Fondement pour la
métaphysique des murs, Kant Troisième extrait (troisième section) - la liberté " Tous les hommes se pensent comme libres dans leur volonté. Doù tous les jugements sur des actions qui auraient dû arriver, même si elles ne sont pas arrivées. Pourtant, cette liberté nest pas un concept empirique et ne peut pas lêtre, parce que ce concept demeure toujours, bien que lexpérience montre le contraire des exigences qui sont représentées comme nécessaires quand on suppose la liberté. Dun autre côté, il est tout aussi nécessaire que tout ce qui arrive soit immanquablement déterminé daprès des lois de la nature, et cette nécessité naturelle nest pas davantage un concept empirique, précisément parce quil porte en lui le concept de la nécessité, et donc dune connaissance a priori. Mais ce concept dune nature est confirmé par lexpérience et doit être lui-même inévitablement présupposé si lexpérience, cest-à-dire une connaissance des objets des sens liée par des lois universelles, doit être possible. Cest pourquoi la liberté nest quune idée de la raison, dont la réalité objective est en soi douteuse, tandis que la nature est un concept de lentendement qui démontre et doit nécessairement démontrer sa réalité par des exemples quoffre lexpérience." 1 - Quelles sont les notions du programme en jeu dans cette question? Principalement la liberté, comme liberté du vouloir, mais aussi la nature, à travers la nécessité naturelle qui entre apparemment en contradiction avec la liberté. Il est également question de lexpérience et de ce qui est empirique, cest-à-dire ce qui provient de lexpérience, ainsi que de la raison en laquelle lidée de liberté a son siège. 2 - Pourquoi la liberté nest-elle pas un concept empirique daprès Kant? Ne fait-on pas communément lexpérience de la liberté? Daprès ce texte, nous " expérimentons" dans notre pensée quune action, en tant quelle est humaine, aurait peut-être dû être autre, donc quelle aurait pu être autre, quelle était donc libre: nous faisons en nous-mêmes lexpérience de cette conviction. Mais dans la mesure où cette action se produit dans le monde des phénomènes, des réalités sensibles soumises aux lois de la nature, elle est déterminée par ces lois au même titre que tous les phénomènes qui se produisent sous leur règne. Il ny a donc pas dexpérience phénoménale, objective de la liberté, et nul nen a jamais établi expérimentalement lexistence, comme on établit par exemple la présence dun corps chimique dans une substance. 3 - Que signifie la phrase: " dun autre côté, il est aussi nécessaire ". Je me représente immanquablement les actions humaines comme des actions libres, mais je sais, par ailleurs, que tous les phénomènes sont soumis aux lois nécessaires de la nature. Or la nécessité des lois ne peut pas être établie à partir des seuls faits naturels, car la répétition dun fait dans des circonstances données ne peut jamais établir quil doit nécessairement et toujours en être ainsi. La nécessité, que je ne peux pas ne pas attribuer aux lois de la nature, ne procède donc pas des faits dexpérience, mais de mon esprit qui y applique la catégorie de la causalité (en vertu de laquelle tout ce qui se produit dans la nature a une cause, les mêmes causes produisant nécessairement les mêmes effets). Le concept de cause est un concept a priori, indépendant de l'expérience, et non un concept empirique. 4 - Pourquoi la liberté nest-elle quune " idée de la raison", tandis que la nature est un " concept de lentendement"? Lentendement est pour Kant la faculté des concepts, cest-à-dire des représentations générales et abstraites qui nous permettent de déterminer les phénomènes, et donc de connaître la nature. Par conséquent tout concept de lentendement sapplique aux phénomènes, et nous pouvons donner des exemples du concept de causalité: ainsi la poussée du vent est cause de la chute dune tuile, exemples que nous trouvons dans lexpérience. Nous avons vu en revanche quaucune action humaine, en tant que fait dexpérience, que phénomène, nest un exemple de liberté, parce que les phénomènes sont soumis aux lois nécessaires de la nature. La liberté est pourtant bien présente dans nos jugements sur ce qui a été fait et sur ce quil aurait fallu faire: elle est une idée de la raison parce que lidée est une notion à laquelle nous ne pouvons pas faire correspondre une réalité donnée qui en serait lexemple, mais qui nous guide néanmoins de façon nécessaire, dans notre appréciation de la conduite de lhomme en tant quil est un être raisonnable. |