Céline : une révolution littéraire

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Annales corrigées
Classe(s) : 2de - 1re L - 1re ES - 1re S - 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Les mouvements littéraires
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Céline : une révolution littéraire

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L’œuvre de Céline domine le roman français de la première partie du xxe siècle. Violente et passionnée, elle pose les fondements de l’écriture et du récit modernes.

1 Céline (1894-1961) : une existence aventureuse

info Louis-Ferdinand Destouches prendra pour pseudonyme littéraire le prénom de sa grand-mère, Céline.

 Louis-Ferdinand Céline naît à Courbevoie dans une famille modeste. Après son certificat d’études il devient apprenti chez un bijoutier. Engagé volontaire en 1912, il est blessé en 1914 et réformé en 1915. Son expérience de la guerre fait de lui un antimilitariste inconditionnel.

 De retour à Paris, il réussit à finir ses études de médecine, exerce en Afrique et en Amérique, puis à Clichy. La violence provocatrice de ses pamphlets antisémites (Bagatelles pour un massacre, 1937) et son soutien à l’Allemagne nazie le contraignent à quitter la France en 1944.

 À son retour, en 1951, il s’installe à Meudon où il vit en reclus, poursuivant son activité médicale et littéraire. La publication de ses œuvres, longtemps interdite, reprend alors peu à peu.

2 Voyage au bout de l’écriture

Louis-Ferdinand Céline commence à écrire à l’âge de trente-huit ans. Son œuvre, par son audace, bouleverse la littérature romanesque.

Voyage au bout de la nuit (prix Renaudot 1932) raconte la vie désespérée de Ferdinand Bardamu, le héros-narrateur, double de Céline : l’horreur des combats en 1914 ; sa découverte des méfaits du colonialisme en Afrique ; l’enfer du travail à la chaîne dans l’usine Ford de Détroit, où il rencontre une généreuse prostituée, Molly, qui l’en délivre ; puis son retour à Paris et son travail de médecin dans la banlieue triste et pauvre de Rancy. Au bout d’une telle nuit, il n’y a pas d’aurore.

Donc pas d’erreur ? Ce qu’on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n’était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu’on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C’était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre !… Rien à dire. Je venais de découvrir d’un coup la guerre tout entière. J’étais dépucelé.

Voyage au bout de la nuit, © Éditions Gallimard

Mort à crédit (1936) est un roman autobiographique. Le narrateur, Ferdinand, évoque d’abord son difficile métier de médecin, puis, au cours d’un retour en arrière, il raconte son enfance et sa vie de misère – années de déboires, d’échecs, de dégradation – jusqu’à sa décision de s’engager dans l’armée. La mort est le seul bien que l’on puisse avoir à crédit.

Ma mère m’a reconduit à l’école avec mille recommandations. […] Les gens l’avaient déjà prévenue qu’on me garderait pas huit jours. Je me suis tenu peinard, on m’a pas chassé. J’apprenais rien, c’est un fait. Ça me désespérait l’école […].

Mort à crédit, © Éditions Gallimard

info Céline termine le roman Rigodon quelques heures avant sa mort, en juillet 1961.

 La trilogie D’un château l’autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (posth. 1969) relate la course éperdue de Céline avec sa femme Lucette, le chat Bébert, et son ami Le Vigan dans l’Allemagne de la débâcle en 1944.

Il n’a ni syntaxe, ni style ! Il n’écrit plus rien ! Il n’ose plus !

Ah ! turpitude ! menterie éhontée !… plein de style que je suis ! que oui ! et pire !

Rigodon, © Éditions Gallimard

L’essentiel sur…

l’œuvre de Céline

  • Un cri de rage contre la misère humaine et l’absurdité d’un monde où l’on n’aperçoit pas le bout de la nuit.
  • L’obsession de la mort : tout vivant est un mort en sursis.
  • Une écriture révolutionnaire qui introduit le langage parlé, et en particulier les tournures populaires et argotiques, dans la langue écrite.