Composez une scène de théâtre qui rende compte de l’incommunicabilité entre les êtres

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re L - 1re S | Thème(s) : L'écriture d'invention - Le théâtre, texte et représentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
L’incommunicabilité
 
 

L’incommunicabilité • Invention

Corrigé

40

Question de l’homme

fra1_1100_00_23C

 

Sujet inédit

la question de l’homme • 16 points

Écriture d’invention

> Composez une scène de théâtre qui, sur un ton comique ou sur un ton sérieux, rende compte de l’incommunicabilité entre les êtres.

Comprendre le sujet

Faites la « définition » du texte à produire pour repérer les contraintes.

Scène de théâtre (genre), comique ou sérieux (registres), pour rendre compte de l’impossibilité des hommes à communiquer (but).

Chercher des idées

Vous avez une grande marge de choix.

  • Les personnages : vous devez leur donner une identité précise et un nom.
  • Les circonstances : Quand ? Vous avez le choix, mais le thème de l’incommunicabilité entre les êtres étant plutôt contemporain, la scène peut se passer de nos jours.
  • Le registre : la consigne exige de choisir entre « comique » ou « sérieux ». Une fois le registre choisi, vous devez faire la liste des faits d’écriture de ce registre et les utiliser. Par exemple, les procédés comiques : l’exagération (caricature), le jeu sur les mots, la répétition, le comique de gestes… Les didascalies peuvent aider à faire imaginer le comique de gestes ou la traduction physique du registre « sérieux ».
  • Le niveau de langue : il dépend des interlocuteurs choisis, mais il doit être correct.
  • La dynamique théâtrale : le début doit justifier la rencontre, en faire comprendre très brièvement les circonstances, et donner l’identité des personnages ; dialogue dynamique et vif ; chute (donner une fin à la scène).
  • L’« incommunicabilité » : elle peut être due au sentiment de sa différence (« L’Étranger »), à une idée fixe (La Leçon), à une obsession de l’un des interlocuteurs, à une forte émotion, à l’indifférence aux propos d’autrui (La Leçon ; voir aussi le texte de Camus dans le sujet d’oral n° 4), à l’impossibilité de trouver les mots pour dire ses émotions (Lambeaux), à l’ambiguïté des mots (quiproquo).

> Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

> La question de l’homme : voir lexique des notions.

Corrigé

Nous proposons une scène comique contemporaine, dans laquelle l’absence de communication est due à l’idée fixe d’un des personnages (M. Rimbert).

M. Rimbert, son ami M. Destouches

La scène figure une cage d’escalier avec un ascenseur, dans laquelle se trouvent M. Rimbert et son ami. M. Rimbert a autour du cou une souris informatique qui pend à un câble doré. Une partie de la conversation se déroule dans l’ascenseur dont la porte reste ouverte.

M. Rimbert. – Vous êtes bien bon d’être venu me chercher. En fait, si je vous ai fait venir, c’est que j’ai une révélation importante à vous faire et c’est avec vous, mon ami de toujours, que je veux la partager en premier.

M. Destouches. – Quelque chose de grave ? Un ennui ?

M. Rimbert. – Mais non ! Je viens de m’inscrire aux Cours de la Souris. Mais attendez, je réfléchis… je clique sur « Démarrer », je sélectionne « Programme », « Mes documents », je choisis « Propriétés », le sous-menu « Confidentialité » s’ouvre, je valide…

M. Destouches. – Démarrer : mais l’ascenseur est là ; inutile d’appuyer sur « Démarrer ».

M. Rimbert, mécaniquement, mais avec un certain entrain. – Je consulte l’historique…

M. Destouches. – « Historique » : ah ! vous vous initiez à l’histoire ?

M. Rimbert. – Je clique sur « Moteur de recherche ».

M. Destouches. – Ah ! ce sont des cours de conduite ?

M. Rimbert. – Dans le menu « Fichier », je clique sur « fermer », menu « Démarrer »…

M. Destouches. – Mais alors, c’est de la gastronomie ?

M. Rimbert. – … et je ferme la session !

M. Destouches, hagard. – Non ? Vous vous lancez dans la politique ?

M. Rimbert, très absorbé. – Vous pourriez attendre que j’active mon exercice, cher ami… Car si vous m’aviez perturbé pendant cette simulation mentale…

M. Destouches, à part. – Un problème mental, à n’en pas douter !

M. Rimbert continue, imperturbable, d’une voix blanche. – … de session informatique, j’aurais peut-être commis une erreur fatale et mis en péril mon cher processeur.

M. Destouches. – Votre cher professeur ? Quel professeur ?

M. Rimbert. – Silence ! Savez-vous quelle merveille est un ordinateur ?

M. Destouches. – Oui, mais, mon ami, venez-en au fait ! Pour l’instant vous êtes dans un ascenseur, vous n’avez pas d’ordinateur et…

M. Rimbert. – Ah béotien que vous êtes ! Pour les savants comme nous, informaticiens chevronnés, hackers impitoyables, l’ordinateur est bien plus qu’une machine : c’est un compagnon qui ouvre les portes du savoir.

M. Destouches. – C’est donc de l’informatique que vous étudiez ? Que ne l’avez-vous dit dès l’abord !

M. Rimbert. – Figurez-vous que je viens d’être introduit dans cette sphère si choisie, quand ce matin j’ai acheté mon premier ordinateur : 1,8 gigahertz, 256 de RAM, lecteur DVD, CD, graveur, des gigabytes, des octets, des pixels… Ces mots me font rêver ! Essayez donc, vous, de dire « gigahertz » !

M. Destouches, complètement déconcerté. – Pardon ?

M. Rimbert. – Allez, dites un peu « gigaghertz » pour voir… Ce mot vous emplit d’une sensation de puissance…

M. Destouches, refusant de s’exécuter. – Mais, dites-moi, cher ami, c’est une souris que vous portez autour du cou ?

M. Rimbert. – Elle vous plaît, n’est-ce pas ? Article japonais, très rare… C’est qu’il faut vivre avec son temps, se cybernétiser ! Les bijoux, les chaînes, ça fait désuet. Avec une souris autour du cou, je mêle l’utile à l’agréable et je montre au monde que je suis dans la course informatique.

M. Destouches, à part. – La course info…

Ils sortent de l’ascenseur ; M. Rimbert s’emballe…

M. Rimbert. – Parfaitement ! Hier encore, j’étais un homme comme les autres, avec une petite vie médiocre ! Mais aujourd’hui mon épanouissement commence grâce à la Trinité du clavier, de l’écran et de l’unité centrale…

Il entonne quelques notes d’un chant grégorien.

M. Destouches, à part. – Il est fou à lier ! Haut : En somme, vous ne ­connaissez rien à la micro-informatique…

M. Rimbert. – La micro-informatique n’est qu’une petite partie de l’Internet.

M. Destouches. – Mais, c’est absurde ! Vous comparez des choses incomparables : l’une est technique, l’autre est un concept.

M. Rimbert, l’air ahuri. – Mais, cher ami, si l’Internet est un concept, comment expliquez-vous qu’on y « navigue » ? Non, c’est un univers mystique, une sorte de grand cosmos où les éclairés dont je fais partie flottent et baignent dans une toile d’informations… Je me sens souris, je me sens araignée, … Vous ignorez le plaisir intense de caresser des touches…

M. Destouches. – Je vous en prie, modérez vos ardeurs ! Mais dites-moi, sans vouloir vous froisser, avez-vous seulement consulté quelqu’un qui puisse clarifier le fouillis intellectuel dans lequel vous vous trouvez ?

M. Rimbert. – Le vendeur m’a bien dit d’« acheter un mel », mais l’achat de mon ordinateur m’avait déjà laissé sans le sou…

M. Destouches, à part. – « Acheter un mel » ? Ah ! HTML ! Haut : Mais c’est une catastrophe !

M. Rimbert. – Mais, non, ne vous tracassez pas, j’en achèterai un le mois prochain. Je progresse si vite ! Et puis, mon disque a beau être dur, d’ici une bonne semaine, il devrait être plus souple. Mais voyez-vous, sans vouloir vous vexer, si c’est avec vous que j’ai voulu partagé la primeur de tout cela, c’est que j’ai senti que dans votre nom il y avait une certaine prédestination. Destouches ! Ah je donnerais des millions pour porter ce nom ! Je voulais vous demander si nous ne pourrions pas échanger nos noms… Mais vous avez l’air interdit !

M. Destouches. – Non, ce n’est rien, je vous ramène chez vous… et pour ce soir, je vous conseille de cliquer sur « fermer ».

M. Rimbert. – Ah vous voyez, vous êtes converti, la grâce vous a touché ! Je le savais bien, que vous étiez prédestiné…

M. Rimbert, ravi, se laisse emmener.