Conditions climatiques et survie des néandertaliens

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Atmosphère, hydrosphère, climats
Type : Pratique du raisonnement scientifique 2 | Année : 2013 | Académie : Afrique
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Conditions climatiques et survie des néandertaliens

Atmosphère, hydrosphère, climat

Corrigé

44

Spécialité

svtT_1306_01_02C

Afrique • Juin 2013

pratique du raisonnement scientifique

Exercice 2 • 5 points

Quand Homo sapiens arrive en Europe il y a 40 000 ans, cela fait longtemps qu’Homo neanderthalensis y est présent. Les deux populations vont vivre au même moment sur les mêmes territoires. Puis Neandertal disparaît, sauf dans le sud de la péninsule ibérique, où il subsiste encore 1 500 ans. L’hypothèse avancée pour expliquer la persistance d’Homo neanderthalensis dans le sud de la péninsule ibérique est qu’il a été favorisé par l’aridité entre 39 000 et 38 000 ans avant le présent (événement de Heinrich, moustérien), une aridité qui aurait momentanément arrêté l’arrivée d’Homo sapiens dans cette région.

> À partir de l’exploitation des documents fournis, montrez le bien-fondé de cette hypothèse pour expliquer la persistance de Neandertal dans le sud de la péninsule ibérique.

Document 1

Conditions climatiques présentes au niveau de la péninsule ibérique entre – 41 000 ans et – 34 000 ans

GI 7 et GI 8 (GI pour interstadiaire du Groenland) et HS 4 (HS pour stadiaire de Heinrich) traduisent des périodes de variation climatique mises en évidence dans les carottes glaciaires du Groenland.


Document 2

Distribution calculée d’Homo neanderthalensis (à gauche) et d’Homo sapiens (à droite) à trois époques distinctes

La cartographie des régions les plus susceptibles de voir subsister l’une et l’autre espèce résulte d’une projection informatique reposant sur l’utilisation de dix modèles. Les deux nuances de rouge correspondent au nombre de modèles utilisés qui confirment l’habitabilité des deux espèces considérées (rouge clair : 1 à 9 modèles utilisés sur 10, rouge foncé : tous les modèles).

Période GI8 de – 36 500 ans à – 38 600 ans

Période HS4 de – 38 600 ans à – 40 200 ans

Période pré-HS4 > – 40 200 ans

La méthode utilisée prend en compte la localisation des sites archéologiques datés par carbone 14, les informations géographiques et les simulations à haute résolution des différents climats en Europe par le passé.

Elle utilise ensuite une combinaison d’algorithmes prédictifs, analyse la relation existante entre les sites archéologiques attribuables par leur culture à chacune de ces humanités (néandertaliens et hommes anatomiquement modernes) et les données paléo-environnementales contemporaines pour prédire la région dans laquelle ces cultures pouvaient subsister.

D’après Banks et d’Errico, laboratoire PACEA/PLoS ONE

Document 3

Distribution réelle (en haut) et calculée (en bas) d’Homo neanderthalensis au cours de la phase GI 8


D’après Banks et d’Errico, laboratoire PACEA/PLoS ONE

Comprendre le sujet

  • Les documents renferment plus d’informations qu’il n’est nécessaire pour répondre à la question posée. Il ne s’agit pas de faire une analyse exhaustive de chaque document, mais d’en extraire les seules informations pertinentes en relation avec la question à résoudre. Ensuite, il faut s’efforcer de relier ces différentes informations en un ensemble cohérent.
  • L’hypothèse proposée implique que, durant la période - 39 000 à - 38 000 ans, le climat a été aride dans le sud de la péninsule ibérique, ce qui n’était pas le cas du nord de la péninsule ibérique et de l’Europe plus globalement. Il faut donc exploiter le document 1 pour voir si cette affirmation est validée.
  • Le document 2 permet d’étudier les conséquences potentielles de cet épisode climatique sur les populations de néandertaliens et de sapiens, notamment de préciser l’originalité du peuplement du sud de l’Ibérie : c’est une région uniquement peuplée par les néandertaliens, contrairement aux autres régions de l’Europe.
  • Le document 3 permet de montrer indirectement l’influence des sapiens sur la disparition des néandertaliens et, par là, d’expliquer pourquoi les néandertaliens ont persisté plus longtemps dans le sud de la péninsule ibérique qu’ailleurs.

Mobiliser ses connaissances

  • La palynologie permet une reconstitution fine des variations climatiques du passé dans une région, et cela pendant quelques milliers d’années.
  • L’homme de Neandertal a occupé l’Europe, l’ouest de l’Asie et le Moyen-Orient de 250 000 ans environ à un peu moins de 40 000 ans. À partir de l’Afrique, Homo sapiens a colonisé les diverses régions du monde, et notamment l’Europe, à partir de 40 000 ans environ.
Corrigé

Introduction

Les hommes de Neandertal ont cohabité avec les Homo sapiens à partir de – 40 000 ans. Puis, le dernier territoire qu’ils occupent se limite au sud de la péninsule ibérique. On a pensé que des facteurs environnementaux, donc climatiques, avaient permis la persistance temporaire de ces populations de néandertaliens entre – 39 000 et – 37 000 ans avant leur extinction progressive.

A. Originalité du climat du sud de la péninsule ibérique entre – 39 000 et – 37 500 ans

  • Le document 1 nous montre que, à la fin de la période HS4 (entre – 39 000 et – 38 200), la majorité des plantes étaient de type semi-désertique au sud-ouest de la péninsule ibérique, alors qu’au nord-ouest la fréquence de ces plantes était pratiquement nulle.

Durant cette période, le climat de la région sud-ouest est donc caractérisé par une forte aridité. Cette caractéristique du climat a-t-elle favorisé la persistance de populations de néandertaliens dans cette région ?

B. L’occupation de la péninsule ibérique par les Homo sapiens et les néandertaliens durant la période considérée

  • Avant la période HS4, les documents 2f et 2e indiquent que les Homo sapiens sont totalement absents dans la région sud-ouest de la péninsule ibérique alors que les néandertaliens y sont faiblement présents.
  • Durant la période considérée (– 39 000 à – 37 500) les Homo sapiens occupent nettement le nord de la péninsule (2d) mais sont toujours totalement absents dans le sud. En revanche (2c), cette région est nettement occupé par les néandertaliens.

Durant cette période, l’originalité du peuplement du sud de la péninsule ibérique réside dans le fait que néandertaliens et Homo sapiens ne cohabitent pas.

On peut penser que les néandertaliens ont été capables de s’adapter au climat semi-désertique, contrairement aux Homo sapiens.

C. Le réchauffement climatique et l’extinction des derniers néandertaliens

  • Le document 1 montre que la période Gl 8 (à partir de - 38 200) est globalement marquée, au sud-ouest de la péninsule ibérique, par un changement climatique : la régression du climat semi-désertique liée à un réchauffement (diminution des plantes semi-désertiques et développement des Éricacées).
  • Le document 2b montre que les Homo sapiens ont alors, à la faveur de ce changement climatique, envahi le sud de la péninsule ibérique vers - 38 000.
  • Les derniers néandertaliens ont donc vécu, dans cette région, séparés des Homo sapiens durant environ 1 500 ans.
  • Le document 3 (calculé) indique que les conditions climatiques durant la phase Gl 8 étaient parfaitement compatibles avec l’occupation de toute l’Europe aussi bien par les néandertaliens que par les Homo sapiens.

Or, le document 3 (réel) montre que, globalement, les néandertaliens ont pratiquement disparu d’Europe, ne persistant faiblement qu’en quelques régions, dont le sud de la péninsule ibérique. Ils s’éteindront totalement vers – 28 000.

Conclusion

La cohabitation entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens s’est traduite dans toute l’Europe par la disparition des néandertaliens alors que les conditions climatiques (environnementales) permettaient leur survie.

C’est sans doute la présence des Homo sapiens qui a entraîné la disparition des hommes de Neandertal.

La compétition entre les Homo sapiens et les néandertaliens n’a pas eu lieu dans le sud de la péninsule ibérique durant la période où cette région a été soumise à un climat semi-désertique. Elle a commencé lors de la phase de réchauffement qui a suivi, jusqu’à l’extinction finale des néandertaliens. Les derniers à disparaître furent ceux du sud de la péninsule ibérique car, durant la phase HS4, les conditions climatiques les ont protégés des Homo sapiens.