Texte de J. Anouilh (Antigone)
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Jean Anouilh
Antigone (1944)
Éditions de la Table Ronde, 1967
Antigone et Ismène sont deux princesses orphelines. Leur oncle Créon est devenu roi à la mort de leur père mais leurs deux frères, Etéocle et Polynice, se sont entretués car Polynice voulait prendre le pouvoir. Etéocle « le bon frère » a été enterré avec tous les honneurs ; Polynice, lui, est condamné à la privation de sépulture. Les deux surs, Antigone et Ismène, sont tentées d'aller enterrer leur frère, ce qu'exige la religion, malgré la condamnation à mort qui menace celui ou celle qui désobéirait au roi Créon. En fait, Antigone a déjà tenté de recouvrir le corps de son frère. Elle en revient. Ce texte écrit en 1944 reprend une pièce de l'Antiquité grecque.
Ismène – Tu es déjà levée ? Je viens de ta chambre.
Antigone – Oui, je suis déjà levée.
La nourrice – Toutes les deux alors ! … Toutes les deux vous allez devenir folles et vous lever avant les servantes ? Vous croyez que c'est bon d'être debout le matin à jeun
Antigone – Laisse-nous, nourrice. Il ne fait pas froid, je t'assure ; c'est déjà l'été. Va nous faire du café. (Elle s'est assise, soudain fatiguée.) Je voudrais bien un peu de café, s'il te plaît, Nounou. Cela me ferait du bien.
La nourrice – Ma colombe ! La tête lui tourne d'être sans rien et je suis là comme une idiote au lieu de lui donner quelque chose de chaud.
Elle sort vite.
Ismène – Tu es malade ?
Antigone – Ce n'est rien. Un peu de fatigue. (Elle sourit.) C'est parce que je me suis levée tôt.
Ismène – Moi non plus je n'ai pas dormi.
Antigone (sourit encore.) – Il faut que tu dormes. Tu serais moins belle demain.
Ismène – Ne te moque pas.
Antigone – Je ne me moque pas. Cela me rassure ce matin, que tu sois belle. Quand j'étais petite, j'étais si malheureuse, tu te souviens ? Je te barbouillais de terre, je te mettais des vers dans le cou. Une fois je t'ai attachée à un arbre et je t'ai coupé tes cheveux, tes beaux cheveux… (Elle caresse les cheveux d'Ismène.) Comme cela doit être facile de ne pas penser de bêtises avec toutes ces belles mèches lisses et bien ordonnées
Ismène (soudain.) – Pourquoi parles-tu d'autre chose ?
Antigone (doucement, sans cesser de lui caresser les cheveux.) – Je ne parle pas d'autre chose…
Ismène – Tu sais, j'ai bien pensé, Antigone.
Antigone – Oui.
Ismène – J'ai bien pensé toute la nuit. Tu es folle.
Antigone – Oui.
Ismène – Nous ne pouvons pas.
Antigone (après un silence, de sa petite voix.) – Pourquoi ?
Ismène – Il nous ferait mourir.
Antigone – Bien sûr. À chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre frère. C'est comme cela que ç'a été distribué. Qu'est-ce que tu veux que nous y fassions ?
Ismène – Je ne veux pas mourir.
Antigone (doucement.) – Moi aussi j'aurais bien voulu ne pas mourir.
1. À jeun : sans avoir mangé.
2. Des mèches […] bien ordonnées : des mèches de cheveux bien coiffées, d'une façon nette et harmonieuse.
Questions
(15 points)
I. deux surs très différentes
5 points
1.Donnez les noms des deux surs qui dialoguent dans ce texte. Pourquoi leurs noms et celui de l'expression « la nourrice » sont-ils en majuscules à la gauche du texte ? À quel genre littéraire appartient ce texte ? (1 point)
2.Montrez qu'Ismène s'intéresse à sa sur en citant le texte. (0,5 point)
3.À votre avis, quel sentiment Antigone ressentait-elle par rapport à sa sur quand elle était enfant (étant donné ce qu'elle raconte aux lignes
4.Relevez les verbes de la phrase : « Je te barbouillais de terre, je te mettais des vers dans le cou » (lignes
5.Ligne
6.Antigone a-t-elle les mêmes sentiments envers sa sur que dans son enfance, maintenant qu'elle est une jeune adulte ? Justifiez votre réponse. (1 point)
II. une nourrice aimante et fière
de ses protégées
5,5 points
7.
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a. Montrez que la nourrice a de l'affection pour les deux jeunes filles et se fait du souci pour elles. Relevez deux expressions du texte qui le prouvent. (1 point)
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b. Montrez également qu'elle leur rappelle qu'elles doivent tenir leur rang de princesse.
Relevez une expression du texte qui le montre. (0,5 point)
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8.« Va nous faire du café » (ligne ) : donnez le mode, le temps et la valeur du verbe conjugué de cette phrase. (1 point)
9.Antigone témoigne de l'attachement et du respect à sa nourrice. Relevez une expression affectueuse par laquelle elle la désigne et montrez qu'elle formule sa demande de café avec politesse. (1 point)
10.Comment s'appelle l'expression en italique « Elle sort vite » (ligne Relevez dans le texte, entre la ligne
III. une situation dramatique
4,5 points
11.À quoi Ismène fait-elle allusion quand elle dit à sa sur : « Pourquoi parles-tu d'autre chose ? » (ligne ) ? (0,5 point)
12.Quel est le principal argument d'Ismène pour refuser de prendre des risques et essayer de convaincre sa sur ? (0,5 point)
13.« Il nous ferait mourir » (ligne
14.Pourquoi Antigone pense-t-elle qu'elle et sa sur doivent désobéir ? (1 point)
15.« Moi aussi j'aurais bien voulu ne pas mourir » (ligne
Réécriture
(5 points)
Réécrivez les phrases suivantes (lignes
« Je te barbouillais de terre, je te mettais des vers dans le cou. Une fois je t'ai attachée à un arbre et je t'ai coupé tes cheveux, tes beaux cheveux… »
Dictée
(5 points)
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Jean Anouilh
Antigone (1944)
Je ne peux pas dormir. J'avais peur que tu sortes, et que tu tentes de l'enterrer malgré le jour. Antigone, ma petite sur, nous sommes tous là autour de toi, Hémon, Nounou et moi et Douce, ta chienne… Nous t'aimons et nous sommes vivants, nous, nous avons besoin de toi. Polynice est mort et il ne t'aimait pas. Il a toujours été un étranger pour nous, un mauvais frère. Oublie-le, Antigone, comme il nous avait oubliées.
Écrire au tableau : Antigone, Hémon, Nounou, Douce et Polynice. Préciser qu'à la fin c'est Polynice qui a oublié ses deux surs.
Rédactions au choix
(15 points)
Sujet 1 (sujet d'imagination)
Imaginez que la nourrice ait entendu la conversation entre Antigone et Ismène et revienne pour les persuader de ne pas prendre de risques en allant enterrer leur frère malgré l'interdiction du roi.
Vous rédigerez sous forme de dialogue de théâtre la suite imaginaire de cette conversation. Ismène et Antigone argumenteront également mais chacune des trois femmes exposera aussi ses sentiments. La présentation sera conforme au texte initial et le devoir devra comporter au minimum une didascalie de geste et une didascalie indiquant le ton de la voix d'un personnage.
Vous terminerez en faisant exposer aux deux surs leur point de vue.
Sujet 2 (sujet de réflexion)
Les relations entre frères et surs ne sont pas toujours faciles. Il vous est peut-être arrivé d'avoir des conflits avec les vôtres ou d'assister à des situations de conflit autour de vous entre frères et surs, mais elles peuvent aussi être un précieux soutien dans l'enfance et par la suite.
Pensez-vous qu'il soit agréable d'avoir des frères et surs, ou préféreriez-vous être un enfant unique ? Vous donnerez votre opinion et essayerez de voir les avantages et les inconvénients de votre choix, que vous confirmerez en conclusion.
Donnez des exemples qui illustreront vos arguments (au moins deux arguments positifs et deux négatifs.)
Consignes
Votre devoir fera une trentaine de lignes. Vous éviterez toute familiarité dans le niveau de la langue.
