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Comment expliquer la diversité des politiques de l'emploi ?

Dissertation

Comment expliquer la diversité des politiques de l'emploi ?

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Ce sujet permet de mobiliser l'ensemble des connaissances sur le chômage, à la fois sa mesure, ses formes et les politiques de l'emploi adaptées.

 

Document 1Taux de chômage, selon le niveau de diplôme et la durée, depuis la sortie de formation initiale en 2016 (en %)

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Source : Insee, 2017.

Champ : France hors Mayotte, population des ménages, personnes actives de 15 ans ou plus.

Document 2Mesures gouvernementales pour la création d'emplois

Initié par la loi de finances rectificative pour 2012, le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) est entré en vigueur le 1er janvier 2013. Ce crédit d'impôt1 porte sur la masse salariale des salariés ayant une rémunération inférieure à 2,5 fois le SMIC. […] Le projet de loi de finances pour 2017 prévoit une augmentation de ce taux […].

Depuis 2015, le CICE a été complété par des exonérations de cotisations sociales mises en œuvre dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité. Le premier volet du Pacte consiste en une exonération totale des cotisations Urssaf 2 (hors assurance chômage) pour les rémunérations au niveau du SMIC et une baisse des cotisations famille de 1,8 point pour les salaires inférieurs à 1,6 fois le SMIC. Le deuxième volet du Pacte, effectif depuis le 1er avril 2016, a permis d'étendre la réduction des cotisations famille aux salaires compris entre 1,6 et 3,5 fois le SMIC.

En 2016, un dispositif de prime à l'embauche ciblé sur les salariés peu qualifiés a également été instauré dans les entreprises de moins de 250 salariés. La prime d'un montant de 500 euros par trimestre est versée sur toute la durée du contrat, pour une durée de deux ans maximum. Sont éligibles à ce dispositif « embauche PME » les embauches faites entre le 18 janvier 2016 et le 31 décembre 2017 en CDI ou CDD de plus de 6 mois dont la rémunération n'excède pas 1,3 fois le SMIC.

Source : www.travail-emploi.gouv.fr

1. Crédit d'impôt : avantage fiscal.

2. Urssaf : organisation qui collecte les cotisations sociales patronales et salariales pour la Sécurité sociale.

N.B. : Depuis le 1er janvier 2019, le CICE a été transformé en un allègement des cotisations sociales à la charge des employeurs.

Document 3Protection de l'emploi et taux de chômage en 2013

Tableau de 15 lignes, 4 colonnes ;Corps du tableau de 15 lignes ;Ligne 1 : ; Indicateur de protection de l'emploi1 contre les licenciements; Taux de chômage (en %); Taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans (en %); Ligne 2 : Belgique; 2,99; 8,4; 23,7; Ligne 3 : Canada; 1,51; 7,1; 13,7; Ligne 4 : Danemark; 2,32; 7,0; 13,0; Ligne 5 : France; 2,82; 9,9; 24,1; Ligne 6 : Allemagne; 2,84; 5,2; 7,8; Ligne 7 : Grèce; 2,41; 27,5; 58,3; Ligne 8 : Italie; 2,89; 12,1; 40,0; Ligne 9 : Mexique; 2,62; 4,9; 9,5; Ligne 10 : Pays-Bas; 2,94; 7,2; 13,2; Ligne 11 : Pologne; 2,39; 10,3; 27,3; Ligne 12 : Portugal; 2,69; 16,2; 38,1; Ligne 13 : Espagne; 2,36; 26,1; 55,5; Ligne 14 : Royaume-Uni; 1,59; 7,5; 20,6; Ligne 15 : États-Unis; 1,17; 7,4; 15,5;

Source : OCDE, 2017.

1. Indicateur créé par l'OCDE portant sur la réglementation des licenciements des salariés en emploi à durée indéterminée. Sa valeur est comprise entre 0 et 6 : plus l'indice est élevé, plus la protection de l'emploi est dite forte.

 

Les clés du sujet

Analyser la consigne et dégager une problématique

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Problématique. Il faut montrer que la complexité du chômage nécessite une diversité des politiques de l'emploi devant permettre de lutter contre les différentes formes de chômage frappant les économies.

Exploiter les documents

Document 1. En quoi le diplôme est-il un rempart contre le chômage ? Qu'en déduire quant aux politiques de l'emploi ?

Document 2. À quelles politiques de l'emploi peut-on relier les mesures décrites ? À quel(s) type(s) de chômage répondent-elles ?

Document 3. Quelle corrélation peut-on établir entre l'indicateur de protection de l'emploi, c'est-à-dire le niveau de flexibilité du marché du travail, et le taux de chômage ? La corrélation est-elle toujours vérifiée ? Qu'en déduit-on ?

Définir le plan

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : I. Les politiques de soutien de la demande pour lutter contre le chômage conjoncturel; Qu'est-ce que le chômage conjoncturel ? Dans le document 3, comparez les données de la Grèce et de la Pologne : pourquoi peut-on dire que le chômage en Grèce a aussi une composante conjoncturelle ?Cherchez des illustrations de mesures soutenant la demande dans l'actualité récente.; Ligne 2 : II. Les politiques d'allègement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique; À quelle forme de chômage ce type de politique renvoie-t-il ? Cherchez des illustrations en utilisant le document 2.Quels sont les pays pour lesquels l'écart entre le taux de chômage moyen et celui des jeunes est élevé (document 3) ? Qu'en déduit-on ?; Ligne 3 : III. Les politiques de flexibilisation du marché du travail et de formation pour réduire le chômage structurel; Qu'est-ce que le chômage structurel ? En quoi le document 1 permet-il de l'illustrer ?Quelles différences faites-vous entre les marchés du travail des pays du sud de l'Europe et ceux des pays anglo-saxons (document 3) ? Quels liens peut-on faire avec le chômage structurel ?;

Les titres des parties ne doivent pas figurer sur votre copie.

Introduction

[accroche] Dans nos sociétés l'emploi reste le principal vecteur de l'intégration sociale tandis qu'un niveau élevé de chômage nuit à la cohésion sociale. [présentation du sujet] Les gouvernements ont pour priorité de lutter contre ce fléau : ils mettent alors en œuvre des politiques de l'emploi, entendues comme un ensemble de mesures prises par les pouvoirs publics pour réduire le chômage. Mais les causes de ce dernier sont multiples, ce qui peut expliquer la diversité de ces politiques de l'emploi. [problématique] Dès lors, le problème est de savoir comment articuler ces diverses politiques pour réduire les différentes formes de chômage. [annonce du plan] Nous étudierons successivement les principales politiques de l'emploi correspondant à des causes majeures du chômage : politiques de soutien de la demande pour agir sur le chômage conjoncturel, politiques d'allègement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique, et enfin politiques de formation et de flexibilisation du marché du travail pour répondre au chômage structurel.

Le secret de fabrication

Il est important de bien expliquer chaque forme ou type de chômage, en exposant rigoureusement leurs mécanismes, pour ensuite montrer qu'il existe une politique de l'emploi adaptée. On peut faire une analogie avec une maladie : la forme de chômage correspond aux symptômes, et la politique de l'emploi mise en œuvre par les pouvoirs publics (les médecins) en constitue le remède.

I. Les politiques de soutien de la demande pour lutter contre le chômage conjoncturel

1. Le chômage conjoncturel

Pour John Maynard Keynes, le chômage s'explique par l'insuffisance de la demande anticipée sur le marché des produits. Les entreprises, par manque de débouchés, n'augmentent pas leurs capacités de production et ne créent pas d'emplois, provoquant alors du chômage, qualifié de conjoncturel.

Plus généralement, les fluctuations de l'économie sont sources de chômage. La croissance est en effet irrégulière. Suite à des chocs négatifs de demande, c'est-à-dire la baisse d'une des composantes de la demande globale, un pays peut traverser une période de récession, voire de dépression, à l'instar de la Grèce, qui s'accompagne d'une hausse du chômage. En 2013, 27,5 % des actifs grecs sont au chômage, c'est près de quatre fois plus qu'au Danemark (document 3).

2. Les politiques macro-économiques de soutien de la demande globale

Pour relancer l'activité économique, les pouvoirs publics disposent d'un premier instrument, le budget de l'État, qui peut servir à augmenter les dépenses publiques ou à baisser les impôts afin de soutenir la demande. Par exemple, afin d'endiguer la dépression des années 1930, le président américain Franklin Delano Roosevelt a mis en œuvre une politique de soutien à la demande globale, c'est-à-dire des mesures budgétaires expansives, appelée le New Deal.

Le second instrument des pouvoirs publics est la politique monétaire, via une baisse des taux d'intérêt directeurs pour stimuler les débouchés. Après la crise de 2008, la Banque centrale européenne (BCE) a considérablement réduit ses taux d'intérêt pour diminuer le coût du crédit, relancer l'investissement et ainsi soutenir la demande globale.

II. Les politiques d'allègement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique

1. Le chômage classique

Dans l'analyse néoclassique du marché du travail, un coût du travail trop élevé peut causer du chômage. Les institutions peuvent en être à l'origine. Par exemple, suite à des revendications syndicales, le salaire peut s'élever au-dessus de celui d'équilibre, c'est-à-dire le salaire égalisant offre et demande de travail. La régulation par les prix étant impossible, l'ajustement va alors se faire par les quantités : du chômage apparaît.

à noter

Dans ce contexte, les institutions désignent à la fois des règles qui structurent les relations entre agents économiques, et des organisations (syndicats, pouvoirs publics).

Embaucher des actifs peu qualifiés, ou avec peu d'expérience, peut sembler peu rentable pour une entreprise quand elle compare leur niveau de productivité à leur coût, c'est-à-dire au salaire versé. Les actifs à faible productivité (jeunes, peu qualifiés) connaissent ainsi des taux de chômage plus élevés. En 2013, celui des 15-24 ans est plus de deux fois supérieur au taux de chômage moyen (document 3). En 2016, un actif sans diplôme sur deux, en début d'insertion professionnelle, est au chômage en France (document 1).

2. Les politiques d'allègement du coût du travail

Le coût du travail correspond à ce que versent les entreprises en salaires nets et cotisations sociales salariales, appelées aussi charges sociales. Pour alléger le coût du travail, les pouvoirs publics peuvent prendre différentes mesures. Il s'agit d'inciter les entreprises à embaucher, notamment des salariés à faible productivité. En premier lieu, l'État peut baisser les cotisations sociales ou accorder du crédit d'impôt sur les sociétés pour les salaires proches du SMIC (document 2). En second lieu, il peut aussi limiter les hausses de ce salaire minimum.

D'autres mesures peuvent être combinées pour les moins employables, comme les emplois subventionnés par les pouvoirs publics. En Allemagne, le gouvernement a fait le choix de proposer des mini-jobs, c'est-à-dire des emplois à temps partiel, sans cotisations sociales, dont les salaires sont plafonnés à un niveau bas. Et c'est dans ce pays que l'écart entre le taux de chômage moyen et celui des actifs de moins de 24 ans est le plus faible (document 3).

à noter

Si des études montrent que les mini-jobs ont eu un rôle positif sur le chômage classique, la mesure est controversée, dans la mesure où elle s'est accompagnée d'une hausse de la pauvreté et de la dégradation de la protection sociale des salariés.

III. Les politiques de flexibilisation et de formation pour réduire le chômage structurel

1. La politique de formation

Le chômage structurel est lié en partie à l'inadéquation de la formation des actifs avec les besoins des entreprises. Celles-ci demandent un travail de plus en plus qualifié, provoquant le chômage des moins diplômés ou des moins expérimentés. Quelle que soit l'ancienneté sur le marché du travail, on peut remarquer que les actifs non diplômés connaissent les taux de chômage les plus élevés (document 1).

Le développement de la formation des actifs peu qualifiés accroît leur polyvalence et les rend dès lors plus employables. Il peut s'agir notamment d'encourager la formation continue au sein des entreprises ou encore de mettre en place des programmes ciblant les chômeurs de longue durée, les plus éloignés du marché du travail.

2. Les politiques de flexibilisation du marché du travail

Le chômage structurel a également pour origine un marché du travail trop rigide empêchant les entreprises de moduler leur demande de travail en fonction de leurs besoins. Au Portugal, en Espagne et en Italie, les règles de licenciement sont plus contraignantes, et le taux de chômage y est élevé (document 3).

La flexibilisation du marché du travail (création d'emplois temporaires, facilités pour licencier) favorise l'adéquation entre offre et demande de travail en réduisant les rigidités institutionnelles, sources de chômage. Dans les pays anglo-saxons et au Danemark, la flexibilité du marché du travail s'accompagne d'un taux de chômage modéré, autour de 7 % (document 3).

Conclusion

[bilan] Le chômage est un phénomène complexe car on ne peut lui attribuer une seule cause, d'où la diversité des politiques pour lutter contre lui. Les causes conjoncturelles du chômage nécessitent des mesures de relance. Mais il peut aussi être dû à un coût du travail trop élevé. Pour le réduire, l'exonération des cotisations sociales pour les emplois dont le niveau de salaire est proche du salaire minimum est une mesure appropriée. Par ailleurs, les actions de formation doivent améliorer l'employabilité des actifs les moins qualifiés. Enfin, d'autres mesures pour rendre le marché du travail plus fluide doivent également permettre de diminuer le chômage structurel. [ouverture] Cette diversité des politiques de l'emploi n'a pas empêché la persistance d'un chômage de masse, lequel peut fragiliser une partie de la population et ainsi menacer la cohésion sociale.

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