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DESIR Désir et puissance 1 La primauté créatrice du désir, source des valeurs2 Le désir subversif et révolutionnaire 3 Le désir-conatus et la joie d'exister La primauté créatrice du désir, source des valeurs L'éternel recommencement du désir ne vient-il pas de ce que le désir est l'essence même de l'homme ? C'est à Spinoza qu'il revient d'avoir reconnu, contre la conception issue de Platon, la pleine positivité du désir. Ce faisant, Spinoza a renversé le rapport du désir à son objet : loin de se subordonner à la valeur de son objet (qui définirait alors de bons et de mauvais désirs), c'est le désir qui précède et instaure la valeur de son objet. En vérité, explique Spinoza (Éthique, livre III), nous ne désirons pas une chose parce qu'elle est bonne, mais nous la jugeons bonne parce que nous la désirons. Ce qui signifie que rien n'est en soi ni bon ni mauvais, mais l'est seulement par le jugement de l'homme, qui exprime la relation de ces choses avec son désir. L'homme jugera bonnes les choses qui augmentent sa puissance d'exister, mauvaises celles qui la diminuent. "Par exemple, la musique est bonne pour le mélancolique, mauvaise pour l'affligé ; pour le sourd, elle n'est ni bonne ni mauvaise" (Éthique, IVe partie, Préface). Par où l'on retrouve cette vérité d'expérience que l'objet du désir n'est pas donné mais construit par l'activité de l'être désirant. C'est le désir qui investit l'objet de sa valeur. Le désir subversif et révolutionnaire Cette conception peut en outre se prolonger en soulignant le caractère subversif du désir. En effet, c'est parce qu'il est lui-même une puissance d'institution de valeurs que le désir peut refuser ce qui lui est donné, s'insurgeant contre l'ordre et la valeur que l'on tenterait de lui imposer. Le désir, toujours littéralement bouleversant, tend à outrepasser les limites. C'est lui qui alimente les utopies, en postulant la possibilité d'un monde meilleur. "Le désir ne " veut " pas la révolution, il est révolutionnaire par lui-même et comme involontairement, en voulant ce qu'il veut" (Deleuze et Guattari). Le désir-conatus et la joie d'exister Avec Spinoza, le désir s'affirme non pas comme puissance de mort et de négation, mais comme puissance de vie et effort perpétuel de vivre : c'est le conatus. "Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce [conatur] de persévérer dans son être" (Spinoza, Éthique, III, prop. 6). Effort de vivre, le désir est "l'essence même de l'homme". Le désir tend à augmenter notre puissance d'agir et de jouir, c'est-à-dire notre joie (Éthique, III, 11 et scolie ; 28 et démonstration).Sommaire de ce dossier L'essentiel |