Atouts et limites pour le développement de l’Afrique

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'Afrique : les défis du développement
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2016 | Académie : Moyen-Orient


Liban • Mai 2016

étude critique de documents

Atouts et limites pour le développement de l’Afrique

 À l’aide des deux documents et de vos connaissances, montrez les atouts et les potentialités de l’Afrique pour assurer son développement, mais aussi les défis qu’elle rencontre et les limites de ce développement.

DOCUMENT 1 Situation socio-économique du Ghana pour le ministère des Affaires étrangères du Canada en 2015

Le Ghana est une démocratie stable et paisible, en bonne voie d’atteindre son objectif de devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici 2020. Il est salué comme un nouveau modèle de réussite économique en Afrique : ces dernières années, son taux de croissance a toujours dépassé les 6 %. Depuis 1992, cinq élections démocratiques consécutives y ont eu lieu, et deux transitions de gouvernement se sont déroulées dans la paix. D’autres pays d’Afrique se tournent maintenant vers le Ghana pour obtenir des conseils sur la tenue d’élections.

Depuis 1990, le gouvernement du Ghana a travaillé de près avec la communauté des donateurs et a réduit de près de moitié le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Cependant, environ 30 % des Ghanéens1 vivent toujours avec moins de 1,25 $US par jour. Environ 2 millions de personnes ont un accès limité à la nourriture, et les trois régions du nord du pays sont régulièrement touchées par des pénuries de vivres. Les enfants sont particulièrement vulnérables : environ 12 % des enfants ghanéens de moins de cinq ans ont un poids insuffisant. En 2012, le Ghana occupait le 135e rang sur 187 pays pour ce qui est de l’indice du développement humain établi par le Programme des Nations unies pour le développement.

Le Ghana a assez bien réussi à atténuer les répercussions de la crise alimentaire mondiale de 2008 grâce à des programmes d’aide sociale et à d’autres mesures ; il a entre autres supprimé les droits d’importation et les taxes sur les aliments et le carburant. Le Ghana est toujours vulnérable aux effets persistants de la crise économique mondiale. La pauvreté s’est accentuée dans certains groupes de population, surtout les femmes, les agriculteurs et les personnes vivant dans les régions du Nord.

Site du ministère des Affaires étrangères du Canada2 – Avril 2015.

http://www.international.gc.ca

1. En 2015, la population du Ghana s’élève à 27,2 millions d’habitants (données de l’ONU).

2. Fiche technique de présentation de la situation socio-économique de pays avec lesquels le Canada commerce – document à destination du grand public, des entrepreneurs et investisseurs canadiens.

DOCUMENT 2

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D’après : les données de l’OCDE (année 2013) ; « Principaux ports de marchandises en Afrique en 2011 », La Documentation française ; Frank Tétart (dir.), Grand Atlas 2015, 2011.

Les clés du sujet

Analysez le sujet

L’énoncé

Le sujet reprend à l’identique la formulation d’une partie du programme. Il vous est donc demandé d’analyser en quoi les deux documents permettent de rendre compte des défis du développement en Afrique.

La consigne

La consigne suggère un plan simple en deux parties. Rappelons toutefois que l’exercice est une étude critique de documents : vous devez donc partir des documents et montrer leur apport au problème posé, sans oublier de les confronter, mais également de les critiquer.

Les documents

Le document 1 est une fiche de synthèse provenant d’une source fiable, le ministère des Affaires étrangères du Canada. Mais ce document ne concerne que le seul Ghana.

Le document 2 est une carte de synthèse, cette fois à l’échelle de l’Afrique dans sa totalité. À partir de diverses sources institutionnelles ou privée, elle donne des informations basiques.

Les deux documents sont donc, pour l’un, très spécifique, car ne traitant que d’un pays, pour l’autre, très général, car donnant une idée assez vague des situations nationales. Cela invite à les confronter et à les critiquer.

Définissez les axes de l’étude

Comme à chaque fois que c’est le cas dans un énoncé, il est prudent de suivre la proposition de plan. Cela permet de ne pas se fourvoyer dans des plans complexes et de gagner du temps.

Un premier axe d’étude présentera les atouts et potentialités de l’Afrique pour assurer son développement ; un deuxième axe évoquera les défis qu’elle affronte et les limites de son développement. À chaque occasion, il faudra confronter et critiquer les documents.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Autrefois considérée comme un continent perdu pour le développement, condamnée aux guerres et aux famines, l’Afrique connaît depuis une quinzaine d’années une croissance économique vigoureuse.

[Présentation des documents] Le document 1 est une fiche de synthèse provenant d’une source institutionnelle, le ministère des Affaires étrangères du Canada. Elle décrit la situation du Ghana en 2015. Le document 2 est une carte de synthèse du taux de croissance prévisionnel du PIB par États pour 2014-2015, complété par des facteurs explicatifs.

[Annonce du plan] À partir de ces deux documents, on pourra donc faire le point sur les atouts et les potentialités dont jouit l’Afrique pour piloter son développement. Mais une analyse critique mettra également en lumière les défis que rencontre le continent et les limites de son développement.

I. Les atouts et les potentialités de l’Afrique

1. Une incontestable croissance économique

Le document 2 montre clairement que l’essentiel du continent africain connaîtra pour 2014-2015 une croissance économique très importante : plus de 8 % pour des pays comme la Côte d’Ivoire (9,2 %) ; entre 4 et 8 % pour de nombreux autres (7,4 % en Éthiopie).

Conseil

Montrez comment le document 1 confirme les données du document 2.

Cette croissance économique n’est pas un accident. Le document 1 le confirme à propos du Ghana : « ces dernières années, son taux de croissance a toujours dépassé les 6 % » (l. 4-5). En effet, malgré la crise de 2008, l’Afrique dans son ensemble a connu 15 ans d’une croissance à 5 % par an.

Certains pays ont su transformer cette croissance économique en développement. Au Ghana, depuis 1990, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (moins de 1,25 $US par jour) a été « réduit de près de moitié » (doc. 1, l. 10-11). En Afrique, les classes moyennes devraient représenter 240 millions de personnes en 2030. La reprise de l’aide publique au développement (les « donateurs » du doc. 1, l. 10) a contribué à ce résultat.

2. Des facteurs endogènes plus favorables

Le document 1 établit que « le Ghana est une démocratie stable et paisible » (l. 1), débarrassé de deux maux des années 1960 à 2000 : l’instabilité de régimes souvent dictatoriaux et la guerre.

Les progrès de la démocratie ont touché l’Afrique du Sud (fin de l’apartheid). Au Ghana, la démocratie s’enracine : « depuis 1992, cinq élections démocratiques consécutives y ont eu lieu » (doc. 1, l. 5-6).

Info

La transition démographique comprend une phase A (chute de la mortalité, croissance très forte) et une phase B (recul de la natalité, croissance ralentie).

Un autre facteur endogène est décisif : le ralentissement de la croissance démographique. Aujourd’hui dans la phase B de la transition démographique, l’Afrique est la seule zone du monde où la proportion d’adultes va augmenter.

3. Des facteurs exogènes liés à la mondialisation

Les potentialités africaines sont maximisées par l’insertion du continent dans la mondialisation. Le document 2 y fait clairement allusion en mentionnant les « zones riches en ressources minières » ou en hydrocarbures (10 % des réserves pétrolières mondiales).

Le document 2 mentionne également l’insertion africaine dans la mondialisation à travers d’importants ports à conteneurs, sur les grandes routes maritimes mondiales : cap de Bonne-Espérance (Durban, Le Cap), canal de Suez (Port-Saïd).

L’évolution démographique africaine va représenter une nouvelle opportunité pour les activités de main-d’œuvre, telles les industries d’assemblage en Afrique du Sud.

[Transition] Pourtant, ces atouts africains comportent leur part d’ombre.

II. Les défis et les limites du développement

1. La persistance des retards

Conseil

Vous pouvez utiliser d’autres chiffres qui vont dans le même sens.

L’essentiel du continent doit encore faire face à un problème massif de pauvreté. Ainsi, « environ 30 % des Ghanéens vivent toujours avec moins de 1,25 $US par jour » (doc. 1, l. 11-12). Les taux de croissance du document 2 doivent être relativisés, car les niveaux de départ sont très bas.

D’autant que cette croissance économique doit être mise en regard de la croissance démographique, qui reste la plus rapide du monde. Or, pour une population qui augmente de 3 % par an, une hausse du PIB de 3 % ne fait que maintenir la situation en l’état.

Enfin, si la situation en ville est meilleure que dans les campagnes (doc. 1, l. 26), l’explosion urbaine est telle que les problèmes ne sont pas près d’être résolus (pollutions, bidonvilles).

2. La stabilité politique : la règle ou l’exception ?

Si les progrès de la démocratie sont incontestables, comme au Ghana, il existe encore de nombreux cas de régimes dictatoriaux ou de situations instables, qui nécessitent parfois une intervention extérieure. Cela a été le cas en Côte d’Ivoire, en 2010-2011.

Les problèmes de corruption sont loin d’être réglés sur un continent où les économies de rente génèrent des revenus fréquemment captés par des réseaux clientélistes, familiaux ou tribaux.

Enfin, depuis les printemps arabes, la situation géopolitique est devenue très tendue dans toute l’Afrique septentrionale et au Sahel. Les réseaux terroristes islamistes se développent, au Mali ou en Libye.

3. Une insertion dominée dans la mondialisation

L’insertion de l’Afrique dans la mondialisation est marquée par la domination et la dépendance. Les exportations africaines sont des exportations de produits bruts (doc. 2).

La crise de 2008 a également eu des répercussions. La tension des prix sur les produits alimentaires, que le Ghana a pu atténuer grâce à des « programmes d’aide sociale », est clairement évoquée dans le document 1 (l. 21). Le ralentissement économique des grands pays émergents provoque aussi une baisse du prix des matières premières.

Enfin, la mondialisation accentue les disparités régionales. Au Ghana, les provinces du Nord, éloignées du littoral intégré, sont celles où « la pauvreté s’est accentuée » (doc. 1, l. 24-26).

Conclusion

Les documents permettent donc d’établir la réalité du développement africain, mais aussi sa fragilité, tant il est vrai que ce développement doit surtout à l’insertion du continent dans une mondialisation riche en chocs externes, que des économies vulnérables peinent à absorber.