Bacon, Du progrès et de la promotion des savoirs

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : La vérité
Type : Explication de texte | Année : 2015 | Académie : Antilles, Guyane

 

28

Antilles, Guyane • Septembre 2015

explication de texte • Série S

Bacon

Expliquer le texte suivant :

Le plaisir et les agréments de la connaissance surpassent de beaucoup tous les autres plaisirs de la nature. En effet, est-ce que les plaisirs des passions ne dépassent pas ceux des sens autant que l’obtention de ce qu’on désire, c’est-à-dire la victoire, dépasse une chanson ou un souper ? Ne faut-il pas, par conséquent, que les plaisirs de l’intellect, c’est-à-dire la compréhension, dépassent les plaisirs des passions ? Nous voyons bien que, dans tous les autres plaisirs, la satiété1 existe. Quand on en a pris l’habitude, leur fraîche vivacité s’en va, ce qui montre bien qu’ils sont, non des plaisirs, mais des illusions de plaisir : c’est la nouveauté qui plaisait, non ce qu’ils étaient. Voilà pourquoi l’on voit des hommes de volupté se faire moines et des monarques ambitieux devenir mélancoliques. Du savoir, au contraire, on n’est jamais rassasié ; satisfaction et appétit s’échangent en permanence, équivalents l’un à l’autre. Par conséquent, le savoir apparaît comme le bien simple en soi, dénué de toute tromperie ou d’accident.

Francis Bacon, Du progrès et de la promotion des savoirs (1605).

1. Satiété : pleine satisfaction.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les clés du sujet

Dégager la problématique du texte

La problématique du texte est construite autour de la notion de plaisir.

Bacon montre que sous une apparence d’unité, il y a des plaisirs de qualités diverses et même opposées. Cette distinction le conduit à hiérarchiser les différentes espèces de plaisirs.

Le problème consiste donc à savoir en fonction de quels critères et de quels objectifs il est légitime de procéder ainsi.

Repérer la structure du texte et les procédés d’argumentation

On peut distinguer deux grandes parties.

Dans un premier temps (du début jusqu’à « dépassent les plaisirs des passions ? »), Bacon distingue trois sortes de plaisirs qu’il hiérarchise.

Puis il donne des arguments qui justifient cette différenciation.

La dernière phrase du texte est une définition conceptuelle du savoir qui a été préparée par tout ce qui précède.

Nous notons la présence d’exemples tirés de la vie courante (une chanson, un souper) pour éclairer le sens des arguments. L’appel à l’expérience du lecteur est également un moyen de justifier la thèse. Ainsi appuyée, elle ne paraît pas abstraite mais conforme à ce que nous ressentons. Ce procédé permet en outre de généraliser la valeur du propos donc d’accroître le sentiment de sa vérité.

Éviter les erreurs

Il ne faut pas croire que Bacon veuille exclure les plaisirs naturels. Cette erreur sera évitée si l’on est attentif à la façon dont il articule ses pensées.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Les sources du plaisir sont diverses. Faut-il en retenir certaines et en exclure d’autres ? Doit-on les hiérarchiser ? Ce texte de Bacon invite à y réfléchir. Son propos porte sur la qualité des différents plaisirs dans le but de nous aider à mieux vivre. Ses analyses ont alors une finalité morale. Bacon soutient que les plaisirs procurés par la connaissance sont nettement supérieurs aux autres. Cette affirmation doit être justifiée car tout plaisir est bon dans le moment où on l’éprouve. Il faut donc que Bacon produise des critères capables de nous montrer la justesse de son propos.

1. La hiérarchie des plaisirs : naturels, de la passion et du savoir

A. Bacon annonce sa thèse dès la première phrase

Info

Même quand un texte est court, vous devez être attentif à son découpage. Chaque phrase est l’occasion d’un développement de la pensée.

La thèse est annoncée dès la première phrase pour être démontrée à la fin du texte. Une question se pose : comment justifier que les plaisirs procurés par la connaissance sont bien supérieurs à ceux que donne la nature ? Ceux-ci ont la propriété d’être immédiats et communs à tous puisqu’ils sont sensibles. Ne sont-ils pas, pour cette raison, préférables et supérieurs ?

B. Introduction des plaisirs de la passion

On s’attendrait à ce que Bacon poursuive son idée. Or il introduit un nouveau type de plaisirs : ceux de la passion. Une passion est une représentation de l’esprit qui mobilise puissamment notre désir. Bacon recourt à des exemples. Un souper procure un plaisir sensible, naturel. Une chanson est déjà une source plus élaborée de satisfaction mais Bacon la considère proche d’un souper car le plaisir qu’elle procure est encore éphémère et nous saisit moins que celui d’une victoire. Avec ce dernier exemple, nous voyons que la passion est une attitude durable qui modèle notre comportement. Le souper donne des sensations, la chanson des émotions, mais triompher après s’être longuement investi donne un plaisir plus lié à notre personnalité. Notre existence tout entière en est marquée, nous avons le sentiment d’un accomplissement.

Conseil

Marquez les transitions. L’auteur en fait nécessairement.

[Transition] Quelle est la fonction de ces exemples ? Les plaisirs de la passion occupent une place intermédiaire entre ceux de la nature et ceux du savoir. Établir leur supériorité relative sur les premiers va permettre à Bacon de justifier la supériorité absolue des seconds.

2. La supériorité des plaisirs du savoir : pourquoi sont-ils des « biens simples en soi » ?

A. Le défaut des plaisirs naturels et de ceux de la passion

Bacon veut montrer que les plaisirs du savoir sont supérieurs aux deux autres formes de plaisir. Il commence par expliquer pourquoi ceux-ci sont déficients. Il semble pourtant qu’ils nous procurent une entière satisfaction comme l’exprime le mot « satiété ». Ils sont vifs, agréables. Cependant, ils s’émoussent avec la répétition. Bacon souligne ici l’importance de l’habitude. Celle-ci diminue le plaisir. Il a moins pour nous cet aspect nouveau, cette « fraîche vivacité ». Désormais, il est attendu et plus nous y sommes accoutumés, moins il nous ravit. La conclusion de Bacon est drastique. Ce ne sont en réalité que des « illusions de plaisir ». Comprenons que ce n’est pas le plaisir lui-même qui nous charmait mais son caractère inédit. Nous étions attirés par la promesse d’une satisfaction qui nous demeurait largement inconnue. L’habitude, en nous rendant maître de la situation, nous a aussi ôté le charme qui l’accompagnait.

B. Confirmation par un exemple

Conseil

Faites ressortir le sens des exemples.

Bacon confirme cette thèse par deux exemples qui ne concernent pas tous les hommes mais qui possèdent une force persuasive. Dans les deux cas, il y a passage d’un extrême à l’autre. Le voluptueux qui se fait moine montre par là son dégoût des plaisirs de la chair car il les a éprouvés de façon excessive. Son désir a changé radicalement de direction et il cherche maintenant de nouveaux plaisirs dans l’abstinence. Quant aux rois animés par la passion du pouvoir, ils deviennent mélancoliques. Le monde qu’ils rêvaient de conquérir ne les intéresse plus, tout leur semble vain. Bacon ne dit pas que cette mutation est bonne ou mauvaise. Il fait remarquer les effets d’une recherche démesurée des plaisirs naturels ou de ceux de la passion. Dans les deux cas, ces individus ne sont pas heureux. Leur vie est dénuée d’un sens véritable et c’est pourquoi ces plaisirs sont en vérité illusoires.

C. La valeur des plaisirs du savoir

Conseil

Citez les définitions avant de les expliquer.

Ces critiques permettent à Bacon de souligner la qualité des plaisirs du savoir. Ceux-ci ont pour caractéristique de ne jamais provoquer l’ennui ou le dégoût. Il est impossible d’en être rassasié comme celui qui court après des grandeurs naturelles, sociales ou politiques. Ils ont donc une valeur infinie. Bacon affirme que « satisfaction et appétit s’échangent en permanence ». Cela signifie que le désir de savoir obtient des résultats mais est relancé du fait même de ce qu’il obtient. Chaque nouvelle découverte fait apparaître ce que nous ne savons pas encore. Cette dynamique fait du savoir un « bien simple en soi » qui jamais ne déçoit. Pourquoi ?

Les autres plaisirs sont décevants car ils promettent plus qu’ils ne peuvent donner. D’abord agréables, ils disparaissent du fait de l’habitude. Les plaisirs du savoir résistent à cette usure. Ce qui est acquis le reste à travers le temps, car c’est une vérité qui est connue. La vérité est un trésor auquel nous pouvons revenir indéfiniment. La simplicité de ce plaisir ne signifie donc pas sa grossièreté mais sa permanence ainsi que sa pureté car il est obtenu par un usage de la raison. Nous nous mettons ainsi à l’abri de toute désillusion et les faux prestiges ne nous impressionnent plus. Dès lors nous menons une vie meilleure, ordonnée à ce qui en nous est source d’un bonheur solide.

Conclusion

Au terme de cette analyse, Bacon a produit des distinctions qui justifient sa thèse. Les plaisirs dus aux sens ou au désir de pouvoir ne donnent que des satisfactions décevantes car leur répétition les rend ennuyeuses. La satisfaction de connaître la vérité n’est jamais vaine. Le texte ne nous demande pas cependant de n’éprouver que ce dernier genre de plaisirs. Il s’agit de leur donner la priorité afin de mieux vivre.