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"La
mauvaise foi", Classiques
Hatier de la philosophie Présentation Dans ce chapitre de L'Etre et le Néant, Sartre tente d'éclairer, par le phénomène universel de la mauvaise foi (dans lequel une conscience se ment à elle-même en prétextant des raisons qui l'arrangent), la nature originale de la conscience humaine. De même que pour Freud le rêve est la voie royale qui mène le psychanalyste à l'inconscient, la mauvaise foi mène le philosophe à la conscience. En effet, la mauvaise foi est un phénomène complexe : l'homme y abuse de sa liberté par rapport à la vérité, est piégé par sa liberté même (puisqu'il se met à croire à ce à quoi il se fait croire) et révèle alors quelque chose de la vérité de sa liberté (car la mauvaise foi est la liberté fuyant sa vérité). Sartre procède alors en trois temps (correspondant aux sous-chapitres explicités par lui). 1) Sartre analyse le paradoxe suivant : l'assimilation de la mauvaise foi à un mensonge à soi est à la fois inévitable et impossible. Inévitable parce que la mauvaise foi a les trois caractères essentiels du mensonge : on y déguise quelque chose (ce qu'on fait croire diffère de ce qu'on croit), on s'y arrange (le contenu prétendu nous est plus favorable que ne le serait l'effectif), et enfin on s'y fragilise et met en défaut (l'écart voulu de notre expression à la vérité fait risquer à tout instant d'être dénoncé ou trahi par elle). Mais le rapprochement est pourtant impossible, car le mensonge réussi suppose à la fois que le menti soit complètement dupe et que le menteur ne le soit pas du tout. Or je ne peux par principe être dupe de mes propres mensonges (comment me faire gober ce que je sais être faux ?) ni être assuré de rester imperméable aux raisons que j'allègue (comment rester insensible à ce qui m'excuse ?) D'où la question : doit-on expliquer ce dédoublement menteur/menti par la dualité du conscient et de l'inconscient ? Serait-ce parce que le " ça " trompe le " moi " que je peux ainsi m'abuser moi-même ? Sartre le nie : la mauvaise foi est une affaire strictement interne à la conscience : il n'y a pas d'excuses inconscientes, et pire : le recours à l'inconscient est lui-même une conduite d'excuse (la psychanalyse est comme une métaphysique de mauvaise foi) 2) Sartre illustre alors sa solution par l'examen de cas typiques de mauvaise foi : la " jeune coquette " qui à la fois vise l'avantage d'être désirable et fuit l'inconvénient d'être désirée ; ainsi le " garçon de café " qui à la fois est et n'est pas ce qu'il doit jouer à être (un pantin virtuose de débit de boissons) ; ainsi de l'homosexuel-l'assumant-mal qui oscille d'un ridicule à l'autre : disculper sa nature ou expliquer sa liberté ! Ces situations variées permettent pourtant un même diagnostic : présence d'une conscience ambiguë et absence sans ambiguïté de l'inconscient ! 3) La mauvaise foi consiste donc à se croire à demi. Mais qu'est-ce qu'en général une conscience peut croire qu'elle est ? Elle ne peut ni ignorer qu'elle est (car elle est rapport à soi), ni savoir ce qu'elle est (car il n'y a possible rapport de savoir qu'à un donné objectif). Reste, dit Sartre, qu'elle a foi en elle-même. Si donc l'homme peut être de mauvaise foi (" je sais bien que je suis lâche et paresseux, mais pas tant que ça ni exclusivement ni une fois pour toutes quand même... "), c'est que, philosophiquement, le rapport même d'une conscience à ses qualités, ses états caractéristiques (lâcheté ou courage etc.), n'est jamais un simple rapport d'être ou de n'être pas : je ne suis pas lâche puisque je ne suis rien comme la table est bancale ou mes yeux sont verts ; mais je suis bien pourtant lâche puisqu'il m'arrive de l'être et que de toute façon je ne peux pas davantage être courageux ! Je peux donc toujours être de mauvaise foi en croyant à demi que je ne suis pas lâche ! D'où la conclusion de Sartre : la mauvaise foi d'un être conscient est la suite de l'inévitable (et inévitablement faillible !) foi de la conscience en son être. Faudra-t-il dès lors renoncer à la seconde pour s'éviter la première ? |