Beaumarchais, Le Barbier de Séville, III, 5

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Beaumarchais, Le Mariage de Figaro – La comédie du valet
Type : Commentaire littéraire | Année : 2019 | Académie : Inédit

La comédie du valet

théâtre

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Sujet d’écrit • Commentaire

Beaumarchais, Le Barbier de Séville, acte III, scène 5

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Confronté à la jalousie arrogante du vieux docteur Bartholo, le barbier Figaro ne manque ni de ressources ni de repartie, comme vous allez le découvrir…

Commentez ce texte de Beaumarchais, extrait du Barbier de Séville, en vous aidant du parcours de lecture ci-dessous.

Étudiez la scène de confrontation.

Analysez la ruse comique mise en place par Figaro.

DOCUMENT

Le comte Almaviva est amoureux de Rosine, que son vieux tuteur Bartholo séquestre chez lui afin de l’épouser. Le comte, déguisé en bachelier, est entré chez Bartholo : il souhaite faire sortir le vieillard pour s’entretenir librement avec Rosine. Figaro, adjuvant du comte, fait son apparition.

Bartholo. – Et dites-moi un peu comment la petite Figaro a trouvé les bonbons que vous lui avez portés1 ?

Figaro. – Quels bonbons ? Que voulez-vous dire ?

Bartholo. – Oui, ces bonbons, dans ce cornet fait avec cette feuille de papier à lettre… ce matin.

Figaro. – Diable emporte si…

Rosine, l’interrompant. – Avez-vous eu soin au moins de les lui donner de ma part, monsieur Figaro ? Je vous l’avais recommandé.

Figaro. – Ah ! ah ! les bonbons de ce matin ? Que je suis bête, moi ! j’avais perdu tout cela de vue… Oh ! excellents, madame, admirables !

Bartholo. – Excellents, admirables ! Oui, sans doute, monsieur le barbier, revenez sur vos pas ! Vous faites là un joli métier, monsieur !

Figaro. – Qu’est-ce qu’il a donc, monsieur ?

Bartholo. – Et qui vous fera une belle réputation, monsieur !

Figaro. – Je la soutiendrai, monsieur.

Bartholo. – Dites que vous la supporterez, monsieur.

Figaro. – Comme il vous plaira, monsieur.

Bartholo. – Vous le prenez bien haut2, monsieur ! Sachez que, quand je dispute avec un fat3, je ne lui cède jamais.

Figaro lui tourne le dos. – Nous différons en cela, monsieur : moi, je lui cède toujours.

Bartholo. – Hein ? qu’est-ce qu’il dit donc, bachelier ?

Figaro. – C’est que vous croyez avoir affaire à quelque barbier de village, et qui ne sait manier que le rasoir ? Apprenez, monsieur, que j’ai travaillé de la plume à Madrid, et que sans les envieux…

Bartholo. – Eh ! que n’y restiez-vous ? sans venir ici changer de profession ?

Figaro. – On fait comme on peut ; mettez-vous à ma place.

Bartholo. – Me mettre à votre place ! Ah ! parbleu, je dirais de belles sottises !

Figaro. – Monsieur, vous ne commencez pas trop mal ; je m’en rapporte à votre confrère, qui est là rêvassant…

Le comte revenant à lui. – Je… je ne suis pas le confrère de monsieur.

Figaro. – Non ? Vous voyant ici à consulter, j’ai pensé que vous poursuiviez le même objet.

Bartholo en colère. – Enfin, quel sujet vous amène ? Y a-t-il quelque lettre à remettre encore ce soir à madame ? Parlez, faut-il que je me retire ?

Figaro. – Comme vous rudoyez4 le pauvre monde ! Eh ! parbleu, monsieur, je viens vous raser, voilà tout : n’est-ce pas aujourd’hui votre jour ?

Bartholo. – Vous reviendrez tantôt.

Figaro. – Ah ! oui, revenir ! toute la garnison prend médecine5 demain matin ; j’en ai obtenu l’entreprise par mes protections. Jugez donc comme j’ai du temps à perdre ! Monsieur passe-t-il chez lui ?

Bartholo. – Non, monsieur ne passe point chez lui. Et mais… qui m’empêche qu’on me rase ici ?

Rosine avec dédain. – Vous êtes honnête. Et pourquoi pas dans mon appartement ?

Bartholo. – Tu te fâches ? Pardon, mon enfant, tu vas achever de prendre ta leçon ; c’est pour ne pas perdre un instant le plaisir de t’entendre.

Figaro bas au comte. – On ne le tirera pas d’ici ! (Haut.) Allons, L’Éveillé ? La Jeunesse6 ? le bassin, l’eau, tout ce qu’il faut à Monsieur.

Bartholo. – Sans doute, appelez-les ! Fatigués, harassés, moulus de votre façon7, n’a-t-il pas fallu les faire coucher !

Figaro. – Eh bien ! j’irai tout chercher : n’est-ce pas dans votre chambre ? (Bas au comte.) Je vais l’attirer dehors.

Bartholo détache son trousseau de clefs et dit par réflexion : – Non, non, j’y vais moi-même. (Bas au comte, en s’en allant.) Ayez les yeux sur eux, je vous prie.

Beaumarchais, Le Barbier de Séville, acte III, scène 5, 1775.

1. Plus tôt dans la pièce, Rosine a menti à Bartholo à propos d’une feuille de papier à lettre, dont elle aurait soi-disant fait un cornet à bonbons confié à Figaro, mais qu’elle a en fait utilisée pour écrire au comte. Figaro n’est pas au fait du mensonge de Rosine.

2. Vous le prenez bien haut : avec arrogance.

3. Un fat : sot prétentieux.

4. Rudoyer : traiter sans ménagement, en parlant avec brutalité.

5. Prendre médecine : se purger.

6. L’Éveillé et La Jeunesse sont deux valets de Bartholo.

7. De votre façon : à cause de vous. Figaro a drogué L’Éveillé et la Jeunesse avec des médicaments.

Les clés du sujet

Définir le texte

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Construire le plan

La problématique est la suivante : comment cette confrontation permet-elle à Beaumarchais de mettre en valeur l’inventivité comique d’un personnage rusé ?

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