Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : La liberté
Type : Explication de texte | Année : 2018 | Académie : Moyen-Orient


Liban • Mai 2018

explication de texte • Série S

Bergson

 Expliquer le texte suivant :

Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’œuvre et l’artiste. En vain on alléguera1 que nous cédons alors à l’influence toute-puissante de notre caractère. Notre caractère, c’est encore nous ; et parce qu’on s’est plu à scinder la personne en deux parties pour considérer tour à tour, par un effort d’abstraction, le moi qui sent ou pense et le moi qui agit, il y aurait quelque puérilité à conclure que l’un des deux moi pèse sur l’autre. Le même reproche s’adressera à ceux qui demandent si nous sommes libres de modifier notre caractère. Certes, notre caractère se modifie insensiblement tous les jours, et notre liberté en souffrirait, si ces acquisitions nouvelles venaient se greffer sur notre moi et non pas se fondre en lui. Mais, dès que cette fusion aura lieu, on devra dire que le changement survenu dans notre caractère est bien nôtre, que nous nous le sommes approprié. En un mot, si l’on convient d’appeler libre tout acte qui émane du moi, et du moi seulement, l’acte qui porte la marque de notre personne est véritablement libre, car notre moi seul en revendiquera la paternité.

Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889.

1. Alléguer : prétendre.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Les clés du sujet

Dégager la problématique du texte

Comment savoir que mes actes sont vraiment libres ? Je peux, comme le dit Spinoza, me croire libre alors que mes actes sont déterminés par des causes que je ne connais pas. Ma personnalité et mon caractère, quand ils s’expriment, sont-ils bien l’expression de ce que je suis et non quelque chose que je m’impose d’être ? Face à ces visions de l’homme tragique, divisé entre deux moi, Bergson oppose l’idée d’une liberté comme expression d’un seul moi, d’une liberté comme création.

Repérer la structure du texte et les procédés d’argumentation

Après avoir énoncé sa thèse, Bergson réfute deux arguments qui font de la personne un être divisé : le déterminisme où notre caractère viendrait s’opposer à nous, et le volontarisme où notre volonté viendrait s’opposer à notre caractère.

Éviter les erreurs

Si l’idée principale peut sembler simple (notre liberté est l’expression de notre personnalité), la compréhension de ses enjeux nécessite de resituer la liberté dans une histoire de la philosophie. Ce texte articule la notion de liberté à celle de sujet.