Comment, selon vous, la littérature et les arts peuvent-ils prendre appui sur les objets technologiques pour enrichir leur création ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Type : Dissertation | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine

 

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France métropolitaine • Juin 2016

La question de l’homme • 14 points

Technologie, arts et littérature

Dissertation

 Comment, selon vous, la littérature et les arts peuvent-ils prendre appui sur les objets technologiques pour enrichir leur création ?

Vous appuierez votre développement sur les documents du corpus, les textes étudiés pendant l’année et vos connaissances personnelles, littéraires ou artistiques.

Les textes du corpus sont reproduits ici.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

De quoi allez-vous parler ? des « objets technologiques ».

Sous quel angle ? leur intérêt pour « la littérature » et les « arts ».

« Comment… peuvent-ils prendre appui ? » = de quelle manière les artistes peuvent-ils tirer parti des objets technologiques et dans quels buts ? Cela suggère d’analyser les atouts de ces objets mais aussi la manière de les utiliser.

« enrichir leur création » = donner de l’efficacité (divertissante, argumentative) à l’œuvre.

Le présupposé du sujet est : Les artistes peuvent tirer parti des objets technologiques dans leur création. La consigne n’autorise pas de partie de discussion (donc pas de plan dialectique).

La problématique est donc : Pourquoi, comment les objets technologiques peuvent-ils servir un projet artistique ?

Chercher des idées

Réfléchir sur la notion d’« objets technologiques » : ils s’opposent aux objets naturels, qui n’ont subi aucune transformation, et répondent à un besoin de l’homme.

Scinder la problématique en sous-questions : Pourquoi de tels sujets peuvent-ils plaire ? servir une argumentation ? Quel peut être leur efficacité : dans une trame narrative ? dans une argumentation ? De quelle manière les auteurs peuvent-ils s’en servir ?

Les exemples peuvent être empruntés à tous les genres et à tous les arts.

 Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

 La question de l’homme : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Ce corrigé se présente sous forme de plan ; vous devez y ajouter vos propres exemples. Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] La technologie et l’art, l’une concrète, scientifique et utilitaire, l’autre lié à l’imaginaire et à la fantaisie, sont deux domaines apparemment peu conciliables. Pourtant, leurs liens se marquent dans le langage : on parle aussi bien de « créations » technologiques que de « créations » artistiques. L’œuvre d’art est réalisée, comme l’objet technique, avec des outils, des savoir-faire ; dans les musées, on admire aussi bien des œuvres d’art (peintures, sculptures…) que des objets techniques (vieux outils). À partir du xixe siècle, les arts et la littérature annexent les objets du monde moderne. [Problématique] Comment résoudre le paradoxe entre l’utile le plus terre-à-terre et l’œuvre d’art qui s’adresse aux émotions et à la pensée ? Comment les artistes peuvent-ils tirer parti des objets technologiques pour enrichir leur création ? [Annonce du plan] Inclus dans l’œuvre, ils ont une fonction descriptive et narrative. [I] Transformés, ils ouvrent des horizons sur le monde et prennent une fonction argumentative dans la création. [II] Dévoilés et interprétés, ils peuvent prendre une valeur symbolique [III].

I. Inclure les objets technologiques dans l’œuvre : comment et dans quel but ?

1. La technologie pour décrire la société et « faire vrai »

Les objets technologiques font partie de la réalité. Or, si l’art a pour but de restituer cette réalité, il faut les intégrer dans la création : grâce à eux, écrivains et artistes donnent une image plus authentique de la société moderne dans sa réalité scientifique et industrielle. Ex. : le poète Émile Verhaeren décrit les machines à vapeur, les métiers à tisser dans « Les Usines » ; en peinture : les tableaux La Locomotive ou Le Train sous la neige, de Claude Monet, les locomotives de Turner ; en musique : Pacific 231, de Honegger, accompagne le film La Roue d’Abel Gance, inspiré par la révolution technologique du début du xxe siècle.

Mieux encore : dans une œuvre fictive, l’objet technologique crée l’illusion du vrai : Zola et la révolution industrielle (la Lison dans La Bête humaine, l’alambic dans L’Assommoir).

Il peut aussi servir à mettre en valeur l’inventivité de son créateur : dans le poème « Avion », Apollinaire rend hommage à Adler.

2. Donner à l’objet un rôle dans l’économie de l’œuvre

Sans quil en soit le sujet, lobjet technologique peut servir de fil conducteur à toute lœuvre : dans le poème « La Prose du Transsibérien », le train est le fil dAriane du récit et de la méditation de Blaise Cendrars.

Les artistes et les écrivains peuvent lui donner un rôle dans la trame narrative de leur œuvre, parfois comme personnage ou sujet principal (la Lison dans La Bête humaine, de Zola ; les robots, en littérature et au cinéma ; l’ordinateur Hall-9000 dans 2001, L’Odyssée de l’espace, de Kubrick ; la sculpture « Consigne à vie » [1985], d’Arman, accumulation de valises en bronze), parfois comme adjuvants (le Nautilus), ou obstacles/opposants (l’alambic dans L’Assommoir, de Zola).

Il peut aussi éclairer les autres personnages d’un roman : le Nautilus en dit long sur Nemo ; les engins qui peuplent les récits de la deuxième moitié du xixe siècle s’humanisent par leur relation particulière avec l’un des personnages et sont ainsi dévoilés par les humains : les frontières de l’objet et de l’humain sont modifiées par le traitement métaphorique (la Lison, dans La Bête humaine, est à la fois objet et femme).

3. Montrer le potentiel artistique de ces objets

L’artiste peut aussi présenter l’objet technologique comme un chef-d’œuvre mécanique (le bateau La Durande dans Les Travailleurs de la mer, chez Hugo).

L’objet technologique peut également être présenté comme un prodige de fantaisie, qui concurrence les objets d’art : le Nautilus ; le gigantesque éléphant à vapeur amphibie de La Maison à vapeur, de Verne ; la Station centrale de Robida ; dans Consigne à vie, les valises empilées par Arman sont élevées, par la noblesse du bronze et par leur agencement, au rang de statue classique.

II. Transformer les objets technologiques : comment et dans quel but ?

1. Créer des mondes imaginaires pour faire rêver

L’objet est alors un tremplin de création, qui stimule la fantaisie, crée la poésie, et parfois même l’humour : les Montres molles, de Dali.

Ils sont parfois créés par des assemblages d’éléments hétéroclites : la gravure de Robida, le « pianocktail » de Vian dans le roman L’Écume des jours.

Laissant le champ libre à une inventivité totale, ces créations à part entière font rêver et renvoient à des mondes imaginaires qui permettent l’évasion.

2. Transformer un objet pour créer un monde de science-fiction fascinant

En devançant la science par le mélange du présent et du futur : le « monstre » de Frankenstein ou le Prométhée moderne (roman de Mary Shelley), être assemblé avec des parties de chairs mortes (passé) qui prend vie (futur) ; la XFLR6, fusée lunaire à moteur atomique dans la bande-dessinée Objectif Lune dHergé.

En imaginant les applications futures d’une invention nouvelle pour tenter de résoudre la question du bonheur humain (machine qui abolit leffort, monde idéal, Tour de Serres).

En imaginant des mondes utopiques où sont repoussées les limites imposées à l’homme par la nature : conquête des mers (Verne) ou du cosmos (saga cinématographique de Star Wars, gravure de Robida).

3. Transformer un objet et s’interroger sur l’homme

L’objet technologique peut prendre une forte valeur argumentative :

de dénonciation, dans le présent : « Melancholia », de Hugo, montre les enfants sous « les meules », « les dents d’une machine sombre » ; Les Villes tentaculaires, de Verhaeren ; Germinal, de Zola ; « Les machines » de Maurice Carême « Qui nous broient dans leurs rets » ;

d’avertissement sur les dérives scientifiques et humaines, dans le futur, quant aux implications de nos inventions : clonage, manipulations génétiques : Le Meilleur des mondes d’Huxley ou 1984 d’Orwell ; Bienvenue à Gattaca de Niccol, avec sa société technologique qui pratique l’eugénisme ; l’engin de mort nucléaire dans Docteur Folamour de Kubrick ; les hubots, envahisseurs mi-humains mi-robots, de la série Real Humans, qui ont un port USB sur la nuque.

III. Détourner un objet et lui donner un nouveau sens

1. Dévoiler l’objet en « prenant son parti », le faire découvrir

En en montrant les aspects cachés : « Le poêle », « La radio », de Ponge ; les Tour Eiffel de Delaunay ; Les Mariés de la tour Eiffel de Chagall ; le calligramme « Tour Eiffel » d’Apollinaire, transformé en « bergère » dans « Zone ».

En le détournant de sa fonction première pour surprendre : compressions de voitures de César ; selle de vélo devenant une tête de taureau chez Picasso.

2. Donner à l’objet un nouveau sens, souvent symbolique

Conseil

Faites-vous un « stock » de références artistiques variées, pas seulement littéraires, pour enrichir aussi bien une dissertation qu’une écriture d’invention.

En y « voyant » autre chose : le peintre plasticien Duchamp crée Roue de bicyclette (une roue pouvant tourner fixée sur un tabouret) et explique : « J’aimais la regarder comme j’aime regarder le mouvement d’un feu de cheminée. »

En lui donnant une valeur symbolique : les Montres molles, de Dali, symbolisent le temps qui (s’é)coule ; « L’Horloge » de Baudelaire est une allégorie qui renvoie au combat de l’homme contre le temps qui passe ; L’Heure de tous, la sculpture d’Arman, peut prêter à interprétation : si l’heure est différente pour tous, le temps est le même pour tous, ou représenter la tyrannie du temps. L’alambic de L’Assommoir (Zola) symbolise les dangers que fait courir l’alcool à toute la société.

3. Le paradoxe résolu : l’interaction entre la technologie et l’art

Ces utilisations et ces « traitements » montrent que les objets technologiques peuvent inspirer et enrichir la création littéraire et artistique. Par un va-et-vient constant, ces deux domaines interagissent et senrichissent lun lautre.

L’art, la littérature peuvent aussi être source d’inspiration pour la technologie et la science qui y puisent des idées : Jules Verne avait prédit (et inspiré ?) la société qui allait naître ; Asimov, dans Le Cycle des robots, invente le mot robotique et préfigure nos robots actuels.

Conclusion

[Synthèse] Malgré l’apparent hiatus entre technique et art, l’artiste ne doit pas négliger les ressources de l’objet technologique pour créer et rendre son œuvre plus convaincante ou plus profonde. [Ouverture] Dans son roman d’anticipation Travail, Zola peint la fondation d’une société idéale par l’alliance de la science, de l’industrie et des arts. Mais, en en faisant une utopie, il rappelle la situation contradictoire de l’écrivain face à la réalité du monde moderne et la difficulté du « travail » pour le transmuer en objet… d’art.