L'HISTOIRE

L'histoire

Sujets problématisés
et suggestions de plans (parmi d'autres possibilités)

Sujet 1 : Est-ce l'homme qui fait l'histoire ou bien l'inverse ?

• Reformulation
L'homme (l'individu, le collectif ou l'humanité), par sa volonté et son action, est-il la cause efficiente du devenir historique, ou bien est-il au contraire déterminé dans son être par l'histoire ?

Problématique
L'homme est-il la cause ou le simple effet de l'histoire ? l'homme peut-il librement orienter le cours de l'histoire, ou est-il au contraire inexorablement emporté par le devenir historique ?

Enjeu
L'homme peut-il orienter volontairement l'histoire ?

Plan

1. L'homme fait l'histoire

Argumentation principale : l'histoire, c'est l'ensemble des faits et gestes des hommes et, plus particulièrement, des grands hommes. " Nous savons que le plus intime de nos gestes contribue à faire l'histoire [...] que nous appartenons à une époque qui aura plus tard un nom et une figure et dont les grands traits, les dates principales, la signification profonde, se dégageront aisément : nous vivons dans l'histoire comme les poissons dans l'eau, nous avons une conscience aiguë de notre responsabilité historique " (Sartre, Situations II, pp. 40-41).

2. L'histoire fait l'homme

Argumentation principale : 1) l'histoire comme passé détermine la condition présente de l'homme (A. Comte, Catéchisme positiviste, Garnier-Flamarion, pp. 78-80) ; 2) l'histoire comme devenir pèse sur l'individu, qui se trouve démuni face à cette force collective (" on n'arrête pas l'histoire ") ; 3) les grands hommes eux-mêmes font l'histoire à leur insu (" ruse de la raison " : Hegel, La Raison dans l'histoire, UGE, 10/18, pp. 108-113), ou ne savent pas le sens que leurs actions présentes prendront dans l'histoire à venir. En ce sens, l'avenir ne cesse d'improviser le sens du passé (N. Grimaldi, Aliénation et liberté, 1972, p. 165).

3. Dialectique de l'homme et de l'histoire : l'homme fait l'histoire qui le fait

Argumentation principale : l'homme ne fait l'histoire qu'à partir de sa condition historique présente, c'est-à-dire des conditions héritées du passé, de ce que l'histoire a fait de lui. " Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé " (Marx, Le 18-Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, éd. Pauvert, p. 219).

" A quoi bon se demander si l'histoire est faite par les hommes ou par les choses, puisque de tout évidence les initiatives humaines n'annulent pas le poids de choses que " la force des choses " opère toujours à travers les hommes ? " (Merleau-Ponty, Signes, p. 28).

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Sujet 2 : Une histoire ou des histoires ?

• Reformulation
Il faut prendre en compte les deux sens du terme " histoire " : la réalité historique et la connaissance de ce devenir.

D'une part, existe-t-il un devenir historique universel (l'Histoire), englobant dans son unité tout ce qui existe ou plus particulièrement tout ce que font et vivent les hommes ? Ou bien n'y a-t-il jamais qu'une pluralité d'histoires, irréductibles les unes aux autres ?

D'autre part, y a-t-il une seule façon de connaître le passé, ou doit-on reconnaître la nécessaire pluralité dans les approches ?

Problématique
L'esprit doit-il et peut-il se satisfaire d'un morcellement de l'histoire, ou doit-il reconnaître l'unité de l'histoire ?

Enjeu
Comment penser l'histoire et quelle attitude adopter face aux discours totalisants.

Plan

1. Le désir d'unité se satisfait par le postulat d'une Histoire universelle

Argumentation principale : il y a sans doute une histoire universelle au sens où il y a un devenir de la totalité de ce qui existe. Mais l'histoire de l'humanité, quant à elle, paraît inintelligible et absurde : " un récit dit par un idiot, plein de bruit et de fureur, ne signifiant rien " (Shakespeare, Macbeth, V, 5).

L'esprit désire donc unifier les événements historiques en leur trouvant un sens (Kant, Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmologique). Il désire interpréter les événements de cette histoire comme les mots d'une seule grande phrase, - qui pourra se comprendre comme Providence (saint Augustin, Cité de Dieu, V, 21), comme développement de l'absolu (Hegel, La Raison dans l'histoire), ou encore comme lutte des classes (Marx, Critique de l'économie politique, préface).

2. Mais la raison ne peut se satisfaire d'aucune totalisation historique

Argumentation principale : l'historicisme oublie qu'il n'exprime qu'un point de vue particulier et non testable sur l'histoire, donc jamais pleinement convaincant au regard des exigences de la raison (K. Popper, Misère de l'historicisme, chap. 31).

3. Il faut accepter la pluralité et la partialité des histoires, tout en désirant s'approcher de la vérité historique

Argumentation principale : " L'histoire n'est donc jamais l'histoire, mais l'histoire pour " (C. Lévi-Strauss, La Pensée sauvage). Cependant, l'exigence de connaissance rationnelle propre à la recherche historique permet d'approcher indéfiniment la vérité objective du passé. Le global demeure comme horizon (F. Furet, Faire de l'histoire I, Gallimard, p. 55).

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Sujet 3 : La mémoire suffit-elle à l'historien ?

Reformulation
La mémoire, c'est-à-dire la conscience présente du passé, est sans doute nécessaire à l'historien. Mais lui suffit-elle, à elle seule, pour mener à bien son entreprise de connaissance du passé (sa description et son explication) ? L'historien n'a-t-il besoin de rien d'autre que de la mémoire du passé pour connaître celui-ci ?

Problématique
La mémoire, faculté subjective de retenir et de viser le passé, suffit-elle à l'historien, ou bien celui-ci doit-il recourir à autre chose qu'elle pour connaître le passé ? Et parle-t-on ici du simple recueil des données passées, de la mémoire individuelle ou de la mémoire collective ?

Enjeu
Quelle attitude l'historien doit-il adopter vis-à-vis de la mémoire ? Doit-il lui faire confiance ou s'en méfier ?

Plan

1. La mémoire suffit à l'historien

Argumentation principale : le travail de l'historien consiste à recueillir la mémoire du passé, à partir des diverses mémoires (la sienne parfois, mais surtout celle des acteurs et des choses : témoignages et documents). L'histoire, c'est la remémoration du passé et le refus de l'oubli : " non plus de raconter seulement ou juger, mais d'évoquer, refaire, ressusciter les âges " (Michelet, Histoire de France, Préface de 1869, p. 11).

2. La mémoire ne suffit pas à l'historien.

Argumentation principale : l'historien doit se méfier des déformations et des trahisons propres à toute mémoire (subjectivité individuelle, mythes et idéologies collectives, ambiguïté des documents). Il doit donc appliquer à toute mémoire une critique rationnelle et méthodique. Il doit critiquer la mémoire.

3. L'historien élabore la connaissance du passé.

Argumentation principale : l'historien élabore le passé : il découpe des périodes, sélectionne des événements (et pour cela en oublie certains...) et cherche les séries causales déterminantes : " toute histoire est choix. Elle l'est, du fait même du hasard qui a détruit ici, et là sauvegardé les vestiges du passé. Elle l'est du fait de l'homme : dès que les documents abondent, il abrège, simplifie, met l'accent sur ceci, passe l'éponge sur cela " (L. Febvre, Combats pour l'histoire, p. 7).

Ne disons donc pas que l'historien cherche une remémoration du passé, fût-elle objective, mais plutôt une représentation conforme au passé, c'est-à-dire une connaissance. Elle résulte de son travail et de la confrontation avec celui des autres historiens. Clio (déesse de l'histoire) n'est pas Mnémosyne (déesse de la mémoire). (voir P. Nora, Les lieux de mémoire, I. La république, Gallimard, 1984, pp. 19-20)

 

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• La mémoire suffit-elle à l'historien ?


Au sommaire de ce dossier :

• L'essentiel
• Citations commentées
• Sujets problématisés
• Définitions