Médias et opinion publique depuis l’Affaire Dreyfus

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Depuis la fin du XIXe siècle, la France a connu plusieurs grandes crises politiques. Comment chacune d’elles met-elle en évidence les mutations des relations entre médias, opinion publique et pouvoir en France ?


 

Depuis la fin du XIXe siècle, la France a connu plusieurs grandes crises politiques. Comment chacune d'elles met-elle en évidence les mutations des relations entre médias, opinion publique et pouvoir en France ?

Commençons par évoquer l'affaire Dreyfus, qui montre le rôle déterminant de la presse et de l'opinion dans la vie politique, depuis le rétablissement du suffrage universel en 1870.

• Cette affaire d'espionnage de secrets militaires, qui débute en 1894 lorsque Dreyfus, officier juif, est condamné pour trahison, rencontre un vif écho dans la grande presse en plein développement. Cette presse populaire, à bon marché et à gros tirage cherche à s'attirer des lecteurs en dramatisant les épisodes successifs de l'Affaire. Cela lui est d'autant plus facile que l'opinion publique est encore marquée par l'humiliation de la défaite de 1870 et que, très dubitative sur l'efficacité du nouveau régime, elle ne manifeste qu'un soutien fragile à la République.
• Puis, quand les doutes sur la culpabilité de Dreyfus sont mis en avant, les journaux se divisent, comme l'opinion publique, entre dreyfusards et antidreyfusards. L'Affaire devient politique avec la lettre ouverte de l'écrivain Zola au ministre de la Guerre, titrée « J'accuse » et publiée le 13 janvier 1898 dans l'Aurore, le journal de Clemenceau.
• Finalement, avec l'affaire Dreyfus, la presse a acquis le statut de quatrième pouvoir et l'opinion publique est devenue un acteur décisif de la vie politique : la démocratie sort renforcée de la crise politique.

Les crises politiques qui se succèdent des années 1930 à 1958 mettent en évidence l'importance politique de la presse et d'un nouveau média, la radio.

• Le 6 février 1934, une manifestation des ligues de droite et d'extrême-droite met la République en question. Les réactions de la presse témoignent à nouveau des divisions de l'opinion publique.
Cependant, la presse de droite, beaucoup plus puissante, minore la montée du péril fasciste dans les années 1930.
• Sous l'Occupation, les médias sont étroitement contrôlés. Par le biais de la censure et de la propagande, le régime autoritaire du maréchal Pétain cherche à modeler les esprits. Mais parallèlement, les médias clandestins œuvrent pour la libération de la France. Ainsi, à partir de 1940, on assiste à une véritable « guerre des ondes ». Alors que Radio Paris et Radio Vichy diffusent la propagande officielle, la BBC diffuse des émissions de la France libre.
• Lors de la crise de mai 1958, la radio « fait » l'événement. Elle permet à la métropole de vivre en direct les événements d'Alger, avant de retransmettre les déclarations du général de Gaulle, qui se dit « prêt à assumer les pouvoirs de la République ».

La crise de Mai 68, elle, remet clairement en cause la volonté du pouvoir de contrôler les médias pour tenir l'opinion publique.

• En 1964, pour orienter les choix de l'opinion, le général de Gaulle, alors président de la Ve République, crée l'ORTF, qui regroupe l'ensemble des médias audiovisuels, et notamment la télévision.
• Mais lors de la crise de Mai 68, le pouvoir est pris au dépourvu par une jeunesse proclamant la libération de la parole, et défiant les interdits en couvrant les murs d'affiches et de slogans, comme « Ouvrez les yeux et fermez la télé ». Les étudiants de Mai 68 disent ainsi leur volonté de ne plus être des sujets passifs d'un jeu politique contrôlé par le pouvoir et les grands médias.

Comment conclure ?

• Face à l'émergence puis au poids politique croissant de l'opinion, l'Etat cherche à contrôler les médias. Néanmoins, les médias permettent de contrer la propagande officielle et prennent parfois le pouvoir au dépourvu.
• Aujourd'hui, le développement d'internet bouleverse la donne : l'opinion tend à s'émanciper par rapport à toutes formes de pouvoir : médias traditionnels ou gouvernement.
Mais cette émancipation va de pair avec une crise larvée du politique. Les résultats du premier tour des élections présidentielles, le 21 avril 2002, sont vécus comme un « séisme politique » : ni les médias, ni les sondages n'avaient anticipé l'arrivée en deuxième position du candidat de l'extrême droite.

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