Les inégalités de développement dans le monde

Les inégalités de développement dans le monde

     LES CLÉS DU SUJET  

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

Encore un sujet qui se prête parfaitement à une analyse multiscalaire (à de multiples échelles). Le monde est complexe et le temps est terminé – s'il a jamais existé – où l'on pouvait opposer simplement les pays riches aux pays pauvres.

Rappelons tout d'abord que le développement n'est pas une notion simple. Il n'y a certes pas de développement sans croissance économique, mais celle-ci ne suffit pas. À la croissance quantitative, il faut ajouter des éléments qualitatifs, qui touchent à la santé, à l'instruction, voire au bien-être. Plus encore, le développement doit s'accompagner d'un progrès, sinon égal, du moins partagé par le plus grand nombre. Il s'agit donc d'une notion complexe, que l'ONU a tenté de mettre en équation en créant l'IDH (indice de développement humain). Variant de 0 à 1, l'IDH est un indice composite qui intègre la richesse produite, l'espérance de vie et l'alphabétisation (pour simplifier).

Les inégalités de développement peuvent être analysées à toutes les échelles, ce qui fait d'ailleurs la spécificité de la démarche géographique.

Dégager la problématique

Il s'agira donc de montrer, à travers une analyse multiscalaire, la complexité du monde actuel, qui ne peut se réduire à une opposition entre riches et pauvres. Nord et Sud constituant deux notions fondamentales en géographie, on peut les réutiliser, en jouant sur les mots, pour arriver à une description assez fine des différentes inégalités de développement dans le monde.

Définir le plan

C'est un plan multiscalaire que suggère le sujet. On procédera donc par échelles emboîtées en montrant d'abord les contrastes mondiaux entre les pays du Nord et ceux du Sud ; mais Nord et Sud ne sont pas deux réalités homogènes et chacune recèle son lot d'inégalités ; des inégalités qui se retrouvent également à plus grande échelle, par exemple entre les régions d'un même pays ou à l'intérieur d'une même agglomération.

I. Nord et Sud.

II. Des Nords et des Suds.

III. Des Nords dans les Suds, des Suds dans les Nords.

Corrigé : 

Les numéros, les mots en couleurs, les expressions entre crochets ne sont là que pour vous aider à mieux percevoir la structure du corrigé et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.
 

Introduction

Accroche


Alors que, depuis trente ans, 500 millions de personnes, surtout en Asie orientale, sont sorties de la pauvreté, un milliard d'autres souffrent encore de la faim dans le monde en 2009. Si la situation générale semble s'améliorer, il n'en demeure pas moins vrai que les contrastes ne se réduisent guère. La planète mélange allègrement les situations les plus variées.

Définition du sujet et problématique


Les inégalités de développement sont en effet loin d'avoir été réduites, malgré trente ans de croissance économique due à la mondialisation. Et la crise économique actuellement en cours ne contribuera certainement pas à améliorer le bilan. Le développement est en effet un phénomène ­complexe, fait certes de croissance économique, mais pas seulement. En plus d'éléments quantitatifs, le développement intègre également des éléments qualitatifs, qui touchent à l'espérance de vie, à l'alphabétisation, voire au bien-être des populations. Et ces éléments ne valent que s'ils sont partagés par le plus grand nombre.

Annonce du plan


Si les inégalités de développement permettent, à petite échelle, de distinguer un Nord et un Sud, une analyse plus détaillée de chaque ensemble montre qu'il faut apporter plus que des nuances au tableau général. Les inégalités de développement sont même sensibles à l'échelle infranationale.

I. Nord et Sud

1. Le Nord

  • Les pays du Nord sont ceux d'Amérique du Nord, Europe, Japon, auxquels on rajoute l'Australie et la Nouvelle-Zélande et, depuis une vingtaine d'années, les Quatre Dragons (Corée du Sud, Hongkong, Taïwan, Singapour), dont le niveau de développement a rejoint celui des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Ces pays créent les deux tiers de la richesse mondiale pour seulement 16 % de la population.

  • Le niveau de développement y est très élevé et les IDH presque tous supérieurs à 0,9. De façon globale, les économies sont puissantes et diversifiées. Les agricultures sont modernes et performantes, les industries de haute technologie sont fortement représentées et les services y occupent une place prépondérante. Les sociétés du Nord sont riches, les espérances de vie y sont les plus élevées du monde (85 ans pour les femmes japonaises). La mortalité infantile y est basse (record mondial en Scandinavie), l'alphabétisation presque totale.

2. Le Sud

  • Les pays du Sud rassemblent la plupart de ceux que les années 1970 baptisaient du nom « tiers-monde ». Pour l'essentiel, il s'agit des pays d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie (hors les Dragons). À l'échelle planétaire, ces pays présentent des caractéristiques qui les opposent nettement aux pays du Nord. Pour 84 % de la population mondiale, ils ne créent que le tiers de la richesse.

  • Le niveau de développement est globalement plus faible, voire dramatiquement plus faible qu'au Nord. Les productions sont moins variées, à moindre contenu technologique. Les populations travaillent souvent encore majoritairement dans l'agriculture, surtout en Afrique et en Asie. Les espérances de vie y sont inférieures, la mortalité infantile est plus élevée, et l'alphabétisation très partielle. Ces pays du Sud connaissent également une croissance démographique nettement supérieure à celle des pays du Nord, ce qui renforce les défis lancés aux économies.

II. Des Nords et des Suds

1. Des Nords

  • Mais lorsque l'on affine l'analyse à travers un changement d'échelle, les choses ne sont pas si simples. Les pays du Nord sont très loin de présenter des caractères homogènes. Les pays de la Triade (Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon) sont les plus avancés. Pour seulement 12 % de la population mondiale, ils produisent un peu moins de la moitié de la richesse de la planète. Plus de 85 % des firmes transnationales en font partie, ainsi que 90 % de la capitalisation boursière. Les pays de la Triade sont encore, à l'heure actuelle, les donneurs d'ordres, les centres d'impulsion de l'économie mondialisée.

  • Si les Dragons et l'Australie/Nouvelle-Zélande peuvent leur être comparés, tel n'est pas le cas des pays d'Europe centrale et orientale (PECO). Les PIB et même les IDH sont assez loin de ceux de la Triade. Même s'ils par­tagent avec eux des critères élevés en terme d'alphabétisation ou des comportements démographiques proches, leur passé communiste leur vaut un retard économique important, que n'ont pas encore comblé vingt ans de convergence avec l'Union européenne.

2. Des Suds

  • Ces disparités à l'intérieur de chaque grand ensemble sont peut-être plus accentuées encore entre les pays du Sud. Certains connaissent des situations favorables, par exemple parce qu'ils bénéficient d'une rente pétrolière (golfe Persique) qui assure la croissance et la richesse, mais pas toujours le développement. D'autres sont en plein essor, les pays émergents, dont les plus importants promettent de devenir les économies géantes du xxie siècle : la Chine exportatrice, « l'atelier du monde » ; l'Inde des services, « le bureau du monde » ; le Brésil, « la ferme du monde » dont on oublie souvent les immenses capacités industrielles. On peut leur rattacher des pays à l'économie très dynamiques, tels la Turquie, le Mexique ou l'Afrique du Sud.

  • À l'opposé, certains pays du Sud ne décollent pas. Ce sont les pays les moins avancés (PMA). Situés majoritairement en Afrique subsaharienne et dans une moindre mesure en Asie du Sud, les PMA cumulent les retards et les blocages : IDH dramatiquement bas, instabilité politique, prédation des richesses par les élites locales, endettement colossal. Leurs économies en sont souvent au stade d'une exploitation brute des matières premières locales. Ces États dépendent pour beaucoup de l'aide publique au développement, voire de l'aide alimentaire internationale.

III. Des Nords dans les Suds, des Suds dans les Nords

1. Des inégalités à l'échelle régionale

  • À l'intérieur de chaque ensemble, à l'intérieur des pays mêmes, des inégalités de développement majeures sont identifiables, à l'échelle régionale. Ainsi, parmi les pays du Nord, l'Allemagne fait figure de grande puissance économique : 1er exportateur mondial récemment détrôné par la Chine, 4e économie mondiale en dollars, le pays n'en est pas moins affecté par des disparités régionales majeures. La réunification allemande, pourtant vieille de vingt ans, n'a pas encore permis de mettre à niveau les Länder orientaux, dont le revenu par habitant est 20 à 30 % plus faible qu'à l'Ouest, en dépit de transferts sociaux massifs. Certaines régions, autrefois bastions des grands complexes industriels de l'époque socialiste, sont à présent quasi à l'abandon et les villes se vident, véritables shrinking cities version outre-Rhin. Avec la riche Bavière, le contraste est alors total.

  • Parmi les pays du Sud, des inégalités de développement peuvent également être constatées, qui sont plus criantes encore, notamment en raison de transferts sociaux bien moindres. Le contraste entre la Chine littorale, urbaine, industrielle est ainsi très net, quels qu'en soient les bémols, avec la Chine intérieure, rurale, paysanne, dont la pauvreté nourrit d'ailleurs un exode rural massif vers la première. Au Brésil, le sertaõ rural, pauvre, sec et affamé, se vide au profit des métropoles du Sudeste, Rio et plus encore Saõ Paulo.

2. Des inégalités à l'échelle locale

  • À l'échelle locale, dans ces agglomérations brésiliennes géantes, les inégalités de développement se manifestent d'ailleurs d'autant plus fortement que la distance qui les sépare se mesure parfois en mètres. À Rio, les quartiers du centre-ville sont hérissés de tours de bureau avec héliports, d'immeubles d'habitation de standing, voire de condominios fechados, ces quartiers fermés où se réfugient les riches. Non loin de là, des habitats interstitiels misérables, en zone dangereuse ou pentue, les favelas, bidonvilles à la brésilienne que le gouvernement essaie de rendre viables peu à peu et où vivent des populations dans un dénuement d'autant plus indécent que la richesse est à portée du regard.

  • Ces inégalités de développement ne sont d'ailleurs pas exclusivement réservées aux métropoles des pays du Sud. Toutes les villes européennes ou américaines comptent leurs quartiers pauvres. En Europe, c'est souvent le cas dans les quartiers des banlieues, en périphérie des agglomérations : construits à la hâte dans les années 1960 pour loger les nouveaux citadins et les enfants du baby-boom, ces grands ensembles sont à présent délabrés et n'abritent plus que des populations déclassées, souvent immigrées, frappées par le chômage de longue durée, témoin des faillites d'un modèle économique qui, à défaut d'être inefficace, n'offre aucune assurance contre les inégalités de développement.

Conclusion

Bilan et réponse


Quelles que soient les échelles envisagées, les inégalités de développement s'affirment donc dans l'espace mondial, national, régional, local. L'analyse géographique montre à quel point les processus de développement sont complexes et ont des impacts sur les espaces et les sociétés de façon différenciée. Ils dessinent des contours variables, imprécis, qui donnent de l'organisation du monde une vue au final assez mouvante.

Élargissement


Une chose est sûre, cependant. Dans le contexte d'une croissance démographique mondiale qui perdure, même à un rythme ralenti, l'exigence de développement, de création puis de partage des richesses est toujours aussi vivace.

Je crée mon compte ou Pour récupérer le document au format PDF
Mon compte Je crée mon compte Déjà inscrit ? Je me connecte