LA LIBERTE

 

La liberté

A. De la liberté politique à la liberté intérieure

Le statut d'homme libre: entre l'esclave et le tyran
Le heurt des libertés, la nécessité de la loi
Le refuge de la liberté intérieure

Le statut d'homme libre : entre l'esclave et le tyran

Notre culture a d'abord conçu la liberté d'après le statut social et politique de l'homme libre, dans son opposition à l'esclave. Sans droits, l'esclave est aliéné : il appartient au maître, qui le commande comme à un instrument (Aristote, Politique, IV, 3-6). Au contraire, l'homme libre se commande à lui-même. En tant que citoyen, il a vocation à exercer dans des assemblées une part du pouvoir politique, partagé avec ses égaux. La citoyenneté, c'est le droit et le pouvoir d'occuper les magistratures dans la cité (fonctions judiciaire, législative et gouvernementales : Aristote, Politique, III, 1).

La démocratie moderne tend certes à étendre la citoyenneté (la liberté civique et politique, et ses droits)à tous les membres de la société. Cependant, il semble qu'en s'élargissant à tous les hommes, la sphère de la liberté tende à se limiter à la vie privée (voir le schéma). En effet, le citoyen moderne ne souhaite plus nécessairement infléchir le destin de la "cité" (nation ou État). Ainsi, la conquête individualiste de la liberté tend paradoxalement à se retourner en une forme inédite de despotisme (étatisme) (voir le texte de Tocqueville).

Dans le cas limite du despotisme (un seul commande, tous obéissent), la liberté connaît le vertige de se mettre au-dessus de tout contrôle et de toute critique. Elle se fait alors généralement cruauté et, même dans le cas exceptionnel du " despotisme éclairé " (déjà : Aristote, Politique, III, 7), toujours l'ennemie de la liberté : " Le gouvernement arbitraire d'un prince juste et éclairé est toujours mauvais " (Diderot, Réfutation d'Helvétius). Mais le despote, bien souvent, n'a qu'une fausse liberté : ses désirs sont ses propres tyrans et il ne se maîtrise pas lui-même (Platon, Gorgias, 465e-479e et citation). Ainsi, celui qui ne peut pas se donner à lui-même sa propre loi, dictée par sa raison, peut certes connaître une capricieuse indépendance (le pouvoir de faire tout ce qui lui plaît), mais pas l'autonomie véritable (autos : "le même" ; nomos : "loi" = obéir à la loi qu'on s'est prescrite). Voir le texte de Rousseau.

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Le heurt des libertés, la nécessité de la loi

Si la liberté absolue d'un seul est dangereuse, la liberté absolue de tous ne l'est pas moins, en tant qu'elle expose au chaos de l'anarchie. C'est pourquoi il est nécessaire de limiter l'indépendance de chacun, et de redéfinir la liberté comme le pouvoir de faire non pas tout ce qui nous plaît, mais "tout ce qui ne nuit pas à autrui" (Déclaration des droits de l'Homme de 1789, art. 4). Politiquement, l'exercice de la liberté individuelle exige donc certaines bornes, afin d'en assurer la réciprocité. C'est pourquoi "il n'y a pas de liberté sans lois" (voir le texte de Rousseau, et la citation de Montesquieu), ni sans un pouvoir pour la garantir (l'État : voir le schéma général, élément 12).

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Le refuge de la liberté intérieure

À l'époque l'hellénistique (vers le IIIè s. av. J.-C.), "la perte de l'indépendance des cités grecques a pour [...] effet [...] de dissocier l'unité de l'homme et du citoyen, [...] de l'intériorité et de l'extériorité [...]. C'est le moment où la liberté de l'homme libre, qui jusque-là se confondait avec l'exercice des droits civiques, se transmue [...] en liberté intérieure ; où les idéaux grecs d'autarcie et d'autonomie, qui cherchaient jusqu'alors à se satisfaire dans la cité, se trouvent confiés aux seules ressources spirituelles de l'homme individuel" (Pierre Aubenque). Ainsi, les stoïciens distinguent-ils entre ce qui ne dépend pas de nous - qui doit nous être indifférent - et ce qui dépend de nous - qui est un bien ou un mal entièrement en notre pouvoir : nos pensées, nos désirs, notre volonté (voir le texte d'Épictète et Entretiens, I, XII, 8-16). Le véritable esclavage est donc intérieur : c'est la tyrannie des désirs excessifs (passions). Le sage, usant toujours droitement de sa pensée et de sa volonté, sera quant à lui toujours absolument libre et heureux - même dans la servitude ! La volonté raisonnable doit vouloir l'ordre rationnel et harmonieux du monde, c'est-à-dire la nécessité (est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être). Dans le stoïcisme sont lisibles deux conceptions de la liberté, que l'histoire de la philosophie va développer :

- la liberté comme indépendance de la volonté à l'égard de tout déterminisme ;

- la liberté comme compréhension et acceptation volontaire de la nécessité.

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Sommaire de ce dossier

L'essentiel
De la liberté politique à la liberté intérieure
Du libre arbitre à la libre nécessité

Citations
Sujets problématisés
Extraits de textes