Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : L'épreuve orale - Écriture poétique et quête du sens
Type : Sujet d'oral | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Oral • Écriture poétique et quête du sens

Sujets d’oral

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Sujet d’oral no 3

Écriture poétique et quête du sens

> Montrez que Baudelaire donne à ce voyage apparemment réel une portée symbolique et en fait une sorte de métaphore de la condition humaine, prise entre idéal et spleen.

Document Élévation

Il s’agit du troisième poème de la section « Spleen et Idéal » du recueil Les Fleurs du Mal. Juste après « L’Albatros », qui évoque le malaise du poète parmi les hommes, « Élévation » est un poème qui aspire à l’idéal.

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par delà le soleil, par delà les éthers,

Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,

Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l’air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse

S’élancer vers les champs lumineux et sereins :

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux le matin prennent un libre essor,

– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire, « Élévation », Les Fleurs du mal, 1857.

préparation

> Tenir compte de la question

  • Les mots-clés sont : « voyage », « métaphorique » et « symbolique ».
  • La question vous indique deux pistes d’analyse.
  • Pensez à utiliser les mots-clés de la question dans les intitulés de vos axes.
  • En lien avec la notion de quête du sens, la question suggère de réfléchir à la portée symbolique du voyage.

> Trouver les idées directrices

Utilisez les pistes que vous ouvre la question mais composez aussi la « définition » du texte.

Poème en vers réguliers (genre) qui décrit (type de texte) un voyage (thème), réaliste, presque mystique et symbolique (registres), métaphorique (adjectif) pour rendre compte de la recherche exaltée d’un idéal poétique impossible (but).

> Première piste : un « vrai » voyage

  • Les mots-clés « voyage » et « réel » suggèrent un vrai voyage : analysez les détails concrets, par exemple les lieux traversés et les mouvements évoqués.
  • Commentez le rythme de ces mouvements ainsi que les sonorités en analysant l’écriture poétique et la versification.

> Deuxième piste : le sens métaphorique et symbolique du voyage

  • Les mots-clés « symbolique » et « métaphore » invitent à chercher en quoi ce voyage dépasse ces aspects concrets.
  • Analysez ce qui donne à ce voyage son aspect mystique (pensez au titre).
  • Précisez ce que représente ou symbolise ce voyage. Quel idéal poétique représente-t-il ? Faites pour cela appel à vos connaissances sur les notions de spleen et idéal chez Baudelaire.

Pour bien réussir l’oral : voir guide méthodologique.

La poésie : voir mémento des notions.

présentation

Introduction

[Amorce] Les voyages vers des paradis exotiques constituent le thème de nombreux poèmes des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, tels « L’Invitation au voyage » ou « Parfum exotique ».

[Présentation du texte] Dans « Élévation », le désir d’ailleurs se sublime dans l’évocation d’un envol de l’esprit du poète dans l’espace infini et idéal du ciel pour échapper à la médiocrité de la réalité quotidienne.

[Lecture du texte]

Astuce

Choisissez une couleur pour chaque idée directrice et surlignez dans le texte les mots qui répondent à ces questions avec la même couleur. Ce surlignage vous fournira pour chaque idée des exemples (citations courtes du texte) qui illustreront vos commentaires.

[Annonce des axes] Le récit de cette tentative d’élévation repose sur des sensations, des notations concrètes, comme s’il s’agissait d’un voyage bien réel [I] alors qu’il s’agit en fait d’une expérience mystique qui s’inscrit dans la quête de l’idéal du poète voulant s’affranchir du spleen [II].

I. Une invitation à un voyage réel et imaginaire

1. Un voyage concret…

  • La première strophe énumère des lieux multiples, aperçus dans une contre-plongée vertigineuse. C’est la Terre vue d’en haut, avec ses « étangs », « vallées », « montagnes », « bois » et « mers », vue rêvée et désirée par l’homme de toute éternité. L’utilisation du pluriel et des articles définis amplifie ce spectacle et le détache d’un contexte géographique particulier.
  • L’élan de cet essor est rendu, dans la première strophe, par les anaphores, « au-dessus » et « par delà » qui sont comme autant de coups d’aile qui portent plus haut et avec de plus en plus d’aisance l’esprit du poète. Ce n’est qu’à la deuxième strophe qu’apparaissent les verbes de mouvement (« tu te meus », « tu sillonnes »). Le rythme des vers précédents peignait déjà cet envol, rythme tantôt équilibré (le vers 1 se compose de deux hémistiches égaux de six ­syllabes), tantôt plus agité (vers 2 : 4/2-4/2), de nouveau régulier (vers 3 : 6/6) puis s’amplifiant avec une belle fluidité (le vers 4 ne comporte aucune coupe).

Le poème imite ainsi les différentes phases d’un vol d’oiseau, avec ses moments d’efforts et de vols planés harmonieux.

2. Mais aussi un voyage mystique et symbolique

  • Le titre du poème, « Élévation », est chargé d’une forte connotation mystique soutenue par un champ lexical religieux (« purifier », vers 10 ; « divine », vers 11 ; « cieux », vers 18). Le terme « élévation » renvoie à un moment d’adoration et de communion dans la messe catholique. C’est aussi le mouvement de l’âme qui s’élève pour se fondre en Dieu, expérience décrite par les mystiques qui font état de leur perception d’une lumière éblouissante ; Baudelaire mentionne ainsi « le soleil » (vers 3), puis « le feu clair » (vers 12) et des « champs lumineux » (vers 16).
  • Des réminiscences mythologiques imprègnent le poème : références au vol d’Icare ou à l’ambroisie et au nectar, la « pure et divine liqueur » (vers 11) des dieux de l’Olympe ; tournures latines, comme « Heureux celui qui » (vers 15), rappellent les béatitudes du Christ dans le Nouveau Testament (« Heureux les pauvres… »). Les archaïsmes médiévaux (« pensers » pour « pensées », « liqueur » pour « liquide », « ennuis » pour « désespoir », « onde » pour « eau ») pourraient traduire l’intention du poète de fuir la réalité dans un passé idéalisé et dans un ailleurs sublimé, « par delà le soleil… ».

II. Une métaphore poétique du spleen et de l’idéal

« Élévation » s’inscrit dans la vision baudelairienne de la nature profonde de l’homme moderne, avec ses contradictions, ses révoltes, ses angoisses, ses aspirations les plus élevées et les plus sordides. Ici, c’est à l’appel de l’idéal que le poète répond, mais avec quels résultats ?

1. La recherche de l’idéal

  • Le poète semble grisé, dans les premiers vers, par cette nouvelle sensation de liberté. Les lieux au-dessus desquels il s’élève n’ont pas seulement une valeur descriptive, ils ont aussi une dimension symbolique puisque le poète s’élève « par delà » les espaces infinis du cosmos. Comme saisi par l’ivresse des sommets, l’esprit du poète, buveur du « feu clair » (vers 12), ne se soucie plus des catégories habituelles du monde sensible : le haut et le « profond » (vers 7), l’« onde » (vers 6) et le ciel se confondent. Le poète en extase ressent une « volupté » sensuelle et intellectuelle (« esprit »).
  • La troisième strophe, avec sa triple injonction (« envole-toi », « va », « bois ») semble en retrait par rapport à l’assurance des deux premières strophes. Le poète n’était-il pas déjà en route pour l’idéal ? L’euphorie physique prend alors une tonalité spirituelle (« purifier », « divine »). Ce qui semblait une expérience pleinement réussie ne serait-il que le récit d’un rêve ? Ou faut-il comprendre ces trois impératifs comme un encouragement à aller encore plus loin ?

2. Le poids du spleen

  • L’avant-dernière strophe semble accentuer cette distanciation. L’énonciation change : le poète abandonne le tutoiement familier par lequel il s’apostrophe lui-même et dialogue avec son « esprit » (« Heureux celui qui… »).
  • Plus inquiétant encore : les vers 13 et 14 résonnent comme des échos aux poèmes les plus sombres de la section « Spleen et Idéal », tels que « Spleen » ou « La Cloche fêlée ». Baudelaire réunit dans ces deux vers les mots-clés du spleen : « ennuis », « chagrins », atmosphère « brumeuse » qui écrase l’individu ou l’enferme comme dans un cachot. C’est ce que cherche sûrement à suggérer l’emploi étrange de l’expression « derrière les ennuis » (vers 13), comme on dirait « derrière les barreaux ».
  • Le rêve poétique reprend pourtant le dessus. Certes Baudelaire le confie désormais à un autre aventurier de l’idéal que lui-même, mais son poème en garde la trace, en fixe les ambitions. Le monde réel, concret n’est plus perçu comme seulement négatif : la mention des « alouettes » (vers 17), du « matin » (vers 18) et des « fleurs » (vers 20) en donne une image pleine de vie. La beauté harmonieuse existe pour qui sait la voir, la décrire, la « comprend[re] » (vers 19).

3. Une illustration de la conception symboliste de la poésie

  • Ces vers annoncent « Correspondances », poème qui suit immédiatement « Élévation » dans le recueil. Tandis que dans « Élévation », le poète cherche à comprendre « le langage des fleurs et des choses muettes » (vers 20), dans « Correspondances », il souhaite traduire « les confuses paroles » que fait entendre la nature.
  • « Élévation », comme « Correspondances », est une profession de foi poétique et symboliste : le poète est bien un traducteur, un déchiffreur de monde dont les images créent des « correspondances » entre les différentes sensations et entre l’univers sensible et spirituel.

Conclusion

[Synthèse] Dans « L’Albatros », poème qui précède « Élévation », Baudelaire admire « ces rois de l’azur » que sont les poètes. Ils planent au-dessus des hommes mais leur différence les expose à l’incompréhension. La faute y est rejetée sur les préjugés mesquins de la société. Dans « Élévation », le poète est seul responsable de l’échec ou du succès de son effort pour atteindre l’idéal et déchiffrer les mystères du monde.

[Ouverture] L’ambition d’un tel projet justifie l’affirmation orgueilleuse de Baudelaire, alchimiste du verbe : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. »

entretien

L’examinateur pourrait débuter l’entretien par la question suivante.

Quelles vous semblent être les fonctions de la poésie ?

  • Il s’agit d’une question de cours.
  • Il ne faut pas réciter votre cours mais montrer, au travers d’exemples personnels, que vous avez mené votre propre réflexion.

L’entretien pourra se poursuivre dans diverses directions, par exemple :

> Quelle définition donneriez-vous du poète ?

> Quel est votre poète préféré ? Justifiez votre réponse.

Pour réussir l’entretien : voir guide méthodologique.

La poésie : voir mémento des notions.

Pistes pour répondre à la première question (à alimenter d’exemples personnels)

La poésie a plusieurs fonctions. Elle peut :

  • décrire : le poète latin Horace définit la poésie comme une « peinture » (exemples) ;
  • traduire des sentiments et des émotions (poésie lyrique) (exemples) ;
  • recréer le monde en « dévoilant » les faces cachées, ou créer un monde nouveau (exemples) ;
  • mettre en valeur et défendre des idées politiques ou sociales (poésie engagée) en les exprimant avec plus de force et d’intensité (exemples).
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