Méditations
métaphysiques, Descartes Présentation Les Méditations métaphysiques sont certainement l'exposé le plus rigoureux de la pensée métaphysique de Descartes et, pour cette raison, en un sens le plus clair. Le texte même présente dans un premier temps, au moins par moments, des difficultés de lecture tenant à ce que les philosophes nont pas, à lépoque, lhabitude dutiliser la langue française pour écrire, mais le latin. Par ailleurs, les passages "difficiles" sont aussi ceux, rares, dans lesquels Descartes a emprunté le vocabulaire de la philosophie médiévale (scolastique), vocabulaire qui renferme quelques faux amis, doù les risques de contresens. Néanmoins, les Méditations sont dune rigueur logique si exemplaire que les difficultés précédemment évoquées deviennent surmontables dès quon sest un peu familiarisé avec le style du texte. Méditations métaphysiques Le livre, qui est laboutissement dun projet nourri par Descartes durant de longues années, expose, comme son titre lindique, la pensée métaphysique de Descartes. Cela signifie que les Méditations ont lambition dexposer les premiers principes de la philosophie, mais aussi ceux de la pensée scientifique, les uns et les autres étant, à lépoque, étroitement liés. Elle sinaugure par la mise en uvre dune méthode dont l'objectif unique est de mettre à distance tout ce qui est incertain. Cest le sens du "doute méthodique" qui se déploie tout au long de la Première Méditation et qui, ensuite, continuera de peser sur tout ce qui ne sera pas certain, donc aussi sur ce qui sera seulement probable ou vraisemblable. Les Méditations sattardent dans un second temps sur deux étapes fondamentales (au sens exact du mot : qui constituent des fondements) : lexpérience qui, du fait que je pense, établit que "je suis, jexiste", appelée expérience du cogito (Méditation 2) et la démonstration de lexistence de Dieu (Méditations 3 et 5). La première est une expérience purement intérieure et subjective, mais qui présente lintérêt de proposer une première expérience de la certitude dans lenchaînement de mes pensées ; la seconde (la démonstration de l'existence de Dieu), au contraire, toujours suivant lordre rigoureux de la méditation philosophique, constitue la première rencontre dune vérité concernant quelque chose dextérieur à lunivers de mes pensées. À la suite de ces deux étapes fondamentales, la méditation philosophique pourra revenir, mieux armée, sur la question de la nature des corps et sur lexpérience sensible. On peut donc considérer que le mouvement densemble des Méditations métaphysiques est le suivant : 1) Mise en uvre du doute méthodique pour se dégager des préjugés. 2) Découverte du cogito, qui résiste au doute et constitue ainsi une première expérience de la certitude. 3) Premières démonstrations de lexistence de Dieu. 4) Analyse du jugement humain et des raisons de nos erreurs. 5) Analyse de lessence des corps. Troisième preuve de lexistence de Dieu. 6) Démonstration de lexistence des corps. Analyse de nos sentiments. Lintérêt philosophique du cogito nest évidemment pas la découverte par le sujet pensant de son existence. Aucun homme sensé ne sest jamais demandé sil existait vraiment, ne serait-ce que parce que, comme le montre la Deuxième Méditation, ce doute-là est rigoureusement impossible. Mais la valeur du cogito est précisément de proposer, pour la première fois dans lordre des Méditations, une pensée dont il est rigoureusement impossible de douter : je pense, je suis. Ainsi se rencontre le point darrêt dune mise en doute qui se voulait absolue, mais dont le véritable but était justement de ne prendre appui que sur ce qui échapperait absolument au doute. Or, si le cogito me révèle que je suis, il me révèle par le même mouvement, pour peu que je my arrête avec un peu dattention, que je suis ici fondamentalement un être pensant, non un corps ou un être matériel. En effet, daprès ce que jai cru jusquici, un corps, quel qu'il soit, ne semble connu que par les sens. Or les sens ne nous fournissent que des informations incertaines, donc douteuses, comme l'atteste le cas des illusions perceptives. Voilà pourquoi l'existence de tout corps (de toute réalité perceptible), et de mon corps en particulier, ne résiste pas à la mise à l'épreuve du doute en général dans la Première Méditation. Il faudra même attendre la fin des Méditations pour établir une telle existence avec certitude (Méditation 6). Cet "ego", ce sujet qui résiste à tout doute et dont lêtre est ainsi attesté avec évidence dans lexpérience du cogito ne saurait donc ici impliquer quelque existence corporelle que ce soit. Tout ce dont je suis désormais certain, cest que je suis en tant que je pense, même si cette réduction de mon être à ma faculté de penser (mon âme) nest, on s'en doute un peu, que provisoire. En proposant loccasion dune première expérience de la certitude, le cogito fournit par là même un modèle de celle-ci, qui permettra de considérer désormais comme certain tout ce qui sera aussi clair et aussi distinct que la pensée : "ego cogito, ego sum". Par cette voie, sera découverte cette autre vérité essentielle : lexistence de Dieu. Sans reprendre ici le détail des démonstrations proposées par les Méditations métaphysiques, on peut en rappeler rapidement les enjeux. Sil existe un Dieu, être parfait, tout puissant, éternel et infiniment bon, cela a évidemment des conséquences morales et religieuses. Mais là nest peut-être pas ici lessentiel. "Dieu" se présente en effet également dans les Méditations comme un principe épistémologique (cest-à-dire quil est au fondement de la connaissance scientifique). Il garantit à la fois lexistence dun ordre de la nature et celle dun ordre de ma pensée. Dès lors, il apparaît quil nest plus possible que je me trompe lorsque je pense rigoureusement. Cest ce que Descartes appelle la "véracité divine", allant parfois jusquà dire que, sans cette garantie, le mathématicien lui-même ne saurait être assuré que ses démonstrations établissent des vérités. Mais la véracité divine ne garantit pas seulement la certitude des mathématiques. La Cinquième Méditation montrera quune science des corps est possible. Elle prendra, dans luvre de Descartes, la forme dune physique mathématisée, sefforçant donc de procéder par pures idées claires et distinctes (une idée claire et distincte, selon le modèle du cogito est, dune part, une idée dont il est impossible de douter, cest sa clarté ; dautre part, une idée tellement simple que son objet ne peut être confondu avec aucun autre, cest sa distinction). Enfin, ce serait une grave erreur que de croire que Descartes va laisser subsister le doute quant à lexistence des corps (mon corps, mais aussi les corps extérieurs au mien). La Sixième Méditation semploie à dissiper tous les doutes qui, grâce aux critères de jugement préalablement établis, peuvent désormais être considérés comme ridicules et extravagants. Non seulement les corps existent, mais les sentiments que mon âme éprouve par leur intermédiaire ont une fonction vitale. Cela peut désormais se démontrer et sanalyser. La mission métaphysique est ainsi accomplie : les six Méditations ont mis au jour les racines sur lesquelles peut sélever, pour reprendre une image proposée par Descartes dans la lettre-préface aux Principes de la philosophie, larbre de la science et de la morale humaines. Les fondations étant posées, reste à construire lédifice.
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