Beaumarchais, Le Mariage de Figaro

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Type : Commentaire littéraire | Année : 2013 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Un divertissement complet
 
 

Un divertissement complet • Commentaire

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Le Théâtre

14

CORRIGE

 

Polynésie française • Septembre 2013

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Commentaire

> Vous ferez le commentaire du texte de Beaumarchais (texte B). Vous pouvez vous inspirer du parcours de lecture suivant :

a) Analysez les relations entre les personnages présents ou évoqués dans cet extrait.

b) Comment Beaumarchais parvient-il, dans le début de cette pièce, à intéresser et séduire le spectateur ?

Trouver les idées directrices

  • Appuyez-vous sur les pistes données dans le sujet. Les mots essentiels des pistes de lecture sont : relations entre les personnages, intéresser et séduire. Vous pouvez intervertir l’ordre de ces pistes.
  • Faites aussi la « définition » du texte.
 

Scène d’exposition (genre) qui informe (type de texte) sur le mariage imminent d’un couple de serviteurs (thème), humoristique, (registre), vivante, rythmée, caractéristique du xviiie siècle (adjectifs), pour mettre en place l’action, dessiner les traits des personnages, intéresser et amuser le spectateur (buts).

  • Surlignez – de deux couleurs différentes – les expressions du texte qui illustrent chaque axe.

Pistes de recherche

Première piste : une scène d’exposition qui intéresse le spectateur

En quoi cette scène joue-t-elle pleinement son rôle d’exposition ? Que révèle-t-elle sur :

  • les personnages (présents ou absents) et leur identité (qui ?), leurs rapports de force (quels « clans » se forment ?) ;
  • la situation et l’action (quoi ? où ? quand ?) ;
  • le registre (quel effet sur le spectateur ?) ?

Deuxième piste : un couple d’amoureux fort spirituels

  • Comment s’expriment les deux personnages ?
  • Quelles relations ont-ils entre eux ? avec les autres personnages ?
  • Qui mène la discussion ?
  • Tenez compte du contexte (le xviiie siècle, dit siècle des Lumières).

> Pour réussir le commentaire: voir guide méthodologique.

> Le théâtre: voir mémento des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Au siècle des Lumières, le théâtre est un genre propre à traiter de questions sociales pour un large public, tout en le faisant rire. Beaumarchais fait de Figaro – personnage principal de sa première comédie, Le Barbier de Séville – le protagoniste de son Mariage de Figaro. [Présentation du texte]. Le rideau s’ouvre alors que, accompagné de Suzanne, il prend les dimensions d’une pièce « à demi démeublée ». [Annonce des axes] Très vite, le dialogue de cette scène d’exposition séduit le public, plongé en pleine action, il le met au courant de la situation [I] et lui découvre le tempérament de deux serviteurs pleins de vie et d’esprit [II].

I. Une scène qui joue pleinement son rôle d’exposition

L’auteur y fournit au spectateur tous les éléments nécessaires à la compréhension de l’intrigue.

1. Les repères spatio-temporels

  • Les didascalies précisent le cadre de la pièce et permettent au spectateur de se repérer : la discussion se déroule « dans une chambre » en plein emménagement, avec un « grand fauteuil de malade » énigmatique. La « toise » avec laquelle Figaro mesure indique qu’il prendra bientôt possession des lieux.

Les didascalies internes révèlent qu’il s’agit de « la chambre du château la plus commode et qui tient le milieu des deux appartements » de « Madame » et de « Monseigneur » ; ceci indique que les deux serviteurs sont au service l’un du Comte, l’autre de la Comtesse.

 

Attention

Les didascalies internes sont les informations sur la mise en scène données dans les répliques mêmes des personnages.

Le décor que le spectateur découvre sera sans doute un lieu de passage important, peu propice à l’intimité.

  • C’est jour de fête au château. Le couple du valet amoureux et de sa « fiancée », qui va devenir sa « femme », évolue parmi les symboles de l’amour consacré par le mariage (« beau lit », « bouquet de fleur d’orange », « chapeau de la mariée »). Tout annonce l’imminence de la cérémonie. Jusqu’alors au théâtre, le mariage – en général entre les maîtres – clôt la comédie, où tout est bien qui finit bien. Le mariage des valets en ouverture de la pièce est donc une proposition novatrice, elle amorce une comédie d’un genre nouveau.

2. La présentation des personnages essentiels

La scène joue son rôle d’exposition en présentant aussi des personnages encore absents mais qui semblent devoir jouer, par la suite, un rôle important.

  • Autour d’un inquiétant absent, l’action se noue. « Monseigneur », homme de « plaisirs » qui n’aime plus sa femme, se révèle un obstacle redoutable au bonheur du couple : il « courtise » Suzanne et il est prêt à user de l’antique « droit » de cuissage. La « dot » qu’il offre est en fait un moyen d’acheter les faveurs de la fiancée. Ce « troisième » personnage, même absent, ternit la gaieté ambiante.
  • Deux « clans »se préparent à s’affronter. D’un côté, les victimes : Figaro, Suzanne et « Madame », la Comtesse, délaissée par un mari volage. De l’autre, le Comte représente le pouvoir, la fortune (il a des « domaines », il offre une « dot ») et l’immoralité (il veut revenir sur l’abolition d’un « droit » injuste). Il est secondé par Bazile, « l’agent de ses plaisirs », que Suzanne qualifie ironiquement de « loyal », « honnête » et « noble ». Il y a inégalité de forces entre le camp de la puissance, de l’hypocrisie (deux hommes dont l’un est un puissant seigneur), et celui de l’innocence et du bonheur, qui compte deux femmes.

3. Un air de comédie

Dès l’exposition la tonalité de la pièce nous est donnée.

  • Sur la scène, le comique passe par les gestes. Suzanne, coquette, tourne autour de son fiancé pour qu’il admire sa toilette : « Tiens, Figaro, voilà mon petit chapeau : le trouves-tu mieux ainsi ? » Figaro fait des acrobaties pour mesurer la pièce. Les gestes d’amour sont simples (Figaro « lui prend les mains »). Mimiques et sauts accompagnent les onomatopées (« zeste », « crac »).
  • Le comique passe aussi par le langage. Le dialogue est enlevé : les répliques rebondissent les unes sur les autres, avec parfois des effets d’écho (« en deux pas tu es chez elle/il est à ma porte […] en trois sauts me voilà rendu » ; « tinter/tinté »). Le vocabulaire est familier, les apostrophes sont prononcées avec une emphase ironique (« ô mon mignon »), les menaces de Figaro contre Bazile sont très imagées (« une volée de bois vert […] a dûment redressé la moelle épinière ») et donnent de l’humour à l’échange. Suzanne multiplie les sous-entendus (« certain quart d’heure… »).
 

Conseil

Vous n’êtes pas tenu de « lier » les axes entre eux par une transition, mais il est préférable de donner de la cohérence à votre commentaire par des transitions entre les parties de votre commentaire.

[Transition] Sous son apparente légèreté, la scène d’exposition remplit pleinement son rôle informatif et retient dès le début l’attention. Mais elle dépasse la simple fonction informative ; elle donne au couple de serviteurs un relief nouveau, une épaisseur psychologique plus marquée que chez les valets du xviie siècle.

II. Des serviteurs singuliers

1. Un couple d’amoureux

  • L’échange verbal porte les marques du discours amoureux. Figaro et Suzanne se tutoient. Parfois, l’emploi de la troisième personne introduit une solennité presque courtoise qui permet de glisser un compliment : « la tête d’une belle jeune fille », « l’œil amoureux d’un époux » (métonymie par laquelle Figaro se désigne lui-même), « ta fiancée » à la place de « moi ».
  • Tendres et passionnés, les deux personnages ponctuent leurs phrases de termes affectueux imités du discours précieux (« es-tu mon serviteur ? », « ma charmante »). Figaro est tellement « enfiévré » qu’il se voit déjà « époux », il voit là déjà le « beau lit » alors que le meuble n’est pas encore.

2. Un valet de comédie peu contestataire

Dans cette scène où le couple se livre une joute verbale, se font face un fiancé naïf et une jeune femme au franc-parler, bien émancipée… Figaro a gardé certains traits traditionnels du valet de comédie du xviie siècle. En aucun cas il ne mène la scène.

  • Il est dévoué à son maître dont il ne discute pas la supériorité. Il est toujours prêt à accéder à ses moindres désirs (« me voilà rendu »). Mais il s’échauffe, s’emporte et il lui arrive de jurer : « bon Dieu », lance-t-il.
  • Il a une conception traditionnelle du couple, comme en témoigne son aparté plein d’emphase, mais stéréotypé : « Oh ! quand elles [= les femmes] sont sûres de nous [= les hommes] !… »
  • Il est naïf et manque d’esprit critique : il n’a pas compris les intentions de son maître. Mais sa bonne humeur est indéfectible, c’est un « bon garçon » qui imprime à la scène son rythme enlevé.

3. L’émancipation de la femme au sein du couple

Suzanne est une jeune femme vive, en harmonie avec son siècle. Le spectateur pressent qu’elle mènera ses affaires comme elle mène le dialogue.

  • Elle est émancipée. Elle tient tête avec obstination à son futur mari (« Et moi, je n’en veux point. », « Je n’en veux point. »). Elle répète à l’envi le verbe « vouloir » sous la forme impérieuse « je veux » (et non pas atténuée « je voudrais »). Elle multiplie les reproches (« Es-tu mon serviteur ou non ? ») quelquefois voilés mais clairs (« Que les gens [= Figaro !] d’esprit sont bêtes ! »)
  • Elle mène la scène : elle emploie le ton didactique du maître qui rappelle à l’ordre son élève (« Il faudrait m’écouter »). Elle détrompe Figaro (« tu croyais… ») et lui fait partager son savoir (« apprends que… »). Elle recourt à des phrases aux allures de maximes, avec de belles antithèses (« Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort »).
  • Mais elle le fait avec humour et ironie, ton caractéristique duxviiiesiècle. Elle reprend des propos de Figaro pour se moquer de lui (« zeste, en deux pas il est à ma porte et crac en trois sauts… »). Elle utilise des apostrophes un peu condescendantes : « mon fils », « bon garçon ». Enfin, l’image « les beaux yeux de ton mérite » est d’une ironie savoureuse (comme si le Comte était tombé amoureux… de Figaro !).

Conclusion

Conduite suivant un élan joyeux, cette scène d’exposition met le spectateur au courant de la situation tout en peignant le caractère des personnages principaux. Le couple qui ouvre la pièce ne bouleverse pas fondamentalement l’image du valet de théâtre ; c’est seulement plus tard dans la pièce que Figaro se révélera un serviteur contestataire, voire agressif face à un maître qui s’est « donné la peine de naître, et rien de plus ».