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contrat social (Livres I et II), Rousseau Deuxième extrait - Du droit du plus fort " Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe : mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ? " L1, Chap. 3 (p 13). Questions 1 - Quelles sont les notions en jeu dans le texte ? Le droit , le pouvoir, la volonté, la justice. 2 - Quelle est la thèse du texte ? Rousseau veut montrer ici qu'il n'y a pas de "droit du plus fort", à strictement parler, que cette expression est contradictoire , qu'elle n'est utilisée que pour justifier l'injustifiable, ce pour quoi on ne saurait fonder le pouvoir politique sur la force des gouvernants, comme prétendent le faire certains théoriciens du droit naturel, tels que Hobbes ou Grotius : on ne peut légitimer la réduction d'un peuple entier à l'esclavage et à la soumission. Ainsi Rousseau compte t-il réfuter les partisans de la monarchie absolue. 3 - Pourquoi ne peut il y avoir de "droit du plus fort" ? Comme l'explique Rousseau dans ce passage, la force et le droit appartiennent à deux ordres différents : la force relève de "la puissance physique " alors que le droit renvoie à une convention (donc à un acte volontaire) par laquelle l'homme acquiert en société certains pouvoirs délimités par la loi . Ainsi en est-il du droit à l'expression, du droit d'élire et d'être élu, et plus généralement de tous les droits civils et politiques. Il est donc absurde de supposer que tout un peuple choisirait par convention de renoncer à sa liberté pour se soumettre à un pouvoir absolu, c'est à dire à un pouvoir qui par définition le destituerait de tous ses droits. On ne saurait délibérément abdiquer sa propre liberté. Par conséquent la force est un fait, "un acte de nécessité, non de volonté". On cède à la force parce qu'on y est contraint, tandis que le droit oblige, il implique le devoir de respecter les droits d'autrui, et seul instaure, pour cette raison un lien moral entre les hommes . 4 - Dans ce cas que signifie la phrase : "Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir." ? Précisément parce qu'elle ne repose pas sur la liberté, le consentement mutuel, la force n'est pas stable : celui qui prend le pouvoir par la force peut à tout moment la perdre par la force. Pour cette raison, il lui est nécessaire de transformer "sa force en droit", c'est à dire de laisser entendre que l'exercice de son pouvoir est légitime et non pas inique. La force a besoin de la justice comme parade en quelque sorte, pour s'établir dans la durée, garantir sa propre stabilité. Aucun despote, aucun dictateur ne dit jamais à son peuple qu'il le gouverne contre son intérêt. De même, tout maître fera passer " l'obéissance ", la soumission de ceux qu'il assujetit pour un " devoir", c'est à dire une loi morale ( une loi s'appliquant prétendument en l'occurrence pour le bien des gouvernés), une obligation au sens strict. |