Alain, Propos sur les pouvoirs

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L | Thème(s) : La justice et le droit
Type : Explication de texte | Année : 2017 | Académie : Pondichéry

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Pondichéry • Avril 2017

explication de texte • Série L

Alain

Expliquer le texte suivant :

Voter, ce n’est pas précisément un des droits de l’Homme ; on vivrait très bien sans voter, si l’on avait la sûreté, l’égalité, la liberté. Le vote n’est qu’un moyen de conserver tous ces biens. L’expérience a fait voir cent fois qu’une élite gouvernante, qu’elle gouverne d’après l’hérédité, ou par la science acquise, arrive très vite à priver les citoyens de toute liberté, si le peuple n’exerce pas un pouvoir de contrôle, de blâme et enfin de renvoi. Quand je vote, je n’exerce pas un droit, je défends tous mes droits. Il ne s’agit donc pas de savoir si mon vote est perdu ou non, mais bien de savoir si le résultat cherché est atteint, c’est-à-dire si les pouvoirs sont contrôlés, blâmés et enfin détrônés dès qu’ils méconnaissent les droits des citoyens.

On conçoit très bien un système politique, par exemple le plébiscite1, où chaque citoyen votera une fois librement, sans que ses droits soient pour cela bien gardés. Aussi je ne tiens pas tant à choisir effectivement, et pour ma part, tel ou tel maître, qu’à être assuré que le maître n’est pas le maître, mais seulement le serviteur du peuple. C’est dire que je ne changerai pas mes droits réels pour un droit fictif.

Alain, Propos sur les pouvoirs, 1925.

1 Plébiscite : vote par lequel un peuple abandonne le pouvoir à une personne.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les clés du sujet

Dégager la problématique du texte

Dans ce texte, Alain envisage la question du vote. Certes, dans le cadre d’une démocratie représentative, les citoyens disposent d’un droit de vote. Mais quelle est la fonction et quelle est la portée du vote ? À quoi sert-il ?

L’opinion commune fait du vote un droit fondamental issu d’une conquête populaire – du suffrage censitaire de 1789 au suffrage universel masculin de 1848, jusqu’au suffrage universel. Mais peut-on dire qu’il est une fin en soi ? Et comment déterminer son utilité ?

La question est finalement de savoir quelle est la fonction du vote dans le cadre d’une démocratie représentative. Que faisons-nous quand nous votons ? Exerçons-nous un droit naturel, ou saisissons-nous l’outil qui nous permet de contrôler que nos droits fondamentaux sont respectés ?

Repérer la structure du texte et les procédés d’argumentation

Dans un premier temps, Alain distingue les droits de l’homme du droit de vote : dans le cadre d’une démocratie représentative, dit-il, nous avons la liberté de voter, mais cette liberté n’est que le moyen d’intervenir si nos droits de citoyens ne sont plus garantis. Autrement dit, le vote s’exerce comme un pouvoir de contrôle ou de neutralisation qui nous permet de nous prémunir des abus de pouvoir.

Dans un second temps, Alain insiste sur le caractère permanent de ce pouvoir de surveillance exercé par les citoyens. C’est bien ce caractère permanent du contrôle concrètement exercé par le vote qui nous garantit notre liberté, en ce qu’il fait de nos représentants nos « serviteurs » et non nos « maîtres ».

Éviter les erreurs

Pour expliquer ce texte, vous devrez d’abord relever les distinctions qui soutiennent l’argumentation : « voter »/« un des droits de l’Homme » ; « voter »/« la sûreté, l’égalité, la liberté » ; « un des droits de l’Homme »/« un moyen de conserver tous ces biens » ; « élite gouvernante »/« peuple » ; « d’après l’hérédité »/« par la science acquise » ; « je n’exerce pas un droit »/« je défends tous mes droits » ; « savoir si mon vote est perdu ou non »/« savoir si le résultat recherché est atteint » ; « choisir effectivement, et pour ma part, tel ou tel maître »/« être assuré que le maître n’est pas le maître » ; « maître »/« serviteur du peuple » ; « droits réels »/« droit fictif ».