Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte I, scène 1

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - Le commentaire littéraire
Type : Commentaire littéraire | Année : 2012 | Académie : Hors Académie

Jeu des acteurs et mise en scène

 Commentaire

 Vous commenterez la scène du Mariage de Figaro de Beaumarchais en prenant appui sur le parcours de lecture suivant.
 a) Vous analyserez les informations données par cette scène, compte tenu du fait qu'il s'agit de l'ouverture de la pièce.
 b) Vous montrerez également comment l'enchaînement des répliques met en valeur les deux personnages et témoigne des relations qui les unissent.

Se reporter au document A du corpus.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Trouver les idées directrices

Analysez les mots importants des pistes fournies pour établir la « définition » du texte.

Scène d'exposition de comédie (genre) du siècle des Lumières (mouvement littéraire) qui oppose un valet et une suivante fiancés sur le choix de leur chambre, comique (registre), alerte et enjouée (adjectifs), pour exposer la situation et dessiner le caractère des deux personnages (buts).

 

Pistes de recherche

Première piste : une véritable scène d'exposition

  • Les termes importants sont : « l'ouverture de la pièce » : il s'agit de montrer que la scène joue son rôle de scène d'exposition.

  • Demandez-vous en amont quels sont les éléments d'une pièce de théâtre : personnages, intrigue, registre, effet produit sur le spectateur.

  • Puis indiquez ce que révèle la scène sur les personnages - présents ou absents (qui sont-ils ? quels clans se forment ?) -, sur la situation et l'intrigue (quoi ? où ? quand ?), sur le registre (quel effet sur le spectateur ?).

  • La scène d'exposition obéit à deux impératifs apparemment contradictoires : elle doit éclairer et intriguer, donner et retenir l'information, la distiller. La difficulté est dans ce dosage.

Deuxième piste : l'éclairage sur le couple de serviteurs

  • Les termes importants sont : « met en valeur les deux personnages » et « relations qui les unissent » : vous êtes invité à analyser ce que la scène révèle des personnages et de leurs relations.

  • Analysez leur façon de s'exprimer.

  • Compte tenu du fait que ce sont des valets et de futurs mariés, caractérisez les relations qui les unissent : qui mène la discussion ?

  • Quels types de relations entretiennent-ils avec leurs maîtres ? Tenez compte du contexte (siècle des Lumières).

  • Appuyez-vous sur des expressions précises du texte.

Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleur et les indications en italique servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.
 

Introduction

Amorce : Le siècle des Lumières trouve dans le théâtre le genre idéal pour mettre les questions sociales à la portée d'un large public tout en le faisant rire. Dans Le Mariage de Figaro, Beaumarchais met en scène le Figaro de sa première comédie, Le Barbier de Séville.

Présentation du texte : C'est lui, accompagné de la servante Suzanne, qui ouvre la pièce. Le rideau se lève alors qu'il est en train de prendre les dimensions d'une pièce « à demi démeublée ».

Annonce du plan : Le dialogue de cette scène d'exposition donne au public les informations essentielles de l'intrigue en le plongeant immédiatement dans l'action et lui permet de découvrir les caractéristiques des deux serviteurs.

I. Une véritable scène d'exposition

1. Le cadre spatiotemporel

Cette scène situe l'action « le matin des noces », dans un château.

  • Deux serviteurs fiancés (références à « Madame » et « Monseigneur ») emménagent dans l'appartement (didascalies « une chambre », une « toise »), qui marque l'éloignement physique et affectif entre les deux maîtres déjà mariés.

  • Le mariage des valets en ouverture de la pièce dénote une comédie d'un nouveau genre car, d'ordinaire, une pièce de théâtre tourne autour du mariage des maîtres, qui marque le dénouement de la pièce.

2. La présentation des personnages essentiels

  • Autour du personnage absent : l'action se noue. « Monseigneur », homme de « plaisirs » est un obstacle redoutable au bonheur du couple (il « courtise » Suzanne). Même absent, il ternit la gaieté ambiante.

  • Les autres personnages : les clans se forment. On distingue les victimes (Figaro, Suzanne et la Comtesse) et les opposants (le Comte et Bazile, son « agent »). Il y a inégalité des forces (deux contre trois) entre le camp de la puissance, de l'hypocrisie, et celui de la naïveté, du bonheur simple.

3. Une scène de comédie qui annonce la tonalité de la pièce

  • Le comique de gestes. Il règne sur scène une joyeuse animation : Suzanne fait la coquette, Figaro effectue des acrobaties pour mesurer la pièce, les gestes d'amour sont simples (« lui prend les mains »), mimiques ou sauts accompagnent les onomatopées (« zeste », « crac »).

  • Le comique de langage. Le dialogue est enlevé : répliques qui rebondissent les unes sur les autres, effets d'écho (« zeste [...] crac ! et en trois sauts me voilà rendu » ; « tinter »/« tinté »), vocabulaire familier, apostrophes ironiques prononcées sur un ton emphatique (« ô mon mignon »).

Transition : La scène dépasse la simple fonction informative. Elle donne à ce couple de serviteurs un relief nouveau, une épaisseur psychologique plus marquée que chez les valets du xviie siècle.

II. L'éclairage sur le couple de serviteurs

1. Les marques du discours amoureux

  • Les deux valets se tutoient. Parfois, l'emploi de la 3e personne introduit une solennité presque courtoise (« la tête d'une belle jeune fille », « l'œil amoureux d'un époux » ; « de ta fiancée » pour « de moi »).

  • Une métonymie précieuse : « l'œil amoureux » désigne Figaro.

  • Des termes affectueux : « ma charmante » (imitation du discours précieux qui se distingue par son souci d'élégance et la recherche d'un langage raffiné et galant).

2. Un valet de comédie peu révolutionnaire

Figaro a gardé les traits du valet de comédie du xviie siècle. En aucun cas il ne mène la scène.

  • Il est dévoué à son maître (« me voilà rendu »), peut-être par peur, autre trait traditionnel du valet.

  • Il a une conception traditionnelle du couple (« Oh ! quand elles [les femmes] sont sûres de nous [les hommes] ! »).

  • Il est naïf : il n'a pas compris les intentions de son maître.

  • Sa bonne humeur est indéfectible, c'est un « bon garçon ».

3. Une servante lucide et spirituelle

Suzanne est une jeune femme vive et bien de son époque. Le lecteur pressent qu'elle saura mener à bien ses affaires, comme elle mène le dialogue.

  • Même si elle possède des traits de la servante traditionnelle (pudeur face aux questions de Figaro : « Si je n'en veux pas dire ? »), elle est émancipée : elle tient tête à son futur mari avec obstination (répétition du verbe vouloir) et multiplie les reproches voilés mais clairs (« Que les gens d'esprit sont bêtes ! »).

  • Elle mène la scène : elle emploie le ton didactique du maître qui rappelle son élève à l'ordre (« Il faudrait m'écouter ») et lui enseigne son savoir (« Apprends qu'il... »), obligeant ainsi Figaro à faire face à la réalité.

  • Elle emploie humour et ironie, ton caractéristique du xviiie siècle : elle reprend des mots de Figaro pour se moquer de lui (« zeste, en deux pas, il est à ma porte, et crac, en trois sauts... ») et utilise des apostrophes irrespectueuses (« mon fils », « mon ami », « bon garçon », équivalents de pauvre niais).

Conclusion

Cette scène d'exposition, emportée par un élan joyeux, met le spectateur au courant de la situation, tout en peignant les caractères des personnages principaux. Le couple qui ouvre la pièce ne bouleverse pas vraiment les schémas théâtraux du valet. Ce n'est que plus tard dans la pièce que Figaro se révélera un serviteur contestataire, porte-parole du peuple contre un maître qui s'est « donné la peine de naître, et rien de plus ».