Coût du travail et chômage

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Travail, emploi, chômage
Type : Dissertation | Année : 2014 | Académie : Polynésie française
Corpus Corpus 1
Coût du travail et chômage

Travail, emploi, chômage

sesT_1409_13_03C

Ens. spécifique

43

Polynésie française • Septembre 2014

dissertation • 20 points

> Dans quelle mesure la baisse du coût du travail permet-elle de réduire le chômage ?

 Document 1

La solution retenue depuis 1993 a été celle de l’extension des exoné­rations1 de cotisations sociales. Il existe 54 dispositifs pour un coût total de 32 milliards (par an). [ …] Les entreprises bénéficient d’une réduction de cotisations sociales sur les bas salaires, de 26 points de pourcentage des cotisations employeurs pour les travailleurs au salaire minimum, qui décroît linéairement jusqu’à 1,6 fois le SMIC2. Ceci réduit de 18,6 % le coût du salaire minimum. De plus, les travailleurs au salaire minimum perçoivent une prime pour l’emploi (de 7,7 % du salaire au maximum) pour creuser l’écart entre le salaire minimum et le RSA3. Le coût des allègements de cotisations sociales était de l’ordre de 21,4 milliards d’euros en 2011.

Henri Sterdyniak, « Compétitivité, le choc illusoire... Faut-il réformer le financement de la protection sociale ? », Note de l’OFCE, 2012.

1. Exonération : suppression.

2. SMIC : salaire minimum interprofessionnel de croissance.

3. RSA : revenu de solidarité active.

 Document 2 Coût de la main-d’œuvre1 par heure et productivité du travail en 2012
 

Pays

Niveau du coût de la main-d’œuvre par heure en 2012 (en €)

Productivité de la main-d’œuvre par heure travaillée en 2012 (en € par heure)

France

34,2

45,4

Allemagne

30,5

42,6

Pologne

7,4

10,4

Estonie

8,4

11,2

Espagne

21

31,5

Royaume-Uni

21,6

39,3

Union 27 pays

23,4

32,2

 

Source : Eurostat, 2013.

1. Coût de la main-d’œuvre : salaires + charges sociales.

 Document 3 Taux de chômage dans quelques pays de l’OCDE
 

En %

2010

2011

2012

20131

Union européenne

9,7

9,7

10,5

11

OCDE Total

8,3

8

8

8,04

France

9,7

9,6

10,2

10,8

Allemagne

7,1

6

5,5

5,4

Pologne

9,7

9,7

10,1

10,6

Estonie

16,9

12,6

10,1

9,3

Espagne

20,1

21,6

25,1

26,5

Royaume-Uni

7,8

8

7,9

7,7

États-Unis

9,6

9

8,1

7,7

 

Source : OCDE, 2013.

1. Données du premier trimestre 2013.

 Document 4 Évolution des dépenses de consommation en volume et du pouvoir d’achat du revenu disponible brut1 en France entre 2006 et 2012 (en %)
 

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

Dépense de consommation des ménages (en volume)

2,2

2,3

0,3

0,1

1,5

0,5

− 0,4

Pouvoir d’achat du revenu disponible brut2

2,5

3,0

0,4

1,2

0,9

0,7

− 0,9

 

Source : « La consommation des ménages en berne en 2012 », Insee Première, juin 2013.

1. Le revenu disponible brut est le revenu à la disposition des ménages pour la consommation et l’épargne.

2. L’évolution du pouvoir d’achat du revenu disponible brut rapporte l’évolution du revenu disponible brut à celle du prix des dépenses de consommation finale des ménages.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

  • Le coût du travail correspond au coût salarial principalement composé du salaire brut et des cotisations sociales versées par les entreprises.
  • Le chômage est la situation d’un actif qui est sans emploi et qui en recherche un activement.

Dégager la problématique

La formulation du sujet (« dans quelle mesure ») incite à montrer que la baisse du coût du travail peut entraîner une baisse du chômage, mais qu’il existe des limites à cette relation de cause à effet.

Exploiter les documents

  • Le document 1 traite des mesures adoptées depuis 1993 pour baisser le coût du travail en France. Elles privilégient la baisse des cotisations sociales sur les bas salaires, notamment le SMIC et les salaires proches de ce salaire minimum. Dans le même temps, les salariés concernés perçoivent une prime pour l’emploi permettant de maintenir une différence non négligeable entre leur salaire et le revenu minimum, c’est-à-dire le RSA (Revenu de solidarité active) socle en France.
  • Le document 2 permet de comparer le coût de la main-d’œuvre et sa productivité en 2012 pour quelques pays de l’Union européenne (UE). On constate une corrélation entre le coût du travail et la productivité du travail, et dans tous les pays de l’UE le premier est inférieur au second. Ainsi, si la France a le coût le plus élevé, sa productivité du travail est également la plus importante. A contrario, la Pologne a le coût et la productivité les moins élevés. C’est au Royaume-Uni que l’écart entre coût et productivité du travail est le plus important en valeur absolue.
  • Le document 3 met en évidence la hausse quasi généralisée du chômage dans l’UE entre 2010 et 2013, sauf pour l’Allemagne et l’Estonie où le chômage a baissé, et pour le Royaume-Uni où il a stagné.
  • Le document 4 porte sur l’évolution de la consommation et du pouvoir d’achat en France entre 2006 et 2012. Après 2007, la croissance de la consommation baisse et elle devient même négative en 2012. L’évolution du pouvoir d’achat suit, à peu près, la même tendance.

Définir le plan

On expliquera, dans une première partie, comment la baisse du coût du travail peut faire baisser le chômage puis, dans une seconde partie, quelles sont les limites de cette relation.

Corrigé
Corrigé

Introduction

  • L’année 2014 a été marquée en France par une augmentation incessante du chômage, c’est-à-dire une augmentation du nombre d’actifs sans emploi qui en recherchent un activement. Cette évolution irrésistible traduit la situation du marché du travail depuis les années 1980, situation aggravée par la crise financière de 2008. Les pouvoirs publics, depuis près de vingt ans, tentent de lutter contre le chômage, notamment en prenant des mesures pour baisser le coût du travail, constitué des salaires bruts et des cotisations sociales. Dès lors, on peut se demander dans quelle mesure la réduction du coût du travail permet de réduire le chômage.
  • Pour répondre à la question, nous montrerons tout d’abord comment la baisse du coût du travail peut réduire le chômage, puis nous étudierons ensuite pourquoi cette baisse du coût du travail se révèle insuffisante pour endiguer la hausse du chômage.

I. La baisse du coût du travail peut réduire le chômage

1. La baisse du coût du travail améliore la compétitivité des entreprises

  • Selon l’analyse néo-classique, le chômage s’explique par le coût du travail. La création d’emplois dépend du coûtsalarial et de la productivité marginale du travail. Si celle-ci est supérieure au coût du travail, les entreprises augmenteront leur demande de travail pouvant entraîner la baisse du chômage, à condition que l’augmentation du nombre d’actifs soit moins importante que celle du nombre d’emplois. Ainsi, le coût de la main-d’œuvre, en 2012, dans les pays de l’Union européenne, reste inférieur à la productivité du travail, notamment au Royaume-Uni où l’écart entre les deux est de 17,7 euros (document 2). Ce pays a également le taux de chômage parmi les moins élevés : 7,7 % en 2012 (document 3).
  • En France, la réduction du coût du travail a été obtenue par la baisse des cotisations sociales versées par les entreprises sur les salaires bruts proches du SMIC. Ainsi, la réduction des cotisations sociales a permis une baisse de 18,6 % du coût du salaire minimum (document 1).
  • Cette baisse peut favoriser la baisse des prix, améliorant la compétitivité-prix de l’économie nationale. En outre, l’amélioration des marges des entreprises a des effets positifs sur l’investissement, d’où une amélioration de la compétitivité-hors prix. Il en résulte des créations d’emplois et une baisse éventuelle du chômage.

2. La baisse du coût du travail peut modifier la combinaison productive

  • La baisse du coût du travail peut modifier la combinaison productive. En effet, celle-ci dépend du coût relatif des facteurs de production, travail et capital. Si ces facteurs sont substituables, la baisse du coût du travail peut encourager les entreprises à opter pour des combinaisons utilisant plus de travail et moins de capital, favorisant ainsi la création d’emplois et la baisse du chômage.
  • Les nouvelles combinaisons productives peuvent permettre l’embauche de salariés moins qualifiés qui ont des salaires proches du salaire minimum. Or, les moins qualifiés sont les actifs les plus touchés par le chômage, notamment celui de longue durée. Ces chômeurs voient leur revenu augmenter, ce qui peut se traduire par une hausse de la consommation et donc de la production. Il s’ensuit une accélération de la croissance économique déterminante pour la réduction du chômage.

II. Les effets de la baisse du coût du travail sur le chômage présentent des limites

1. La baisse du coût du travail peut avoir des effets négatifs sur la demande globale

  • Même si le coût du travail reste inférieur à la productivité du travail, le chômage, notamment dans l’UE, reste à un niveau élevé. Ainsi, depuis 2010, le taux de chômage a augmenté de 1,3 point dans l’UE, surtout en Espagne où il a connu une hausse de près de 20 % entre 2010 et 2013 (document 3).
  • En France, la dépense de consommation des ménages a baissé de 0,4 % en 2012. On peut l’expliquer par une baisse du pouvoir d’achat du revenu disponible brut de 0,9 % la même année (document 4). Dès lors, le niveau de consommation est insuffisant pour entretenir la croissance économique, car les entreprises n’investissent plus faute de débouchés, et la création d’emplois reste insuffisante pour faire baisser le chômage. Cette évolution peut s’expliquer par les mesures prises pour baisser le coût du travail. En effet, l’allègement des cotisations sociales pour les emplois proches du SMIC incite les entreprises à créer des emplois avec des niveaux de salaire faibles, limitant ainsi la progression du pouvoir d’achat des salaires. En outre, un niveau élevé de chômage encourage la hausse d’une épargne de précaution des ménages.
  • Pour ce qui concerne l’UE, les politiques visant à réduire les déficits publics empêchent une possible politique de relance pour accroître la demande anticipée. À l’inverse, les États-Unis ont mené une politique de relance et ont connu une baisse du taux de chômage de près de deux points entre 2010 et 2013 (document 3).

2. La baisse des cotisations sociales peut freiner la création d’emplois

  • La baisse des cotisations sociales sur les emplois les moins qualifiés incitent les entreprises à créer des emplois peuqualifiés. Il en résulte une modification de la structure des emplois n’encourageant pas les entreprises à innover, ce qui freine l’amélioration de la compétitivité de l’économie.
  • Les emplois peu qualifiés sont ceux qui ont un niveau de productivité faible. Dès lors, ce type d’emplois peut freiner les gains de productivité et la croissance économique, ralentissement aggravé par la faiblesse de l’innovation.
  • La baisse des cotisations entraîne une baisse des recettes pour financer la protection sociale alors que des dépenses nouvelles sont engagées, notamment la prime pour l’emploi (document 1) qui a pour objectif d’inciter les chômeurs à occuper un emploi.
  • Dans un contexte de limitation des dépenses publiques, les pouvoirs publics vont limiter certaines dépenses sociales avec des effets négatifs sur la demande et donc sur la croissance économique.

Conclusion

  • Dans un contexte économique caractérisé par le chômage de masse, les pouvoirs publics, notamment en France, ont choisi de privilégier la baisse du coût du travail pour créer des emplois, espérant ainsi faire baisser le chômage. L’idée, conforme aux principes libéraux de l’analyse économique, est de rendre plus compétitives les économies nationales favorisant ainsi la croissance et la création d’emplois. En outre, cette baisse doit permettre de freiner le processus de substitution du capital au travail. Cependant, ces mesures ont des limites. Il peut en résulter une baisse du pouvoird’achat des ménages ainsi qu’un ralentissement des gains de productivité qui ont des effets négatifs sur l’emploi.
  • Si la baisse du coût du travail ne peut être la solution unique au problème du chômage, on peut se demander quelles sont les autres mesures pouvant mettre fin à ce que certains qualifient de « cancer social ».