CONSCIENCE - INCONSCIENCE - SUJET


L'inconscient

Sommaire :

L'usage du mot et la découverte freudienne
L'inconscient chez les classiques
L'inconscient au XIXe siècle
L'inconscient selon Freud
L'inconscient et la liberté

L'usage du mot et la découverte freudienne

L'inconscient, ce peut être ce qui n'est simplement pas conscient, le non-conscient, la " nuit du monde " (Hegel). En ce sens, l'inconscient (d'usage adjectival) est étranger au psychisme (le mental ou l'âme). Mais l'inconscient peut également se définir positivement comme une certaine réalité psychique, une structure possédant ses propres lois de fonctionnement (l'inconscient est alors un substantif). Telle est la découverte décisive de Freud, peu avant le tournant du XXe siècle. Avec Freud, la pensée et le sujet se trouvent comme jamais remis en cause comme totalités immédiatement conscientes, transparentes et souveraines. Si l'homme a toujours éprouvé une certaine étrangeté face à lui-même, il semble désormais savoir pourquoi...

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L'inconscient chez les classiques

Au XVIIe siècle, l'idée de déterminismes inconscients modelant l'activité du sujet à son insu est explorée par le cartésianisme " dissident " (Descartes écartant par principe toute idée d'un inconscient psychique). Malebranche écrit que " la conscience que nous avons de nous-mêmes ne nous montre peut-être que la moindre partie de ce qui est. " Plus fondamentalement, chez Spinoza, le corps et la pensée dépassent tous deux la conscience qu'on en a. La conscience est loin de recouvrir la totalité de la pensée - reflet du corps désirant, celle-ci est largement inconsciente - et se trouve déterminée à son insu. Chez Leibniz, la conscience devient l'intégration d'une infinité de " petites perceptions " infinitésimales et inconscientes (comme lorsque, percevant la rumeur de la mer, on n'aperçoit pas consciemment mais seulement confusément le bruit de chaque vague et de chaque goutte d'eau). La conscience (l'aperception) n'est alors que le plus haut degré de la perception confuse du tout, intégrant l'infinité des différentielles inconscientes antérieures.

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L'inconscient au XIXe siècle

La métaphysique allemande post-kantienne (XIXe siècle) introduira l'idée d'un inconscient actif et cosmique. Schopenhauer, notamment, voit dans tout phénomène du monde la manifestation d'un vouloir-vivre aveugle et obstiné, essentiellement inconnaissable, donc inconscient. Le moi profond de l'homme est constitué par cette Volonté irrationnelle, dont la conscience (l'intellect) n'est plus que le simple serviteur : l'homme ignore les motifs véritables de ses actions. (Schopenhauer anticipe aussi le concept de refoulement.) Nietzsche, enfin, soutiendra l'existence d'une pensée inconsciente et impersonnelle, ayant lieu dans le corps, pour laquelle la conscience n'est plus qu'une simple fonction parmi d'autres. " Longtemps on a considéré la pensée consciente comme la pensée par excellence : maintenant seulement nous commençons à entrevoir le vérité, c'est-à-dire que la plus grande partie de notre activité intellectuelle s'effectue d'une façon inconsciente. " (Nietzsche anticipe aussi le concept de pulsion.) Freud, médecin lecteur de Schopenhauer et de Nietzsche, déplacera le débat du terrain métaphysique au terrain scientifique et psychologique.

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L'inconscient selon Freud

Avec Freud, l'inconscient devient une structure psychique propre. Sans cette hypothèse, on ne peut rendre compte des innombrables lacunes et autres formations psychiques apparemment incohérentes qui occupent la conscience : symptômes névrotiques, lapsus, actes manqués, rêves... Résolument déterministe (tout a une cause), Freud veut donner du sens aux événements psychiques. Il faut donc postuler un appareil psychique largement inconscient et dynamique, constitué de mouvements pulsionnels (principalement la libido ou pulsion sexuelle) ascendants et descendants (refoulés), ainsi que de résistances et de censures protégeant imparfaitement la conscience de leur intrusion violente. L'enseignement de la psychanalyse (théorie et exploration thérapeutique de l'inconscient par les associations libres) est que le moi n'est pas le maître dans sa propre maison. Le moi (réglé par le principe de réalité), relégué à la périphérie d'une vie psychique conflictuelle, doit composer entre les exigences du ça (réservoir pulsionnel gouverné par le principe de plaisir) et du surmoi (intériorisation inconsciente des interdits sociaux et parentaux).

Schémas explicatifs sur le psychisme selon Freud

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L'inconscient et la liberté

Des philosophes d'inspiration cartésienne ont vivement attaqué la théorie freudienne et, au nom de la liberté de l'esprit, font de l'inconscient à la fois une erreur théorique et une faute morale. Alain, rationaliste, refuse catégoriquement l'idée d'une pensée inconsciente en ne voulant y voir que la partie corporelle et instinctive de l'homme, un simple mécanisme jamais signifiant - à tort idolâtré sous le nom d'inconscient. Sartre identifie l'inconscient à la mauvaise foi, au mensonge à soi-même. Le psychisme ne pouvant censurer ce qu'il ne connaît pas, toute censure est consciente. En lieu d'inconscient, il n'y a dès lors qu'une comédie par laquelle je fais semblant d'être autre que je ne suis - c'est-à-dire libre. Cependant, loin d'accepter de se soumettre à une force obscure, Freud n'a de cesse de répéter la nécessité pour le sujet conscient de se réapproprier l'inconscient : " Là où ça était, je dois advenir (Wo Es war, soll Ich werden). " L'inévitable rétrécissement de la conscience rend possible un élargissement, lorsque la conscience entreprend de découvrir ce avec quoi elle coexistait jusqu'alors tout en l'ignorant. Devenir conscient, c'est se libérer.

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Schémas explicatifs sur le psychisme selon Freud

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