'autres avancées se mettent en place, car les élargissements successifs permettent un certain progrès de l'idée d'Europe. En 1979 est créé le système monétaire européen (SME), qui favorise la stabilité monétaire et amorce la marche vers la monnaie unique. En 1986 est signé l'Acte unique, dont l'objectif est d'arriver à un Marché unique européen en 1993, un espace sans frontières intérieures, pour faciliter la circulation des marchandises, des hommes, des capitaux.

III. Une Europe vers plus d'Europe (1989 à nos jours)

1. Plus d'Europe à l'Est

  • La chute du mur de Berlin et celle des démocraties populaires modifient le contexte international dans des proportions considérables. L'Est du continent se détache de l'orbite ex-soviétique alors même que l'Ouest fait figure de modèle envié tant pour son système politique de démocratie libérale, que pour son modèle économique, marqué par une évidente prospérité. De nouveaux élargissements sont ainsi votés.

  • En 1990, l'ex-RDA intègre la CEE du fait de la réunification allemande. En 1995 entrent l'Autriche, la Suède et la Finlande. En 2004, le plus important élargissement géographique est réalisé, avec l'intégration de 10 nouveaux pays : 2 micro-États méditerranéens (Malte et Chypre), 8 pays d'Europe centrale et orientale (Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie). Le but est d'accélérer la démocratisation et le développement de ces pays anciennement communistes. La Roumanie et la Bulgarie rejoignent à leur tour l'UE en 2007, portant le nombre de membres à 27 et la population à 500 millions d'Européens.

2. Plus d'Europe, moins de frontières

  • Comme libéré par la fin de la guerre froide, l'approfondissement des compétences est accéléré depuis le début des années 1990, notamment sous l'impulsion du couple franco-allemand (Mitterrand-Kohl). Une nouvelle étape est franchie avec la signature du traité de Maastricht en 1992. Ce traité propose la création d'une monnaie unique, d'une politique étrangère commune, d'une citoyenneté européenne et même la possibilité d'une Défense commune. Il est adopté, parfois difficilement, donnant naissance à l'Union européenne en lieu et place de la Communauté.

  • En 1995 est appliqué le traité de Schengen, héritier de l'Acte unique de 1986, qui rassemble les pays membres (sauf Royaume-Uni et Irlande) et deux pays non membres (Norvège et Islande), et autorise la totale liberté de circulation des personnes. Des programmes éducatifs permettent les échanges d'étudiants (Erasmus). En janvier 2002, l'Union monétaire décidée à Maastricht est effective avec billets et pièces en euro, et une Banque centrale européenne à Francfort, qui définit la politique monétaire dans une totale indépendance. Enfin, en 2003, la convention Giscard d'Estaing rédige un projet de Constitution européenne qui se substituerait aux textes existants et redéfinirait les institutions.

3. Et maintenant ? L'Europe en panne

  • Après cette phase d'élargissement et d'approfondissement rapides, la construction de l'Europe semble cependant en panne, comme en témoignent les difficultés à faire avancer l'Europe de la Défense (PESD) ou les divisions sur l'intervention américaine en Irak, en 2003. L'Union et le Pacte de stabilité sont rendus responsables par l'opinion publique du recul de l'État-providence, ­contribuant à un euroscepticisme ambiant que renforcent les craintes des ­conséquences de l'élargissement à l'Est (le « plombier polonais »).

  • Et surtout se pose avec acuité la question de l'avenir politique de I'UE. La querelle – ancienne – entre les supranationalistes et les souverainistes n'est pas tranchée. Les « nons » français, puis néerlandais, de 2005 au référendum sur la Constitution européenne montrent que l'orientation libérale du projet de Constitution fait peur. Le traité de Lisbonne de 2009, version édulcorée du texte de 2005, ne fait pas non plus l'unanimité. Enfin se pose la question de l'identité européenne et de ses frontières ultimes, avec le débat très actuel sur l'éventuelle adhésion de la Turquie vers 2020.

Conclusion

Bilan et réponse


La construction européenne s'est donc faite à la faveur d'éléments externes favorables, guerre froide, puis chute des démocraties populaires. L'Union s'est d'abord réalisée de manière pragmatique, sur des compétences clairement économiques. L'approfondissement politique est venu ensuite, à mesure que l'élargissement géographique le rendait plus nécessaire. En 2010, l'Europe reste en chantier. En un demi-siècle, elle a réussi à assurer la paix entre ses peuples, ce qui était un objectif initial. Par les succès obtenus patiemment, elle a bâti un espace économique globalement prospère. Mais, dans les années 1990, cette construction européenne est passée d'une dimension occidentale et économique à une dimension continentale et nettement plus politique. Une nouvelle orientation qui suscite polémique et méfiance.

Élargissement


Il est certes plus difficile de faire naviguer le vaisseau Europe à 27 qu'à 6. Il semble pourtant de l'intérêt de chacun, dépassant ses égoïsmes nationaux, de poursuivre la construction européenne. Tant il est vrai que, en ce xxie siècle, la puissance des nations européennes ne peut conserver de rang mondial qu'additionnées.

Je crée mon compte ou Pour récupérer le document au format PDF
Mon compte Je crée mon compte Déjà inscrit ? Je me connecte