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France métropolitaine, juin 2025 • Jour 2
Sprint final
43
France métropolitaine, juin 2025 • Jour 2
épreuve composée
Chômage structurel Négociations environnementales Protectionnisme
Intérêt du sujet • Cette épreuve composée fait appel à des notions très précises du programme : les asymétries d’information, les stratégies de passager clandestin et le protectionnisme. Elle permet ainsi de mieux comprendre certaines questions très actuelles, sur le chômage, les négociations internationales sur l’environnement ou encore le commerce.
Mobilisation des connaissances (4 points) Chômage structurel et asymétries d’information
Vous montrerez que les asymétries d’information sont une source de chômage structurel.
Étude de document (6 points) Les stratégies de passager clandestin dans les négociations internationales sur l’environnement
▶ 1. À l’aide des données du document, vous comparerez l’évolution des émissions de gaz à effet de serre en Chine et dans le monde entre 1990 et 2021. (2 points)
▶ 2. À l’aide du document et de vos connaissances, vous montrerez que les négociations internationales liées à la préservation de l’environnement sont contraintes par des stratégies de passager clandestin. (4 points)
DocumentÉvolution des émissions de gaz à effet de serre dans le monde entre 1990 et 2021 (indice base 100 en 1990)

Source : d’après le ministère de la Transition écologique, 2022.
Raisonnement (10 points) Les avantages du protectionnisme
À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le recours au protectionnisme peut présenter des avantages.
Document 1 Le protectionnisme aux États-Unis
[...] Le retour du protectionnisme aux États-Unis initié par le président Donald Trump a mis également un coup d’arrêt à la globalisation. En 2018, Donald Trump avait activé divers tarifs douaniers pour donner une bouffée d’oxygène aux industries affaiblies par les importations provenant du reste du monde, tout en ciblant la Chine en priorité.
L’administration Biden a maintenu ces tarifs élevés et a mis un tour de vis agressif depuis 2022 avec la mise en place d’une politique industrielle à l’ancienne.
L’Inflation Reduction Act1 (2022) est un méga-programme de subventions et exonérations fiscales, à hauteur de quasi 400 milliards de dollars sur 10 ans, pour les industries engagées dans la transition énergétique. Les subventions peuvent avoir un effet de levier puissant et attirer de nombreux investissements privés américains et internationaux dans ces secteurs. Le décret favorise les entreprises installées sur le territoire américain. Par exemple, l’achat d’une voiture électrique est éligible à une subvention de 7 500 dollars par ménage à condition que le véhicule soit fabriqué dans les pays de l’ALENA2 (États-Unis, Canada, Mexique). Indépendamment de la moindre efficacité sur le climat d’une politique de subventions comparée à une taxe carbone, cette politique va réorienter des investissements vers les États-Unis au détriment notamment de l’Europe. Si une entreprise internationale souhaite développer une solution de production d’hydrogène vert, le programme américain va rendre le projet plus rentable s’il est lancé aux États-Unis comparé à l’Europe. C’est par exemple le cas de la société australienne Fortescue qui constate la perte de l’attractivité de l’Union européenne face aux aides américaines.
Le CHIPS and Science Act3 (2022) est un programme de plus de 280 milliards de dollars, dont un peu plus de 50 milliards de dollars ciblent la construction d’une industrie de production de microprocesseurs avancés aux États-Unis. À ce jour, les composants avancés (circuits inférieurs à 10 nanomètres4) sont exclusivement produits en Asie (90 % à Taiwan et 10 % en Corée du Sud), alors que les États-Unis et l’Europe sont bien positionnés dans le design de ces composants. [...].
Source : Marc Guyot et Radu Vranceanu, « L’UE à l’heure du choix face au retour du protectionnisme et du chacun pour soi », La Tribune, 13 février 2023.
1. Loi sur la réduction de l’inflation.
2. Accord de libre-échange nord-américain.
3. Loi sur les microprocesseurs et la science.
4. Nanomètre = 1 millionième de millimètre.
Document 2Part de la production mondiale de panneaux solaires1 par pays ou grandes régions (données en %)

Source : d’après Agence internationale de l’énergie, rapport Trends in Photovoltaic Applications (Les Tendances dans l’utilisation du photovoltaïque), 2023.
1. La production de panneaux solaires est comptabilisée dans l’industrie. En Chine, elle a été fortement subventionnée par l’État.
Document 3Part des emplois par secteurs d’activité en France entre 1950 et 2020 (en % du nombre total d’heures travaillées dans l’année)

Source : d’après Eurostat, 2024.
Lecture : En 1950, 20 % des heures travaillées en France l’étaient dans l’industrie (hors construction), contre seulement 10 % en 2020.
Les clés du sujet
Mobilisation des connaissances
Définir les mots clés
Une asymétrie d’information est une situation dans laquelle les agents économiques n’ont pas tous la même information.
Le chômage structurel est lié aux structures de l’économie qui rendent difficile les ajustements entre l’offre et la demande de travail.
Organiser la réponse
Dans un premier temps, il conviendra d’expliquer la notion d’asymétries d’information.
Puis nous verrons que le salaire d’efficience est une réponse à certaines asymétries d’information.
Enfin, il s’agira de faire le lien entre salaire d’efficience et chômage structurel.
Étude de document
Définir les mots clés
L’action publique en faveur de l’environnement est mise en œuvre à différentes échelles et implique donc des négociations internationales, c’est-à-dire une coopération entre pays afin d’aboutir à des accords multilatéraux.
Une stratégie de passager clandestin consiste à profiter des avantages d’une action collective sans en supporter le coût à titre individuel.
Comprendre le document
Le graphique présente l’évolution des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans différents pays ainsi que dans les 27 États de l’Union européenne et dans le monde entre 1990 et 2021. Il est exprimé en indice base 100 en 1990 et montre les efforts inégaux des différents pays en matière de réduction des émissions de GES.
Organiser la réponse à la seconde question
Dans un premier temps, il s’agira de montrer que les négociations internationales sur l’environnement sont contraintes par des stratégies de passager clandestin.
Puis, dans un second temps, nous sélectionnerons les données chiffrées du document afin de proposer une illustration à notre explication.
Raisonnement
Analyser les termes du sujet et mobiliser ses connaissances

Exploiter les documents
Document 1. Cet article de 2023 présente les inflexions de la politique économique américaine. Sans abandonner le protectionnisme défensif de Donald Trump reposant sur des barrières tarifaires, Joe Biden a ajouté une politique industrielle offensive qui peut être considérée comme un « protectionnisme déguisé », et même « éducateur » dans sa volonté de faire naître une industrie américaine de microprocesseurs.
Document 2. Ce graphique montre le pouvoir de marché de la Chine : selon l’Agence internationale de l’énergie, 77,8 % des panneaux solaires produits dans le monde en 2023 proviennent de ce pays. Cette domination est favorisée par les subventions étatiques à l’industrie chinoise. Ce quasi-monopole peut légitimer du protectionnisme, pour retrouver de la souveraineté et renforcer la concurrence.
Document 3. Ce graphique montre l’évolution sectorielle des emplois en France entre 1950 et 2020. On observe après 1975 une forte baisse de la part des emplois industriels : selon Eurostat, en 1975, 23 % des heures travaillées le sont dans le secteur industriel contre 11 % en 2020. En cause, la concurrence mondiale ainsi que les délocalisations liées à l’internationalisation de la production.
Définir les arguments
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Argument 1 |
Le recours au protectionnisme est nécessaire pour les industries naissantes. |
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Argument 2 |
Le protectionnisme permet de protéger des secteurs menacés par l’ouverture internationale. |
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Argument 3 |
Le protectionnisme sert à renforcer la souveraineté d’un pays. |
Mobilisation des connaissances
[phrase introductive] Les asymétries d’information correspondent à une situation dans laquelle les agents économiques ne disposent pas tous de la même information. Pourquoi peuvent-elles engendrer du chômage structurel ?
Sur le marché du travail, il existe des asymétries d’information car les employeurs, soit les demandeurs de travail, n’ont pas accès aux informations concernant la productivité des offreurs de travail. Il y a donc un risque qu’ils emploient un candidat dont les qualifications ne correspondent pas aux besoins de l’entreprise ou une personne en fait peu motivée par le travail proposé.
Pour pallier ces difficultés, les employeurs peuvent verser un salaire d’efficience, c’est-à-dire plus élevé que celui d’équilibre sur le marché du travail. Ce salaire permet de limiter la sélection adverse en réduisant la probabilité d’embaucher un salarié incompétent. Il permet également d’éviter que les salariés embauchés ne changent de comportement (aléa moral), et de les inciter à être plus productifs.
mot clé
La sélection adverse est due à un manque de transparence de l’information conduisant à une dégradation de la qualité des biens proposés sur un marché car les prix sont fixés trop bas pour les produits de qualité.
Mais ce niveau de rémunération augmente le coût du travail pour les entreprises car il induit des salaires durablement supérieurs au salaire d’équilibre empêchant l’égalisation de l’offre et de la demande de travail. La quantité de travail demandée par les entreprises diminue tandis que l’offre de travail reste élevée. Un chômage structurel va alors se développer et toucher ceux désireux de travailler pour le salaire proposé mais qui ne sont pas recrutés.
[phrase conclusive] En situation d’asymétries d’information, les entreprises peuvent adopter des pratiques de rémunération qui déséquilibrent le marché du travail, créant ainsi du chômage structurel.
Étude de document
à noter
L’indice mesure l’évolution d’une grandeur à partir d’une valeur de référence appelée base. Son intérêt est d’obtenir directement le taux de variation en retirant cette base (ici 100) à l’indice de la valeur observée.
▶ 1. Nous constatons que les émissions de gaz à effet de serre de la Chine ont augmenté de 275 % entre 1990 et 2021 contre 60 % dans le monde selon le ministère de la Transition écologique. La progression des émissions de gaz à effet
▶ 2. Un climat de qualité est un bien commun environnemental. Il s’agit d’un bien non excluable, car il est impossible d’exclure quiconque de son usage notamment par le prix, mais rival car, sans un effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), la qualité du climat se dégrade pour les autres agents économiques.
La régulation des problèmes environnementaux nécessite des négociations et accords internationaux car aucun État ne peut lutter à lui seul contre le réchauffement climatique. Mais les pays peuvent adopter des stratégies de passager clandestin, c’est-à-dire bénéficier d’un avantage collectif d’une action sans y contribuer. Chaque État a alors intérêt à ce que les autres pays réduisent leurs émissions de GES sans le faire lui-même. Il pourra ainsi profiter de la préservation de l’environnement sans avoir à supporter les coûts économiques et sociaux liés aux politiques climatiques.
La Chine, par exemple, a vu ses émissions de GES augmenter de 275 % entre 1990 et 2021 tandis que celles de l’Union européenne ont diminué de 25 % sur la même période. De même les émissions de GES ont augmenté d’environ 165 % en Inde contre une progression de 60 % dans le monde, soit une hausse des émissions de GES indiennes 2,75 fois supérieure aux émissions de GES mondiales. De plus, les États-Unis ont adopté une stratégie de passager clandestin en se retirant de l’accord de Paris sur le climat signé en 2015 lors de la COP21. Les efforts des différents pays apparaissent donc inégaux en matière de réduction des émissions de GES.
Raisonnement
Les titres des parties ne doivent pas figurer sur votre copie.
Introduction
Le libre-échange engendre des gains pour les consommateurs, mais il génère aussi d’importants effets redistributifs entre et au sein des nations. L’on peut être tenté alors de recourir au protectionnisme, défini comme la mise en œuvre de barrières tarifaires ou non tarifaires destinées à limiter les importations pour favoriser la production nationale. Il existe plusieurs justifications économiques du protectionnisme.
I. Le protectionnisme éducateur protège les industries naissantes
Le secret de fabrication
Il est important de traiter au moins deux avantages du protectionnisme, entendu de manière large : cette politique commerciale prend la forme de barrières tarifaires et non tarifaires, mais également de subventions aux producteurs.
Dans les activités à rendements croissants, les firmes ont des coûts de production unitaires trop élevés. Un protectionnisme éducateur sous forme de droits de douane peut augmenter le coût des produits importés. Le développement de l’industrie nationale permet alors de réaliser des économies d’échelle et d’obtenir des gains d’expérience (effet d’apprentissage).
mot clé
Le protectionnisme éducateur vise, selon Friedrich List, à protéger temporairement une industrie naissante pour lui permettre de grandir à l’abri de la concurrence internationale.
Certains économistes considèrent que ces gains se déversent à l’ensemble des autres entreprises et autres secteurs. Des gains de productivité endogènes légitiment ainsi le recours au protectionnisme. On peut citer en exemple le CHIPS and Science Act aux États-Unis, dont le but est de faire naître une industrie du microprocesseur (document 1).
II. Le protectionnisme défensif soutient l’économie nationale
L’ouverture internationale s’accompagne d’effets redistributifs des revenus et des emplois à l’échelle mondiale. Les pays les plus avancés ont connu une désindustrialisation de leur économie, se traduisant par du chômage lié à la destruction d’emplois industriels : selon Eurostat, en France, entre 1975 et 2020, la part des heures travaillées du secteur industriel a été divisée par deux (document 3).
à noter
La désindustrialisation s’explique autant par la concurrence de produits à prix très compétitifs venant d’Asie que par les délocalisations dues à l’internationalisation des chaînes de valeur.
Le chômage de masse peut se traduire alors par une demande politique de protectionnisme dans les pays les plus avancés. En effet les barrières tarifaires et non tarifaires constituent un protectionnisme défensif dont le but est de protéger l’emploi des secteurs en déclin. Le protectionnisme peut ainsi permettre de lutter contre les inégalités internes de revenus.
III. Le protectionnisme stratégique renforce la souveraineté
Enfin le protectionnisme peut être justifié par un désir de souveraineté. Il s’agit alors, notamment par des subventions à certaines activités stratégiques, de créer une indépendance dans des secteurs clés. Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2023, 77,8 % des panneaux solaires construits dans le monde le sont par la Chine (document 2). Les autres pays ne peuvent tolérer une telle dépendance.
Les subventions aux entreprises de ces secteurs, par exemple l’Inflation Reduction Act, sont qualifiées de politiques commerciales stratégiques (document 1). Elles constituent une forme de protectionnisme déguisé, qui permet parfois de restaurer la concurrence – par exemple, les aides européennes à Airbus ont mis fin au quasi-monopole de Boeing – au bénéfice du consommateur. Ces aides participent aussi à lutter contre les pratiques déloyales en matière environnementale ou sociale de certains pays, pratiques contraires à un développement soutenable.
Conclusion
Le protectionnisme peut ainsi présenter des avantages défensifs ou stratégiques, ainsi que pour les industries naissantes s’il est limité et temporaire. Un protectionnisme généralisé en revanche annulerait les gains du libre-échange en termes de prix pour des consommateurs au pouvoir d’achat très contraint.