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Amérique du Nord, mai 2025 • Jour 1
Sprint final
44
Amérique du Nord, mai 2025 • Jour 1
dissertation
Chômage structurel : causes et solutions
Intérêt du sujet • Ce sujet dont l’énoncé est formulé simplement permet de comprendre la persistance du chômage de masse en France et de décrypter les politiques spécifiques menées contre ce déséquilibre.
Comment expliquer et réduire le chômage structurel ?
Document 1 Motifs de barrières à l’embauche en 2023 (cités par les entreprises, en %)
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Services |
Industries |
Construction |
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Existence de barrières à l’embauche |
28,7 |
38,5 |
50,8 |
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Main-d’œuvre compétente indisponible |
23,4 |
32,2 |
45,5 |
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Coûts liés à l’emploi |
11 |
10,2 |
21,9 |
|
Incertitude économique |
10,8 |
13 |
16,6 |
|
Réglementations |
4,4 |
4 |
7,3 |
|
Autres motifs |
2,8 |
3,6 |
2,9 |
Source : Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), 2023.
Lecture : en France, 28,7 % des entreprises de services signalent des barrières à l’embauche en 2023 ; 23,4 % des entreprises de services citent une main-d’œuvre compétente indisponible comme motif de barrières à l’embauche.
Champ : France métropolitaine.
Document 2 Évolution du Smic2 horaire brut et des prix (indice base 100 en 1990)

Source : Insee, 2024.
Champ : France métropolitaine de 1990 à 1995, France hors Mayotte à partir de 1996.
1. Indice mensuel des prix à la consommation, y compris tabac, pour l’ensemble des ménages.
2. Salaire minimum interprofessionnel de croissance.
Document 3 Part des CDD1 et intérimaires dans l’emploi total (en %)

Source : Insee, 2021.
Champ : France hors Mayotte, personnes en emploi.
1. Contrats à durée déterminée.
Document 4 Dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail en 2021 (en millions d’euros)
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Incitations à l’embauche |
80 500 |
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Mesures générales d’allègement du coût du travail |
61 466 |
|
Mesures d’exonération1 sur certaines zones géographiques |
1 721 |
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Mesures d’exonération1 sur certains secteurs économiques |
8 231 |
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Mesures d’allègement de cotisations sociales en réponse à la crise sanitaire |
3 526 |
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Aides à l’emploi de publics vulnérables |
3 329 |
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Emploi protégé, réadaptation, handicap |
2 227 |
|
Incitation à l’activité |
10 950 |
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Incitations financières à l’emploi |
9 849 |
|
Aides à la création d’entreprise |
1 101 |
|
Soutien au revenu |
61 623 |
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Allocations chômage |
50 975 |
|
Activité partielle (en cas de réduction d’activité) |
10 648 |
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Formation professionnelle |
24 416 |
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Accompagnement des personnes en recherche d’emploi |
6 277 |
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Total en millions d’euros |
183 767 |
|
Total en pourcentage du PIB |
7,3 |
Source : d’après Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), 2023.
Champ : France, dépenses en faveur des politiques de l’emploi et du marché du travail (hors formation fonction publique).
1. Mesures d’allègement, voire de suppression, de cotisations sociales pour l’emploi d’un salarié, dans certaines zones géographiques ou certains secteurs d’activité.
Les clés du sujet
Analyser la consigne et dégager une problématique

Problématique. Quelles sont les causes profondes de la persistance du chômage et quelles politiques permettent de le réduire efficacement ?
Exploiter les documents
Document 1. Ce tableau détaille les freins à l’embauche auxquels sont confrontées les entreprises dans trois secteurs. Sont ainsi listées les différentes causes du chômage structurel : inadéquation des qualifications (l. 2), coût du travail et impact du salaire minimum (l. 3), règles de protection de l’emploi (l. 5).
Document 2. Ce graphique compare l’évolution du Smic à l’évolution de l’indice des prix à la consommation. Le profil des courbes révèle que le Smic, indexé sur l’inflation, a progressé plus rapidement que celle-ci, accroissant alors le coût du travail peu qualifié.
Document 3. Ce graphique montre la progression de formes d’emploi atypiques (CDD, intérim) qui remettent en cause les règles de protection de l’emploi. On observe ainsi une croissance continue de la part des emplois intérimaires et en CDD entre 1982 et 2017.
Document 4. Ce tableau présente le coût détaillé des politiques de réduction du chômage en France en 2021. Les dépenses permettant la réduction du chômage structurel concernent la formation professionnelle, l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi et les incitations à l’embauche et à l’activité.
Définir le plan
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I. Les causes du chômage structurel |
Quelles sont les inadéquations entre offre et demande de travail (document 1) ? En quoi l’asymétrie d’information est-elle une défaillance du marché du travail ? Quels sont les effets négatifs des institutions sur le marché du travail (documents 1 et 2) ? |
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II. Les solutions pour réduire le chômage structurel |
Quel est l’impact de la formation sur les qualifications (document 4) ? Comment la flexibilité du travail facilite-t-elle l’ajustement du facteur travail (document 3) ? Quels sont les effets de l’allègement du coût du travail sur l’embauche (document 4) ? |
Les titres des parties ne doivent pas figurer sur votre copie.
Introduction
[accroche] Comment est-il possible d’avoir simultanément de la croissance économique, des emplois non pourvus et des millions de chômeurs ? [présentation du sujet] C’est ce paradoxe qu’éclaire la notion de chômage structurel, c’est-à-dire la part du chômage observé qui s’explique par les structures de l’économie affectant durablement le fonctionnement du marché du travail. [problématique] Quelles sont les causes profondes de la persistance de ce chômage et quelles politiques permettent de le réduire efficacement ? [annonce du plan] Dans une première partie, nous décrirons les causes du chômage structurel. Puis dans une deuxième partie, nous exposerons les solutions pour le réduire.
Le secret de fabrication
L’ordre de présentation des politiques de réduction du chômage structurel doit correspondre à l’ordre de présentation de ses causes, par souci de cohérence.
I. Les causes du chômage structurel
1. Les problèmes d’appariement entre offre et demande de travail
Sur le marché du travail, il existe des frictions engendrées par des problèmes d’appariement : les demandes de travail des employeurs ne peuvent
La seconde cause de ces frictions concerne l’inadéquation entre les besoins des employeurs et la qualification des chômeurs. Selon la Dares, en France en 2023, 50,8 % des entreprises de construction signalent des barrières à l’embauche, et dans ce secteur 45,5 % sont confrontées à un manque de main-d’œuvre compétente (document 1). Les employeurs renoncent donc à embaucher, faute de travailleurs compétents.
2. Les asymétries d’information
L’asymétrie d’information sur le marché du travail découle de l’incertitude des employeurs concernant la réalité des compétences et de la motivation des candidats. Pour faire face à ce dilemme, les employeurs peuvent proposer des salaires supérieurs au salaire d’équilibre : on parle de salaire d’efficience.
à noter
Le salaire d’efficience limite la sélection adverse en attirant des candidats de qualité et combat l’aléa moral en décourageant les comportements opportunistes.
Ce salaire d’efficience constitue une solution pour l’employeur mais il déséquilibre le marché du travail. En stimulant l’offre de travail et en rationnant la demande de travail, le salaire d’efficience devient ainsi une source de chômage structurel.
3. Les effets négatifs des institutions
Les règles de protection de l’emploi ont des effets positifs, mais également négatifs en créant des rigidités. Elles peuvent par exemple freiner les embauches par crainte de coûts de licenciement élevés, ou ralentir l’évolution sectorielle des emplois liée à la destruction créatrice. 4,4 % des entreprises françaises de services perçoivent ainsi les réglementations comme un motif de barrière à l’embauche (document 1).
De même, le salaire minimum est perçu par certains économistes comme une entrave à l’ajustement du marché du travail. C’est le cas quand ce salaire minimum fixé par les pouvoirs publics est supérieur au salaire d’équilibre. Selon l’Insee, en France, de 1990 à 2023, le Smic horaire brut a été multiplié par 2,5 quand les prix n’ont été multipliés que par 1,8 (document 2). Un salaire minimum élevé stimule l’offre de travail mais rationne la demande de travail peu qualifié : 21,9 % des entreprises du secteur de la construction considèrent dès lors les coûts liés à l’emploi comme une barrière à l’embauche (document 1).
II. Les solutions pour réduire le chômage structurel
1. Les politiques de formation
La formation continue à destination des chômeurs constitue un levier efficace de réduction du chômage : il s’agit de permettre au chômeur d’acquérir les compétences adéquates requises par les employeurs. Ainsi, selon la Dares, en France en 2021, 6 277 millions d’euros ont été dépensés pour l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi (document 4).
Mais les politiques de formation concernent également les personnes ayant un emploi, ce qui est source de productivité. 24 416 millions d’euros ont été dépensés pour la formation professionnelle, soit près de 4 fois plus que pour les chômeurs.
2. Les politiques de flexibilisation du travail
L’évolution des réglementations concernant le contrat de travail, en favorisant les contrats à durée déterminée (CDD) ou intérimaires, vise à supprimer les rigidités à l’embauche et au licenciement. Ces politiques de flexibilisation se sont traduites en France par une multiplication par 3 de la part des CDD et intérimaires dans l’emploi total entre 1982 et 2017 selon les données de l’Insee (document 3)
mot clé
Les politiques de flexibilisation désignent les interventions des pouvoirs publics visant à faciliter la capacité des entreprises à faire varier le volume, la qualité ou le prix du travail en fonction de leurs besoins.
Ces contrats permettent la flexibilité quantitative externe du volume de travail utilisé. D’autres évolutions réglementaires visent la flexibilité quantitative interne par l’annualisation du temps de travail ; d’autres recherchent la flexibilité qualitative ou fonctionnelle qui repose sur la polyvalence des salariés favorisée par la formation professionnelle.
3. Les politiques d’allègement du coût du travail
Les politiques d’allègement du coût du travail portent principalement en France sur les cotisations sociales patronales. En 2021, les dépenses liées aux mesures générales d’allègement du coût du travail ont été de 61 466 millions d’euros. Il existe également des exonérations et d’autres allègements temporaires coûtant près de 13 500 millions d’euros (document 4).
Conclusion
[bilan] Le chômage structurel résulte de défaillances, de frictions et de rigidités qui entravent l’appariement et l’ajustement du marché du travail. Les politiques mises en œuvre pour réduire ce chômage ciblent chacune une cause : la formation améliore l’appariement, la flexibilisation des règles de protection de l’emploi et l’allègement du coût du travail réduisent les rigidités. [ouverture] Certaines de ces politiques font l’objet de controverses notamment du fait de leurs impacts négatifs sur les rémunérations et la précarité de l’emploi. Et ces impacts semblent encore accrus par le numérique, comme le montre aujourd’hui l’ubérisation.