Comment l'évocation des situations difficiles, voire extrêmes, peut-elle amener le lecteur à une réflexion sur l'homme ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Dissertation | Année : 2015 | Académie : Nouvelle-Calédonie

 

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Nouvelle-Calédonie • Novembre 2015

Séries ES, S • 16 points

Situations difficiles pour réfléchir

Dissertation

Comment l’évocation de situations difficiles, voire extrêmes, peut-elle amener le lecteur à une réflexion sur l’homme ?
 Vous appuierez votre développement sur les textes du corpus, et les textes étudiés pendant l’année, ainsi que sur vos lectures personnelles.

Les textes du corpus sont reproduits ici.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

« réflexion sur l’homme » renvoie à la question de l’homme et à la littérature argumentative d’idées.

« comment » signifie : par quels moyens mais aussi pour quelles raisons ? Le sujet n’invite pas à la discussion (pas de plan : thèse-antithèse-synthèse).

La problématique générale est donc « Par quels moyens/pour quelles raisons l’évocation des situations difficiles est-elle efficace pour mener une réflexion sur l’homme ? »

« situations difficiles/extrêmes » renvoie aux grands enjeux de la vie humaine, par opposition aux situations banales de la vie quotidienne.

« évocation » sous-entend « littéraire » : il faut réfléchir sur des textes qui témoignent d’un travail sur la langue et la forme (et non sur des textes « utilitaires », scientifiques, documentaires ou techniques).

D’où une problématique double : Pour quelles raisons et par quels moyens l’évocation de situations extrêmes est-elle efficace pour réfléchir sur la condition de l’Homme ? Un traitement littéraire la rend-il encore plus efficace ?

Chercher des idées

Les « situations difficiles/extrêmes » prennant des formes très diverses : grands fléaux (maladie, famine, guerre, catastrophes naturelles), conditions de vie (misère, mauvais traitements, violence, conflits familiaux) et de travail (conflits sociaux).

Les exemples

Faites la liste des textes que vous connaissez qui présentent ce type de situations. Utilisez le corpus et ne vous limitez pas aux genres de l’argumentation : pensez au roman, au théâtre, à la poésie.

Les registres sur lesquels sont traitées ces situations sont plus vraisemblablement : dramatique, pathétique, tragique, lyrique, élégiaque…

Éviter les répétitions

Constituez un « stock » de mots se rapportant à une « (situation) difficile/extrême » : pénible, critique, exceptionnelle, dangereuse, périlleuse, délicate, désespérée, funeste, dramatique; fatale, effroyable ; malheurs, maux, catastrophe, calamité, épreuve(s), désastre, infortune…

Pour réussir le commentaire : voir guide méthodologique.

La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Ce corrigé est un plan détaillé dans lequel vous devez développer votre propos par des exemples. Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture et ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction [rédigée]

[Amorce] Si c’est un homme de Primo Levi, qui rend compte de la douloureuse expérience de son auteur déporté à Auschwitz, remporte depuis sa parution en 1947 un succès mondial. C’est sans doute un signe que la littérature joue un rôle majeur pour susciter la réflexion sur l’homme. [Problématique] Curieusement les écrivains choisissent l’évocation de situations difficiles, extrêmes, pour rendre compte de la condition humaine. [Annonce des axes] Qu’est-ce qui peut justifier ce choix ? Quels atouts présentent en elles-mêmes ces situations critiques, parfois désespérées, pour rendre compte des préoccupations existentielles des hommes [I] ? Et, au-delà, comment un traitement littéraire de ces situations les rend-il encore plus efficaces pour réveiller les consciences [II] ?

I. L’efficacité de la « situation difficile » pour faire réfléchir

1. Susciter l’émotion

En créant la surprise, elle sort le lecteur de sa routine, elle le « réveille ». Elle agit un peu comme la poésie qui, selon Cocteau, « montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement ». 

Elle suscite l’émotion, donc l’intérêt. En effet comme l’affirme Pascal (au sujet du théâtre) : « Les scènes contentes » (c’est-à-dire où les personnages sont en harmonie) « ne valent rien ». Sans crainte ni espoir, la suspension d’intérêt (le « suspense ») s’évanouit.

2. Révéler la condition humaine

La situation extrême, met en évidence et intensifie les vrais enjeux de la destinée, lorsqu’elle place l’homme face à la maladie, à la guerre (ex : Le Feu de Barbusse, Les Croix de bois de Dorgelès, Si c’est un homme de Levi…), à l’oppression (familiale : Vipère au poing d’H. Bazin ; sociale : les romans de Zola, Germinal), à la misère (Les Misérables, « Melancholia » de Hugo), à la mort, à d’autres hommes qui l’oppriment… ou face à un dilemme toujours beaucoup plus marquant qu’une situation ordinaire.

Parce qu’elle confronte l’homme à un obstacle, elle permet d’analyser des comportements divers qui s’éclairent par la comparaison (La Peste de Camus présente des comportements différents devant l’épidémie : Rieux, l’homme dévoué ; Cottard, le profiteur…). Elle fait apparaître des aspects insoupçonnés de l’être humain, bons ou mauvais.

Elle permet d’explorer divers mouvements affectifs violents de l’être. Les personnages, face au danger, à une catastrophe, se trahissent malgré eux ou sont démasqués par les autres. Ils se dévoilent aussi à eux-mêmes.

3. Donner une leçon de vie, se connaître soi-même

L’adversité révèle l’homme dans toutes ses dimensions, sa faiblesse et sa grandeur. À travers l’évocation d’une situation extrême, l’écrivain a l’occasion de présenter au lecteur des modèles ou des contre-modèles et de proposer une leçon de vie.

Par la comparaison avec les réactions des personnages face à une difficulté, le lecteur est invité à se poser la question : « Dans de telles circonstances, comment aurais-je agi ? ». Ainsi, une situation critique force la réflexion personnelle et révèle le lecteur à lui-même ; il s’approche alors du principe philosophique de Socrate : « Connais-toi toi-même »…

[Transition] Cependant, tous les types de textes qui évoquent des situations difficiles n’ont pas une efficacité égale pour susciter la réflexion sur l’homme. La comparaison des textes littéraires avec les productions non littéraires (reportages, articles, documentaires…) permet de mieux mesurer la supériorité de la littérature dans ce domaine.

II. Le traitement littéraire rend encore plus efficace l’évocation de situations difficiles

Les textes non-littéraires traitent de la condition humaine et de ses enjeux mais ils ont un rôle informatif, apportent des connaissances (données factuelles, statistiques…). Leur objectivité et leur distance limitent leur efficacité. La littérature, elle, implique une mise en forme et un travail sur la langue qui en font un support privilégié pour explorer en profondeur la condition de l’homme. L’écrivain dispose de multiples moyens pour mettre en évidence les situations extrêmes.

1. Dépasser les données de la réalité, solliciter l’imagination : l’efficacité de la fiction

Liberté de l’écrivain pour dépasser la réalité et créer des situations inédites auxquelles il confronte les personnages, hors de la réalité, hors du temps, ce qui permet éventuellement la confrontation avec le passé (Hugo, Ruy Blas) ou avec un futur de science-fiction (Huxley, Le Meilleur des mondes) par exemple.

Large liberté pour créer toutes sortes de personnages (parfois au comportement opposé face à une même situation ; affectés d’un défaut ou d’une qualité), (exemples personnels).

Recours possible à des moyens pour parler à l’imagination, par les descriptions frappantes et surtout par les images éclairantes (corpus : Les Caractères, Germinal).

Conseil

Repérez les « échos » entre les différents éléments du sujet : ils peuvent s’éclairer l’un l’autre et vous donner des pistes (la question par exemple peut vous fournir un axe de commentaire ou une partie de dissertation).

2. Créer et intensifier l’émotion : les ressources du style

Faire réfléchir, c’est aussi tenir compte de la dualité du lecteur, être de raison et d’émotion. L’écrivain dispose de moyens pour toucher, susciter des émotions fortes.

Possibilité de créer l’attente, le « suspense » qui captive mais aussi invite à se poser des questions (Hugo, Les Misérables, Jean Valjean va-t-il se dénoncer quand Champmathieu risque d’être condamné à sa place ? Barbusse, Le Feu).

L’auteur exploite les ressources des registres pathétique, tragique, dramatique : amplification (textes du corpus), dramatisation…

Le texte littéraire porte les marques de l’affectivité de l’auteur. L’écrivain, homme lui aussi, donne de la force à la réflexion par son implication personnelle (ressources du lyrisme), (exemples personnels).

L’écrivain dispose de multiples procédés pour impliquer aussi directement le lecteur (apostrophes, questions rhétoriques ; article « Guerre » du Dictionnaire Philosophique de Voltaire).

3. Pénétrer l’âme humaine

La littérature offre aussi la possibilité de faire « voir » l’âme humaine de l’intérieur et ainsi de créer les conditions de l’identification :

par les analyses psychologiques (dans les romans réalistes par exemple) ;

par les paroles des personnages (dialogue dans les romans et au théâtre) ;

par le monologue (au théâtre) et le monologue intérieur (dans le roman ; stream of consciousness ou flux de conscience, pensées intérieures ; début de la Condition Humaine de Malraux) ;

par l’expression d’états d’âme nés de circonstances particulièrement dramatiques (la poésie lyrique : Les Contemplations de Hugo).

Conclusion [rédigée]

[Synthèse] « Dis donc, toi qui écris, tu écriras plus tard sur les soldats, tu parleras de nous, pas ? – Mais oui, fils, je parlerai de toi, des copains et de notre existence » répond alors à son camarade soldat le romancier Barbusse, à la fois auteur et narrateur du roman autobiographique Le Feu qui a pour cadre la Première Guerre mondiale. Ce dialogue souligne l’efficacité de la littérature lorsqu’elle évoque des situations extrêmes pour amener à la réflexion sur la condition humaine. [Ouverture] D’autres formes d’arts, avec leurs moyens spécifiques (comme la peinture : on pense au Guernica de Picasso) peuvent atteindre le même objectif. De nos jours, c’est le cinéma qui concurrence la littérature ou parfois la complète lorsque par exemple un cinéaste choisit de transposer un roman en film.