Chargé de composer une anthologie, un auteur propose à son éditeur d’y faire figurer les trois poèmes du corpus

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Polynésie française
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Un regard nouveau sur le quotidien
 
 

Un regard nouveau sur le quotidien • Invention

La poésie

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Polynésie française • Juin 2012

Écriture poétique et quête du sens • 14 points

Écriture d’invention

> Chargé de composer une anthologie1 de la poésie humoristique, un auteur écrit à son éditeur pour lui proposer d’y faire figurer les trois poèmes du corpus. Il explique les raisons de son choix.

 

1. Recueil de morceaux choisis.

Comprendre le sujet

Analysez la consigne pour en cerner les contraintes.

  • Objet d’étude : la poésie.
  • Sujet : l’insertion de poèmes humoristiques dans une anthologie poétique.
  • Genre du texte à produire : une lettre. Respectez les caractéristiques formelles de la lettre (formule d’adresse, date, lieu, formule finale de politesse, etc.).
  • Type de texte : « proposer » et « raisons de son choix » indiquent que le texte devra être argumentatif.
  • Situation d’énonciation : l’auteur s’adresse à « son éditeur ». Vous pouvez utiliser le langage technique de la poésie.
  • Niveau de langue: soutenu ou courant (vous écrivez en tant qu’auteur).
  • Le registre ne vous est pas indiqué, mais vous pouvez adopter le registre lyrique (pour défendre avec enthousiasme vos choix de textes), humoristique, etc.

Définition du texte à produire

Lettre (genre) argumentative (type de texte) sur les poèmes du corpus et leur humour (thème) sur un ton lyrique voire humoristique (registres) pour prouver la qualité des poèmes (but).

Chercher des idées

Le fond

Énoncez clairement la thèse et trouvez des arguments.

  • La thèse : ces trois poèmes méritent d’être intégrés dans une anthologie sur l’humour en poésie.
  • Arguments : vous devez trouver dans les trois poèmes les expressions humoristiques, identifier pour chacune d’elles le procédé utilisé (demandez-vous ce qui fait sourire) et montrer les ressemblances et les différences entre ces poèmes.

La forme

Donnez de la vivacité à cette lettre. Adoptez un ton naturel et vif ; si vous connaissez bien l’éditeur, vous pouvez adopter certaines tournures du langage quotidien.

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

Nous vous proposons le travail composé par un élève en temps limité.

Paris

Le 12 juin 2012

Monsieur,

Je vous écris pour soumettre à votre approbation mes premières idées pour la composition de mon anthologie Rions avec les poètes. La tâche n’a pas été facile, mais après avoir longtemps hésité, j’ai arrêté mon choix sur trois d’entre eux qui me semblent particulièrement intéressants. J’aimerais cependant recueillir votre avis d’éditeur. Il s’agit de « Sardines à l’huile » de Georges Fourest, du « Cageot » de Francis Ponge et du « Poète comme meuble » d’Alain Bosquet. Je projette de les mettre en ouverture de mon anthologie. Voici mes raisons.

D’abord, leurs thèmes sont particulièrement intéressants. En effet, quoi de moins poétique que des « Sardines à l’huile » ou un « Cageot » ? Quoi de moins élégant que des poissons dégoulinants de matière grasse ? Quoi de plus prosaïque qu’une caisse de bois destinée à transporter des aliments ? Le décalage que créent Georges Fourest et Francis Ponge en traitant de sujets banals dans un genre consacré jusque-là à des sujets hauts et sublimes me semble éclairant pour mon anthologie. Pour ce qui est du « Poète comme meuble », le cas est plus subtil : certes, Alain Bosquet choisit un sujet noble, celui du poète, mais c’est pour mieux créer la surprise en le ravalant au rang de meuble de cuisine. Quoi de plus amusant enfin que de voir ce poète s’amuser de son propre statut et réduire sa figure d’être inspiré à un simple objet ménager ? Voilà pourquoi ces trois poèmes, par leurs sujets, me semblent devoir figurer dans une anthologie poétique du rire. J’aime dérouter le lecteur, le sortir de sa routine quotidienne !

Cependant, là n’est pas la seule raison de mon choix. Ces trois poètes parviennent à provoquer le lecteur tout au long de leur texte. Dans « Sardines à l’huile », Georges Fourest multiplie les plaisanteries en rendant les sardines les moins poétiques possible. Ce sont des poissons « décapités » qui « puent ». Réalité fort peu poétique, avouons-le ! Le poète va même plus loin en utilisant le registre lyrique lorsqu’il évoque le « paradis des poissons », la « mer fraîche et lunaire », et « l’éternité » à laquelle accèderont ces poissons sacrifiés… Bien sûr, ce lyrisme est ironique. Et ce qui m’amuse le plus dans ce poème, c’est le retournement final. En effet, notre poète transforme ces êtres meurtris et grotesques en potentiels saints dont il faut invoquer l’intercession : « Sans voix, sans main, sans genoux/Sardines, priez pour nous ! » Ce poème a donc, selon moi, pleinement sa place dans mon anthologie.

« Le Cageot » de Francis Ponge est également intéressant. Pas d’effets de décalage ici : l’humour est plus fin, ce qui me permet de varier les registres puisque l’un des principaux écueils d’une anthologie est la redite. Ainsi je retiendrai le poème de Francis Ponge pour deux raisons : parce que le rire qu’il suscite est bien différent de celui de « Sardines à l’huile » et que son humour est raffiné. Ponge ouvre son poème sur un jeu de sonorités, une « paronomase » plus exactement, en évoquant la « cage » et le « cachot ». Par la suite, il personnifie le cageot de façon facétieuse : on le voit « ahuri », il est « sympathique » au poète et au lecteur. Il me semble que le point le plus intéressant de ce poème est qu’il joue sur sa forme même : de fait, il s’agit d’une pièce très courte sur le sujet de laquelle « il convient toutefois de ne pas s’appesantir longtemps » !

Pour ce qui est, enfin, du « Poète comme meuble », c’est le contraste entre la forme et le fond qui m’intéresse avant tout. En effet, Alain Bosquet choisit le sonnet, forme poétique canonique consacrée au lyrisme et aux sujets nobles depuis la Renaissance. Or, non seulement le sonnet est malicieusement mis à mal (pas de rimes, pas de majuscules au début des vers), mais surtout il contraste avec son contenu pour le moins inhabituel. Qui s’attendrait à trouver dans un sonnet une accumulation d’objets triviaux composée de « pneus », « machine à laver », « réchaud », « poubelle » ? En outre, Bosquet s’ingénie à adopter un ton publicitaire : il parle de « prix modérés », de « grands magasins », de « chefs de rayon » et de « modèle courant », termes dissonants dans le genre raffiné qu’est la poésie. J’aimerais donc faire figurer ce drôle de portrait du poète dans mon anthologie.

Voilà, Monsieur, les raisons pour lesquelles j’ai sélectionné ces trois poèmes en ouverture de mon anthologie : leur diversité et leur humour plaident en leur faveur. J’espère vous avoir convaincu et reste à votre disposition pour en discuter davantage si vous le souhaitez.

Je vous prie, Monsieur, d’agréer l’expression de mes sentiments distingués.