Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, I, 8

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re Générale | Thème(s) : Beaumarchais, Le Mariage de Figaro – La comédie du valet
Type : Sujet d'oral | Année : 2019 | Académie : Inédit

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro

épreuve orale

49

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Sujet d’oral • Explication & entretien

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte I, scène 8

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.

Puis expliquez-le.

DOCUMENT

Le Comte Almaviva, libertin sans scrupule, intrigue pour séduire Suzanne, femme de chambre de son épouse. Il vient lui rendre visite dans sa chambre, sans savoir que Chérubin, le petit page1, s’est caché derrière le fauteuil.

Suzanne, Le Comte, Chérubin, caché.

Suzanne aperçoit le Comte. – Ah !…

Elle s’approche du fauteuil pour masquer Chérubin.

Le Comte s’avance. – Tu es émue, Suzon ! tu parlais seule, et ton petit cœur paraît dans une agitation… bien pardonnable, au reste, un jour comme celui-ci2.

Suzanne, troublée. – Monseigneur, que me voulez-vous ? Si l’on vous trouvait avec moi…

Le Comte. – Je serais désolé qu’on m’y surprît ; mais tu sais tout l’intérêt que je prends à toi. Bazile3 ne t’a pas laissé ignorer mon amour. Je n’ai qu’un instant pour t’expliquer mes vues ; écoute.

Il s’assied dans le fauteuil.

Suzanne, vivement. – Je n’écoute rien.

Le Comte, lui prend la main. – Un seul mot. Tu sais que le Roi m’a nommé son ambassadeur à Londres. J’emmène avec moi Figaro ; je lui donne un excellent poste ; et, comme le devoir d’une femme est de suivre son mari…

Suzanne. – Ah ! si j’osais parler !

Le Comte, la rapproche de lui. – Parle, parle, ma chère ; use aujourd’hui d’un droit que tu prends sur moi pour la vie.

Suzanne, effrayée. – Je n’en veux point, Monseigneur, je n’en veux point. Quittez-moi, je vous prie.

Le Comte. – Mais dis auparavant.

Suzanne, en colère. – Je ne sais plus ce que je disais.

Le Comte. – Sur le devoir des femmes.

Suzanne. – Eh bien, lorsque Monseigneur enleva la sienne de chez le docteur, et qu’il l’épousa par amour, lorsqu’il abolit pour elle un certain affreux droit du seigneur4

Le Comte, gaiement. – Qui faisait bien de la peine aux filles ! Ah ! Suzette ! ce droit charmant ! Si tu venais en jaser sur la brune5 au jardin, je mettrais un tel prix à cette légère faveur…

Bazile, parle en dehors. – Il n’est pas chez lui, Monseigneur.

Le Comte, se lève. – Quelle est cette voix ?

Suzanne. – Que je suis malheureuse !

Le Comte. – Sors, pour qu’on n’entre pas.

Suzanne, troublée. – Que je vous laisse ici ?

Bazile, crie en dehors. – Monseigneur était chez Madame, il en est sorti ; je vais voir.

Le Comte. – Et pas un lieu pour se cacher ! Ah ! derrière ce fauteuil… assez mal ; mais renvoie-le bien vite.

Suzanne lui barre le chemin ; il la pousse doucement, elle recule, et se met ainsi entre lui et le petit page ; mais, pendant que le Comte s’abaisse et prend sa place, Chérubin tourne et se jette, effrayé, sur le fauteuil à genoux et s’y blottit. Suzanne prend la robe qu’elle apportait, en couvre le page, et se met devant le fauteuil.

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte I, scène 8, 1784.

1. Le petit page : jeune noble placé auprès d’un seigneur pour apprendre le métier des armes.

2. Suzanne doit se marier le jour même avec le valet Figaro.

3. Bazile : professeur de clavecin de la Comtesse.

4. Droit du seigneur : droit féodal selon lequel un seigneur pouvait obtenir les faveurs d’une servante avant sa nuit de noces.

5. Sur la brune : au crépuscule.

2. question de grammaire.

« et, comme le devoir d’une femme est de suivre son mari… » (l. 16-17). Précisez ce qui manque à cette phrase pour qu’elle soit complète et indiquez quel rapport logique exprime cette réplique.

Conseils

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Il faut rendre compte des variations de tons du Comte (sûr de lui, beau parleur, parfois un peu ironique, agacé…) et du tempérament de Suzanne (vive, oscillant entre le trouble, la colère, la détermination).

À la fin de la scène, il faut essayer de restituer la profondeur sonore : Bazile parle d’une voix forte « du dehors » (depuis la coulisse), obligeant Suzanne et le Comte à baisser la voix, de peur d’être surpris.

Situer le texte, en dégager l’enjeu

Le Mariage de Figaro est la suite du Barbier de Séville (on y retrouve les mêmes personnages). Mais les choses ont bien changé : la complicité de Figaro et du Comte est devenue rivalité amoureuse. Le Comte veut désormais séduire Suzanne, la fiancée de Figaro !

Après avoir rappelé la situation, analysez la stratégie du Comte, les réactions de Suzanne et les rapports qui s’instaurent entre eux au cours de cette entrevue. Montrez que cette scène entre un maître et une servante est représentative du xviiie siècle, dans son ton et sa visée.

2. La question de grammaire

Interrogez-vous sur la signification des points de suspension qui terminent cette réplique.

Reconstituez la phrase complète et identifiez la nature du groupe que vous aurez rétabli. Déduisez-en la nature du groupe qui constitue la réplique.