Hippias majeur
Platon

Classiques & Cie philosophie
Traduction de Victor Cousin revue par Jean Lacoste.
Analyse de Jean Lacoste.

Présentation

Né à Athènes en 427 av. J.-C. dans une famille aristocratique, Platon était destiné, suivant la tradition de son milieu familial, à s’engager dans l’action politique afin d’y faire carrière et d’y assumer les plus hautes fonctions. Mais la crise de la démocratie athénienne et la rencontre dramatique avec Socrate – condamné à mort et exécuté en 399 av. J.-C. – en décidèrent autrement. C’est par le biais de la spéculation philosophique qu’il renoua, quelques décennies plus tard, avec ses ambitions politiques initiales. Son œuvre philosophique se compose de trois volets :
1) les dialogues dits « socratiques » ;
2) les dialogues de maturité dans lesquels il s’émancipe progressivement de l’influence de son maître et expose ses propres thèses ;
3) les dialogues de vieillesse qui voient s’éclipser la figure de Socrate et à l’occasion desquels sa réflexion se recentre sur les préoccupations métaphysiques (Parménide, Théétète) puis politiques (Politique, Les lois).

Un dialogue aporétique
L’Hippias majeur appartient au groupe des premiers dialogues (avec, notamment, Hippias mineur, Lachès, Lysis, Euthyphron et Charmide) qui relèvent d’un dispositif commun, en dépit du caractère très sinueux des itinéraires adoptés. Socrate pose une question (« Qu’est-ce que le courage, l’amitié, etc. »). Un interlocuteur – ici le célèbre et pontifiant sophiste Hippias – tente de répondre à la question posée en vue de définir l’objet en discussion. Bientôt étourdie par les difficultés qu’elle voit surgir, la personne interrogée se décourage et Socrate fait mine de la réconforter. Pour finir, aucune réponse satisfaisante n’est formulée, et le dialogue s’achève sur un constat d’échec, celui d’une réponse impossible, d’une impasse ou « aporie », aporia en grec.
Dans Hippias majeur, l’un des plus tardifs de ces dialogues de jeunesse, la discussion prend une tournure très délicate dans la dernière partie qui porte sur les différents types de plaisirs, à tel point que le lecteur a parfois l’impression de s’égarer dans les arcanes de jeux de l’esprit sans réelle consistance. Cet exercice en forme d’épreuve est imposé délibérément par Platon. Les dialogues « aporétiques » répondent en effet à une préoccupation initiatique et sélective. Seuls les étudiants et lecteurs les plus motivés poursuivront aux côtés de Socrate la difficile quête de la vérité et du sens.

Le beau
Objet de ce dialogue, le cas du beau est particulièrement propice à l’exercice du jugement et à la pratique du dialogue socratique. Il est en effet extrêmement difficile de définir clairement et précisément ce terme (« beau ») alors que tout un chacun reconnaît aisément ce qui est beau et l’admire sans hésitation. Comme nous le ferions probablement dans les mêmes circonstances, à la question « Qu’est-ce que le beau ? », le sophiste Hippias répond immédiatement, sans réfléchir : « une belle jeune fille ». Ce premier échange entre le philosophe et le sophiste est très célèbre car il est pour Socrate (c’est-à-dire pour Platon) l’occasion d’indiquer que, pas plus que la justice ne se confond avec les actes justes, la beauté ne s’identifie aux belles choses. Platon suggère donc qu’il faut s’arracher aux données des sens (les « belles choses ») pour accéder aux abstractions, aux « formes intelligibles ». Ainsi s’ébauche ce qui deviendra la fameuse « théorie des Idées » : les objets sont beaux par la présence du Beau qui les irradie. De même, de façon plus générale, les choses sont ce qu’elles sont (elles possèdent une « essence ») par la participation aux Idées qui sont à la fois leurs sources, leurs modèles, et leurs principes unificateurs.

Moments clés de l’ouvrage
• Prologue (281a-286c) : rencontre de Socrate et du sophiste Hippias.
• La question du beau et les trois réponses d’Hippias (286c-293d) : une belle jeune fille, l’or, une vie heureuse.
• Les trois définitions suggérées par Socrate (293d-304a) : la convenance, l’avantageux, le plaisir.
• Épilogue (304a-304e) : exaspération de Hippias et conclusion de Socrate (« Les belles choses sont difficiles »).