La représentation d’un texte théâtral permet-elle d’enrichir sa compréhension ?

Annales corrigées : dissertationFrançais1re TechnoLa dissertation littéraireLe théâtre, texte et représentationPondichéry2012
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
La représentation théâtrale
 
 

La représentation théâtrale • Dissertation

Le théâtre

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Pondichéry • Avril 2012

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Dissertation

> La représentation d’un texte théâtral permet-elle d’enrichir sa compréhension ? Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les textes du corpus, ceux que vous avez étudiés pendant l’année scolaire ainsi que sur vos lectures et votre expérience de spectateur.

Comprendre le sujet

  • Les termes « représentation » et « expérience de spectateur » font référence à la représentation, par opposition au « texte théâtral » écrit et seulement lu. Ils indiquent sur quoi repose la problématique du sujet : le sujet traite du passage du texte à la représentation, incarnation de la pièce.
  • L’expression « enrichir sa compréhension » signifie « pour mieux comprendre », c’est-à-dire saisir l’intrigue de la pièce, mais aussi le message éventuel de l’auteur ; on vous demande de réfléchir à l’intérêt ou au plaisir pris lors de la représentation.
  • La problématique peut être reformulée ainsi : « Comprend-on mieux une pièce quand on assiste à sa représentation ? » ou, en inversant la perspective : « Peut-on vraiment bien comprendre une pièce en la lisant sans assister à sa représentation ? » ou « Le texte théâtral suffit-il pour comprendre et apprécier une pièce de théâtre ? »

Chercher des idées

  • Scindez cette problématique en plusieurs sous-questions que vous essaierez de varier, en modifiant les mots interrogatifs. Vous pouvez ainsi aboutir à : « Quels éléments le spectacle ajoute-t-il pour la compréhension du texte théâtral ? » ; « Pourquoi comprend-on mieux une pièce à la représentation ? » ; ou, à l’inverse : « Que perd une pièce à être seulement lue ? ».
  • On peut aussi élargir la réflexion et dépasser ces questions en se demandant : « Quels sont les avantages (ou les inconvénients) de la lecture d’une pièce ? » ; « Quels sont les avantages (ou les inconvénients) de la représentation ? » ; « Que gagne une pièce à être représentée ? »
  • On peut alors aborder la notion de « plaisir ». Cela amène à se poser les questions suivantes : « Peut-on trouver du plaisir à lire une pièce sans assister à sa représentation ? » ; « Est-ce que je m’intéresse plus à une pièce si je la vois représentée, est-ce que je la comprends mieux ? »
  • Réfléchissez aux éléments que comporte le texte théâtral (répliques, didascalies), au rôle des différents intervenants (metteur en scène, acteurs…). Quels choix peuvent-ils opérer par rapport aux éléments matériels du spectacle (décor, costumes, lumières, rythme imprimé à la pièce…) ? N’oubliez pas le rôle du public.
  • Utilisez les textes du corpus et constituez-vous une réserve d’exemples de pièces que vous avez lues ou vues.

>Réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

>Choix et exploitation des exemples : voir guide méthodologique.

Corrigé : 

Le corrigé ne comporte que quelques exemples. Vous devez donc inclure dans ce corrigé vos exemples personnels.

Introduction

[Amorce] Le texte de théâtre est double : texte à lire et texte à jouer. Cependant, certains auteurs ont écrit des pièces destinées à être uniquement lues (Spectacle dans un fauteuil, Musset). Mais « tout le monde sait que les comédies ne sont faites que pour être jouées » (Molière). [Problématique] La représentation est-elle indispensable pour saisir le sens d’une pièce de théâtre et, au-delà, pour l’apprécier ? [Annonce des axes] Certes, le texte théâtral est primordial, et la lecture d’une pièce présente un intérêt, mais voir une pièce représentée en facilite la compréhension ; plus que cela, la représentation procure au spectateur du plaisir, donc permet de mieux l’apprécier.

I. Le plaisir de la lecture

1. Le texte fournit l’essentiel

  • Le texte (répliques et certaines didascalies internes) permet de comprendre et de saisir la dynamique de la pièce (l’intrigue et ses rebondissements) et d’imaginer les personnages (leur caractère et leur physique). [Exemples personnels.]
  • Les didascalies externes permettent de s’imaginer les décors, les mouvements et les gestes des personnages, leurs mimiques et les intonations. [Exemple personnel.]

2. Un espace de liberté laissé au lecteur

  • Le lecteur peut fragmenter sa lecture : pas de contraintes de temps ou même de lieu ; il peut revenir en arrière ou relire un passage qu’il n’a pas saisi. [Exemple personnel.]
  • Il se représente les personnages librement, selon son interprétation personnelle. Il comprend la pièce « à sa façon ». [Exemple personnel.]

3. Une participation active demandée au lecteur

  • Le lecteur peut se mettre dans la peau du comédien ou du metteur en scène. Il fait l’effort d’imaginer lui-même la mise en scène et de lui donner un sens. [Exemple personnel.]
  • La pièce peut prendre plusieurs sens : le lecteur peut la « comprendre » de diverses façons ; la pièce offre une pluralité de significations.

[Transition] La lecture laisse la pièce dans un devenir multiple, alors que la représentation fige la pièce et peut décevoir les attentes du lecteur. Mais le texte théâtral suffit-il ?

II. La représentation comme interprétation

Le spectacle ne se borne pas à « représenter » le texte : la mise en scène est une interprétation et elle permet de mieux comprendre un texte, peut-être même de lui donner une nouvelle dimension.

1. Mieux comprendre

  • La représentation peut faire découvrir des aspects que l’on n’avait pas saisis à la lecture : les décors permettent d’imaginer l’époque, des gestes et des objets symboliques peuvent aider à mieux comprendre un personnage. [Exemple personnel + question 1 : le rôle des objets.]
  • La représentation est indispensable surtout quand le texte théâtral est réduit au minimum (didascalies plus nombreuses que les répliques chez Beckett, par exemple dans Fin de partie).

2. Comprendre différemment

Les choix du metteur en scène peuvent donner lieu à des adaptations inattendues ouvrant de nouvelles perspectives pour la pièce.

  • Le metteur en scène peut ainsi changer des paramètres du texte : l’âge (un Sganarelle très jeune dans Dom Juan de Molière) ou le sexe d’un personnage (ainsi, Daniel Mesguich, dans sa première mise en scène de Dom Juan fait du valet une servante).
  • Certains metteurs en scène transposent l’action dans un autre cadre (Les Fourberies de Scapin dans un espace de cirque, à la Comédie-Française en 1990) ou à une autre époque : Ariane Mnouchkine fit en 1995 de Tartuffe un intégriste musulman.
  • D’autres jouent sur le registre de la pièce, qui change alors de sens en fonction de sa mise en scène. Dom Juan, par exemple, a pu être interprété comme une comédie (Daniel Mesguich) ou une tragédie (Marcel Bluwal). Le personnage d’Argan (Le Malade imaginaire) peut faire rire ou susciter la pitié (est-il un malade imaginaire ou un vrai malade ?).

3. Comparer des mises en scène

Chaque mise en scène est différente.

  • Le texte est unique, la représentation est multiple : chaque metteur en scène a une vision personnelle de la pièce.
  • Le spectateur peut mieux saisir la richesse d’une pièce en comparant les diverses interprétations. [Exemple personnel.]

[Transition] Mais une pièce n’est pas que sens. Le théâtre vise à « instruire », certes, mais aussi et d’abord à « plaire ». Il est avant tout spectacle : la représentation, dans cette perspective, joue un rôle primordial et enrichit considérablement la pièce.

III. Comprendre ? Oui, mais aussi goûter le plaisir 
de la représentation

1. Le spectacle : un art vivant

Victor Hugo rapelle : « Il y a des cœurs humains sur la scène, des cœurs humains dans la coulisse, des cœurs humains dans la salle. »

  • La représentation est une fête pour les sens : décors, costumes et éclairages créent une atmosphère. [Exemples du corpus et exemples personnels.]
  • Le théâtre se vit avant de se penser. L’illusion théâtrale a une grande force émotive ; elle permet de représenter un spectacle plus vrai que le réel, grâce à l’impression d’un rythme (ralentissements, temps forts) et aux acteurs qui incarnent des personnages et leur donnent une voix, des gestes, une présence (« Il n’y a pas de théâtre sans incarnation », Mauriac). [Exemples personnels.]
  • La pièce de théâtre n’est jamais la même, elle est chaque jour réinterprétée : parce qu’elle est imprévisible comme la vie, elle est source d’émotion.

2. La présence d’un public, personnage collectif

  • Le spectateur éprouve la satisfaction de participer à la création du spectacle, de faire partie d’un groupe qui réagit collectivement.
  • Ainsi Ionesco compare le spectacle de théâtre à un match, dans lequel la réception est collective : les réactions sont amplifiées par la présence d’un public.

3. La position privilégiée du spectateur, génératrice d’émotion

  • Le spectateur sait tout, voit tout – plus que les personnages eux-mêmes – et pourtant, il ne peut intervenir. Il a donc une position privilégiée.
  • Il vit en direct et de l’intérieur les émotions et les sentiments. Il ressent avant de comprendre. [Exemple personnel.]
  • Parfois le spectateur est pris à partie par un personnage et intégré, presque comme un personnage, dans la représentation (c’est le cas des apartés et des monologues, qui ne produisent vraiment leur effet qu’à la représentation). [Exemples personnels.]

Conclusion

[Synthèse] Lire une pièce sans la voir représentée présente un intérêt, mais c’est toutefois ne pas respecter le principe du théâtre : seule la conjonction du texte lu et du spectacle constitue véritablement la pièce. Les deux expériences se complètent et s’enrichissent mutuellement. [Ouverture] Cependant, il faut éviter les dérives : certaines interprétations obéissent à un parti pris qui trahit le sens de la pièce et vont parfois jusqu’au contresens, quand le metteur en scène sert avant tout ses propres intentions et non celles de l’auteur ; parfois la scénographie, trop envahissante, brouille le sens de la pièce ou occulte le texte. Et il ne faut pas oublier que la représentation, une fois le spectacle terminé, est un objet mort, elle ne survit pas ; le texte, lui, survit.

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