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CONSCIENCE - INCONSCIENCE - SUJET Extraits de textes La
conscience de soi, première des certitudes (Descartes) La conscience de soi, première des certitudes Descartes, rationaliste (la raison peut connaître le réel), pense vaincre définitivement le scepticisme (négation de toute certitude) en posant au fondement de toute science l'indubitabilité de sa pensée consciente. Dans L'existentialisme est un humanisme, J.-P. Sartre écrira : " Il ne peut pas y avoir de vérité autre, au point de départ, que celle-ci : je pense donc je suis, c'est là la vérité absolue de la conscience s'atteignant elle-même. " " Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fut telle qu'ils nous la font imaginer [...] Je rejetais comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstrations ; et enfin [...] je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. " René Descartes, Discours de la méthode (1637), IV. Bergson assimile la conscience à la liberté, en affirmant ici que l'intensité de la conscience est proportionnelle à la possibilité de choix ou de création dans notre action. La conscience se distribue dans l'ensemble du vivant, mais acquiert son intensité maximale en l'homme, où elle prend une dimension morale (notion de " crise intérieure "). Notez que la conscience ne va pas sans la mémoire. " La conscience, originellement immanente à tout ce qui vit, s'endort là où il n'y a plus de mouvement spontané, et s'exalte quand la vie appuie vers l'activité libre. Qu'arrive-t-il quand une de nos actions cesse d'être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s'en retire. Dans l'apprentissage d'un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu'il vient de nous, parce qu'il résulte d'une décision et implique un choix ; puis, à mesure que ces mouvements s'enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d'autre part, les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l'aurons fait ? Les variations d'intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez, de création, que nous distribuons sur notre conduite. Tout porte à croire qu'il en est ainsi de la conscience en général. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c'est que conscience est synonyme de choix. " Henri Bergson, " La conscience et la vie ", dans L'Énergie spirituelle (1919), éd. du centenaire, PUF, 1959, p. 822-823. La conscience trahit un besoin de communication Contre toute l'anthropologie classique, Nietzsche dévalorise la pensée consciente au profit de la vie et du corps. Il affirme la primauté d'une pensée inconsciente entièrement organique et infra-linguistique. La conscience, simple épiphénomène relationnel, trahit dès lors lune faiblesse de l'organisme vivant. " La conscience n'est proprement qu'un réseau de relations d'homme à homme, - et c'est seulement en tant que telle qu'elle a dû se développer : l'homme érémitique [solitaire] et prédateur n'aurait pas eu besoin d'elle. Le fait que nos actions, nos pensées, nos sentiments, nos besoins, nos mouvements pénètrent dans notre conscience - au moins en partie -, c'est la conséquence d'un "il faut" ayant exercé sur l'homme l'homme une autorité terrible et prolongée : il avait besoin, étant l'animal le plus exposé au danger, d'aide et de protection, il avait besoin de son semblable, il fallait qu'il sache exprimer sa détresse, se faire comprendre - et pour tout cela, il avait besoin de "conscience", même, donc, pour savoir ce qui lui manque, pour "savoir" ce qu'il éprouve, pour "savoir" ce qu'il pense. Car pour le dire encore une fois : l'homme, comme toute créature vivante, pense continuellement, mais ne le sait pas ; la pensée qui devient consciente n'en est que la plus infime partie, disons : la partie la plus superficielle, la plus mauvaise : -car seule cette pensée consciente advient sous forme de mots, c'est-à-dire de signes de communication, ce qui révèle la provenance de la conscience elle-même. " Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1882), V, § 354, trad. Wotling, Flammarion, GF, 1997, p. 303. L'inconscient : une hypothèse nécessaire et légitime Freud répond aux nombreux détracteurs de l'inconscient psychique, qu'il présente ici comme une hypothèse dont la raison ne peut faire l'économie. Sans elle, la conscience devient incompréhensible (insensée) et incurable. " On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence de l'inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. [...] Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques ; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpelons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence un raison, pleinement justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate. [...] Et s'il s'avère de plus en plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique couronnée de succès [la cure psychanalytique], par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis avec ce succès, une preuve incontestable de l'existence de ce dont nous avons fait l'hypothèse. L'on doit donc se ranger à l'avis que ce n'est qu'au prix d'une prétention intenable que l'on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience. " Sigmund Freud, Métapsychologie (1915), " L'inconscient ", trad. Laplanche et Pontalis, Gallimard, Folio/Essais, 1968. Pour l'empiriste Hume, toute idée tire son sens de l'expérience. Or, s'agissant de l'idée du moi, l'expérience ne nous donne qu'un flux perceptif, et jamais la perception d'un moi constant et identique. Dès lors, l'idée du moi résulte d'une projection illusoire. " Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d'existence ; et que nous sommes certains, plus que par l'évidence d'une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. [...] Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n'ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n'existe pas. [...] Mais, si je laisse de côté quelques métaphysiciens de ce genre, je peux m'aventurer à affirmer du reste des hommes qu'ils ne sont rien qu'un faisceau ou une collection de perceptions différentes qui se succèdent les unes aux autres avec une rapidité inconcevable et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuels. " David Hume, Traité de la nature humaine (1737), livre 1, 4e partie, section VI, trad. Leroy, Aubier, 1962. Citations |