Choisit-on d’être celui qu’on est ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : La conscience
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Choisit-on d’être celui qu’on est ?
 
 

La conscience

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Le sujet

6

CORRIGE

 

France métropolitaine • Septembre 2013

dissertation • Série S

Définir les termes du sujet

Choisit-on

L’expression pose la question de la liberté et de la responsabilité du sujet : avons-nous le choix, c’est-à-dire la possibilité de faire autrement ? Sommes-nous déterminés à faire nécessairement quelque chose ou bien sommes-nous face à une alternative dont l’issue relèverait de notre décision ?

Être celui qu’on est

Cette expression pourrait se présenter comme une évidence dans la mesure où on ne voit pas ce que l’on pourrait être d’autre. Pourtant « être » renvoie aussi bien à l’essence d’une chose qu’à son existence. La formule peut donc renvoyer à la possibilité d’exister selon une certaine nature. Il est question ici de l’identité du sujet.

Dégager la problématique et construire un plan

La problématique

  • L’identité d’une personne consiste à savoir ce que l’on est et à être ce que l’on est. Mais peut-on seulement choisir ce que l’on est ? Ne sommes-nous pas déjà déterminés biologiquement, génétiquement, socialement, professionnellement, géographiquement… ? Il semblerait que l’on soit déjà façonné par toute une série de déterminismes.
  • Mais dans ce cas, notre manière d’être et d’agir nous serait imposée de l’extérieur, autrement dit nous ne serions pas responsables de ce que nous sommes et faisons. Être un sujet juridique et moral présuppose pourtant que nous prenions des décisions. La question est alors de savoir dans quelle mesure la liberté est compatible avec le déterminisme.

Le plan

  • Il semble d’abord évident qu’on choisisse d’être celui qu’on est. Notre identité est constituée par notre jugement qui nous permet de penser et d’agir et fait de nous des sujets (première partie).
  • Pourtant de nombreux déterminismes tendent à s’opposer à notre liberté. On se demandera ainsi à quelles conditions l’homme peut s’affirmer en choisissant d’être celui qu’il est, alors même qu’il est déterminé par des causes extérieures (seconde partie).

Éviter les erreurs

  • Ce sujet interroge plusieurs notions : la conscience, la liberté, le sujet, la morale et même la politique. Il faut donc cerner ces différents enjeux et articuler la question de l’identité du sujet à celle de la liberté.
  • La distinction entre essence et existence semble indispensable à la compréhension du sujet.
Corrigé

Le corrigé qui suit se présente sous la forme d’un plan très détaillé. Il faudrait, dans votre devoir, développer certaines des idées et ajouter des exemples.

Les titres en couleurs ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Choisit-on d’être celui qu’on est ? Une telle question pourrait sembler absurde dans la mesure où l’on ne voit pas qui d’autre que soi serait à même de décider de ce qu’il est. Pourtant, ce que l’on est, c’est-à-dire son essence et sa manifestation dans l’action, son existence, peut être influencé, voire déterminé, par une série de causes extérieures, à commencer par l’éducation qui façonne en fonction de critères sociaux, géographiques, religieux…

Ce que l’on est physiquement est aussi conditionné par son héritage génétique. Comment l’individu peut se constituer sa propre identité alors que sa liberté semble contredite par une série de déterminismes ?

Si l’on peut établir dans un premier temps que le propre de l’homme est justement d’être un sujet, c’est-à-dire un être capable de juger et de s’autodéterminer, un être responsable de par sa liberté, on constate cependant qu’il est aussi soumis à des déterminismes. On se demandera alors si l’on peut choisir d’être celui que l’on est malgré la causalité extérieure.

1. L’évidence d’être soi

A. Être soi, c’est avoir une identité

 

Info

Il est possible d’approfondir cette notion d’identité en consultant le repère identité/égalité/différence.

Pour choisir d’être ce que l’on est, il faut d’abord savoir ce que l’on veut être, connaître ses désirs, et ensuite être capable de se reconnaître, d’accéder à une certaine conscience de soi.

Être soi et avoir conscience de soi constituent le principe de l’identité. Par définition, l’identité est ce qui demeure identique à travers les changements du temps, à travers les différentes représentations que je me fais ou que les autres se font de moi.

L’identité n’est pas seulement la marque de mon ipséité et de mon unité, mais aussi de mon unicité, c’est-à-dire le fait d’être unique, différent des autres. Être soi n’est donc pas seulement exister selon ses aspirations mais être capable de se distinguer des autres.

B. Être soi, c’est être un sujet moral et juridique, c’est faire des choix

 

Attention

Ici l’étymologie de responsabilité est intéressante car elle vient du latin respondeo, répondre, qui ramène à l’idée de répondre de ses actes devant autrui et la loi.

À ce titre, l’homme se définit comme sujet : un être capable de juger, un « animal rationnel », selon une définition classique en philosophie, et par là, un être capable de juger ses actions.

L’homme n’est pas seulement sujet de la connaissance mais sujet de l’action. Il est un sujet moral et juridique. Il peut donc se fixer les fins de ses actions et établir par sa réflexion les moyens d’y parvenir.

C’est pour cela que le sujet moral est un sujet juridique, responsable devant la loi, c’est-à-dire qui « répond » de ses actes.

C. L’homme existe selon son essence rationnelle

Il semble alors évident que l’on choisit de faire ce que l’on fait et dans la mesure où ce que l’on fait exprime ce que l’on est, on choisit « d’être » au sens « d’exister », de s’insérer dans la réalité.

Être ce que l’on est, consiste ici à exercer sa qualité de sujet en portant un jugement déterminant sur le monde et sur soi-même. L’existence de l’homme dans le monde, son action sur la réalité, est l’expression de sa nature rationnelle, l’œuvre de sa capacité à user de sa raison. Aristote dans L’Éthique à Nicomaque attribue à l’homme prudent la capacité à délibérer afin d’ajuster au mieux les moyens aux fins de son action.

Ainsi il semble que l’on choisisse d’être ce que l’on est, que l’on existe et que l’on construise son identité en mettant en œuvre ce qui constitue l’essence de l’homme, la raison, afin de faire des choix. En ce sens, on ne peut que choisir d’être soi, d’être ce que l’on est.

[Transition] Pourtant, ce que l’on est n’est pas toujours l’expression de notre volonté. Nous avons une histoire et ce que l’on est peut résulter d’un parcours, d’une éducation qui nous a été en partie imposée par autrui. Peut-on alors ne pas choisir d’être ce que l’on est ?

2. À quelles conditions peut-on choisir d’être celui qu’on est ?

A. Les différents déterminismes et l’illusion du libre-arbitre

Il est aussi évident que l’on ne choisit pas quand et où l’on naît. On porte d’emblée en nous la marque de notre origine et de notre histoire.

La psychanalyse avec Freud insiste sur le rôle de la toute petite enfance sur la constitution de la personne.

Marx et les sociologues insistent davantage sur le déterminisme économique et social : être issu d’une certaine catégorie socio-professionnelle engage un certain type de comportement, une certaine manière de penser.

Même physiologiquement, le déterminisme biologique et génétique rappelle que l’on ne naît pas tous avec la même apparence, avec la même santé, avec les mêmes performances physiques…

L’homme ne peut-il échapper aux lois naturelles ? Il ne peut être, selon Spinoza dans L’Éthique, un « empire dans un empire », une exception. Le libre-arbitre ne serait qu’une illusion : comme une pierre que l’on aurait lancée dans les airs et qui prendrait conscience de son mouvement, les hommes se croient libres à tort simplement parce qu’ils ont conscience de leurs actions mais qu’ils ignorent les causes qui les déterminent.

B. La possibilité d’être ce que l’on est malgré les déterminismes

Affirmer que l’homme n’est pas libre d’être celui qu’il est parce qu’il serait le jeu de tous les déterminismes pose le problème de sa responsabilité.

En effet, si l’homme agit selon des lois qui s’imposent à lui, alors il est comme un pantin articulé, il perd sa qualité de sujet. Il ne peut plus faire l’objet d’un jugement moral et juridique car on présuppose alors qu’il n’a pas le choix. Or si le déterminisme existe (c’est un présupposé nécessaire de la science qui établit des lois de la nature), il n’est peut-être pas absolu.

En ce sens, Descartes parvient dans ses Méditations métaphysiques à concilier l’existence de chaînes de causalité et la liberté humaine, dans la mesure où être libre serait le fait d’agir en connaissance de cause.

Le plus haut degré de la liberté ne serait pas la liberté d’indifférence, celle qui consiste à n’être déterminé par rien, mais la liberté éclairée qui consiste à appliquer sa volonté sur des idées claires et distinctes que lui présente l’entendement. On peut alors choisir ce que l’on est grâce à la connaissance et la maîtrise des options (même limitées) qui se présentent à nous.

C. L’homme reste toujours libre d’affronter les obstacles

Choisir d’être celui qu’on est ne consisterait donc pas à être au-delà des déterminismes, à être vierge de toute causalité extérieure, car l’homme est toujours et déjà dans une « situation » donnée selon Sartre, mais à être capable de surmonter les obstacles, de se libérer d’une essence ou d’une étiquette que le monde et autrui tendent à imposer.

Dans L’existentialisme est un humanisme, Sartre explique que l’homme existe d’abord, et qu’il se définit ensuite. Inscrit dans un perpétuel devenir, il peut constamment se redéfinir, il peut choisir d’être autre que ce qu’il a été ou cru être. Seuls ses propres actes le déterminent. Croire l’inverse serait faire preuve de mauvaise foi en renonçant à sa liberté et à ses responsabilités.

L’homme en perpétuelle libération, en perpétuelle redéfinition serait en réalité celui qui n’a pas d’essence définitive et qui constamment choisit d’être celui qu’il est, même lorsqu’il refuse de changer par mauvaise foi, il n’a « pas d’excuse », il est « condamné » à être libre.

Conclusion

 

Conseil

Veillez à reprendre les différentes thèses développées tout en montrant que leur articulation s’éclaire par l’analyse conceptuelle : par exemple ici « celui qu’on est » comme animal rationnel de la première partie ne se confond pas avec l’individu singulier de la seconde partie.

Ainsi on choisit d’être celui que l’on est au sens où notre identité se constitue par des choix issus de notre raison au cœur de notre essence. Mais ici ce que l’on est se ramène à la définition d’un animal rationnel qui ne rend pas compte des particularités de « celui » qui est.

Or, l’individu est constitué par une histoire qui ne dépend pas de lui. Le déterminisme agit sur l’homme et fait de lui ce qu’il est devenu. Pourtant, on ne peut nier sa liberté, sa capacité à faire des choix le concernant sous peine de nier sa qualité de sujet.

L’homme choisit d’être celui qu’il est, non pas parce qu’il pourrait faire tout ce qu’il veut, mais parce qu’il est capable de comprendre le déterminisme et de surmonter les obstacles.