Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte I, scène 8

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation - Le commentaire littéraire
Type : Commentaire littéraire | Année : 2012 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
La représentation théâtrale
 
 

La représentation théâtrale • Commentaire

Le théâtre

fra1_1204_12_01C

 

Pondichéry • Avril 2012

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Commentaire

> Vous commenterez l’extrait du Mariage de Figaro de Beaumarchais, à partir du parcours de lecture suivant.

a) En vous appuyant sur la situation des personnages mais aussi sur les didascalies et l’échange des répliques, vous mettrez en évidence le caractère mouvementé de la scène.

b) Vous vous demanderez en quoi cette scène repose sur un mélange de registres.

Trouver les idées directrices

  • Appuyez-vous sur les pistes données dans le sujet.
  • Faites aussi la « définition » du texte.

Scène de comédie (genre), qui oppose un aristocrate et une servante (thème), comique, dramatique, satirique (registres), mouvementée, tendue (adjectifs) pour faire rire le public et caricaturer un aristocrate libertin sans scrupules (buts).

Pistes de recherche

Première piste : une scène mouvementée

  • Identifiez et qualifiez précisément la situation des personnages : liens entre eux, rapports de force. Dites ce qui oppose les partis en présence.
  • Analysez précisément les différents procédés dramatiques (= propres au théâtre) auxquels recourt Beaumarchais pour donner de la vivacité à cet affrontement (modalités des phrases, succession et longueur des répliques, vocabulaire, etc.).
  • Faites-vous metteur en scène et, à l’aide des didascalies, imaginez concrètement la scène représentée.
  • Vous pouvez conclure sur la portée comique de l’affrontement, de façon à ménager une transition vers la deuxième question qui porte sur les registres.

Deuxième piste : un mélange de registres

  • En plus du comique, identifiez les autres registres. Pour cela, imaginez que vous assistez à la représentation : quelles seraient vos réactions ?
  • Quel est le registre qui se caractérise par la tension et l’agitation ?
  • Quel est le registre qui consiste à critiquer en se moquant ?
  • Indiquez à chaque fois les indices d’écriture caractéristiques de ces registres.

>Réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Le Mariage de Figaro de Beaumarchais peut apparaître comme la suite du Barbier de Séville puisqu’on y retrouve les mêmes personnages, quelques années plus tard. Pourtant, les choses ont bien changé. En effet, la complicité de Figaro et du Comte pour séduire la jeune Rosine et l’enlever à son tuteur, le vieux docteur Bartholo, est devenue une vraie rivalité amoureuse. [Présentation du texte] Le Comte s’est vite lassé de son épouse et cherche ses plaisirs parmi les femmes de son domaine et du château. Celle qu’il veut séduire désormais, c’est la fiancée même de Figaro, la jolie Suzanne, femme de chambre de la Comtesse : il est prêt à tout pour obtenir ses faveurs et cela, le jour même des noces de Suzanne et de Figaro. Comment résister à ce grand seigneur libertin ? Suzanne, bien malgré elle, se retrouve en tête à tête avec le Comte qui lui fait des avances qu’elle s’efforce de repousser. [Annonce des axes] Ce qui complique les choses, c’est que le petit page Chérubin est le témoin caché et embarrassant pour tout le monde de cette scène mouvementée. C’est la première apparition sur scène du Comte et il se présente de façon peu sympathique. Le spectateur s’amuse néanmoins de cette situation tendue parce que l’arrivée de Bazile et la présence indiscrète de Chérubin vont mettre le Comte en difficulté. Ainsi, la tension de la scène est tempérée par le comique et la satire.

I. Une scène mouvementée et vivante

1. Une scène de conflit tendue

La scène progresse sur un rythme très vif : elle repose sur le conflit entre Suzanne et le Comte et la tension qu’il génère.

  • Le jeu, entre eux, n’est pas égal. Le Comte se croit seul avec Suzanne et pense qu’elle ne peut lui échapper, elle, simple femme de chambre et lui grand seigneur tout-puissant. Cette distance se marque dans leur façon de se parler : il la tutoie avec familiarité mais elle le vouvoie.
  • La situation est d’autant plus difficile pour Suzanne qu’elle était déjà aux prises avec les avances de Chérubin qui n’a eu que le temps de se cacher quand le Comte survient. Sa présence est en effet bien compromettante pour Suzanne : jeune fiancée, elle ne devrait pas être seule avec le page.
  • De plus, Chérubin, poussé par ses désirs amoureux d’adolescent, est suspect aux yeux du Comte : celui-ci sait que le page est très proche de la Comtesse, qui elle-même n’est pas insensible aux soupirs de Chérubin ! Toutes ces circonstances rendent donc la situation périlleuse et tendue.

2. Des didascalies promettant une scène animée

Les didascalies précisent à la fois les émotions contrastées des personnages et leurs nombreux déplacements.

  • Suzanne est « troublée », « effrayée », puis « en colère », Chérubin est « effrayé » par l’arrivée du Comte. Au contraire, le Comte affiche avec légèreté son insouciance et se livre à un badinage amoureux : il parle « gaiement », multiplie les mots tendres (« ma chère »), fait des allusions à peine voilées à « la légère faveur » qu’il attend de Suzanne. Il tient des propos ironiques et lourds de sous-entendus libertins quand Suzanne rappelle cet « affreux droit du seigneur » qu’il a aboli mais qu’il veut rétablir avec elle. Son ton change lorsqu’il craint à son tour d’être surpris seul avec Suzanne parce que Bazile arrive ; pris à son propre piège, il s’exclame, dépité que ce n’est « pas un lieu pour se cacher ! »
  • Les didascalies indiquent l’abondance des jeux de scène qui rythment la scène. Des verbes de mouvement précisent les nombreux déplacements des personnages qui tournent autour du fauteuil selon une chorégraphie parfaitement minutée, notamment lorsque Chérubin quitte son refuge de derrière le fauteuil et que le Comte vient lui-même s’y dissimuler : le page se « blottit » « à genoux » sur le fauteuil. Beaumarchais décrit très exactement les positions de chaque personnage, les uns par rapport aux autres, notamment dans la dernière didascalie « Suzanne lui barre le chemin […], se met devant le fauteuil » (l. 40).

3. Un dialogue enlevé et varié

Le dialogue, par sa vivacité, contribue aussi au mouvement de la scène.

  • Suzanne s’exprime « vivement », par des interjections (« ah ! ») qui marquent sa surprise (l. 1) ou son hésitation (l. 17), par des phrases courtes et haletantes « je n’écoute rien » (l. 12), par des exclamations douloureuses (« Que je suis malheureuse ! », l. 33) et des interrogations exprimant son anxiété (« Que je vous laisse ici ? », l. 35). Ses répétitions traduisent son trouble : « je n’en veux point, Monseigneur, je n’en veux point » (l. 20).
  • Elle essaie de détourner le Comte de son projet en lui rappelant, dans une phrase plus longue et plus solennelle, ses engagements passés quant à « l’amour » qu’il a eu pour sa femme et à son engagement d’abolir le « droit du seigneur » sur les jeunes filles de son domaine.
  • Enfin, l’intensité sonore du dialogue varie elle aussi : Bazile parle d’une voix forte depuis la coulisse et ses cris « du dehors » obligent Suzanne et le Comte à baisser la voix, de peur d’être surpris.

II. La diversité des registres

La diversité des registres dont joue Beaumarchais contribue aussi à l’efficacité dramatique de la scène.

1. Une certaine tension dramatique

Suzanne vit un moment difficile et se trouve aux abois. Le spectateur partage son angoisse et la tension dramatique augmente lorsque le Comte presse Rosine d’accepter ses propositions et qu’il s’approche du fauteuil où se cache le page. Si le Comte découvrait Chérubin, les conséquences pourraient être désastreuses.

2. Une fantaisie qui dédramatise

Cependant, les jeux de scène dédramatisent la situation et le suspense n’est pas insupportable.

  • Le spectateur s’amuse du jeu de chat et de souris entre le Comte et ­Chérubin. C’est une variante originale du trompeur trompé puisque le Comte, qui semble si sûr de lui et de la réussite de son projet libertin, est en fait trompé par l’insaisissable Chérubin qui se dérobe sans cesse au dernier moment quand le Comte est sur le point de le découvrir.
  • C’est un comique de situation, un moment de pure comédie, qui réclame agilité et précision dans les déplacements. Tout cela joue sur les nerfs du spectateur qui sait bien que le Comte finira par découvrir Chérubin ce qui relancera l’action.

3. Une dimension satirique

La scène prend aussi une dimension satirique avec ce portrait négatif de l’aristocrate libertin.

  • C’est la première fois qu’apparaît le Comte, personnage antipathique par ses certitudes, sa suffisance, ses allusions équivoques, et l’abus qu’il fait de sa condition aristocratique. Par contraste, la situation de Suzanne en paraît plus pathétique.
  • Les camps en présence se dessinent clairement, celui de l’amour vrai ou juvénile – Suzanne, la Comtesse, Chérubin et Figaro – contre celui du mensonge, de la sensualité, du caprice libertin auquel Bazile est aussi associé.

Conclusion

Cette scène, par son rythme endiablé et ses registres variés, donne le ton, d’entrée de jeu, à cette comédie qui mérite bien son sous-titre de « Folle journée ». Elle est aussi représentative du théâtre du xviiie siècle : elle exploite les « ficelles » de la comédie traditionnelle et fait rire, mais elle montre aussi les conflits sociaux et les revendications du siècle des Lumières.