Croissance économique et développement durable

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Économie du développement durable
Type : Dissertation | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Croissance économique et développement durable

Économie du développement durable

Corrigé

22

Ens. spécifique

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Sujet inédit

dissertation • 20 points

> Comment concilier croissance économique et développement durable ?

Document 1

Les inégalités dans le monde


Isabelle Bensidoun et Agnès Chevallier, « Inégalités dans le monde :
poids et mesures », La Lettre du CEPII, février 2005.

1. Les inégalités internationales mesurent les inégalités entre pays en accordant à chacun des pays un poids correspondant à sa part dans la population mondiale.

2. Les inégalités entre pays mesurent les écarts de PIB par tête évalués en dollars en parité de pouvoir d’achat.

3. L’indice de Theil est une mesure des inégalités de revenus. Lorsqu’il augmente, les inégalités sont plus importantes.

Document 2

Évolution des émissions mondiales
liées à la combustion de l’énergie


Source : Agence internationale de l’énergie.

Document 3

Le 16 février 2005, le protocole de Kyoto est enfin entré en vigueur. Ce texte, élaboré en 1997, stipule que la quarantaine de pays industrialisés signataires doivent réduire de 5 % en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012, par rapport aux niveaux de 1990. Ces gaz sont considérés comme les principaux responsables du réchauffement de la planète. […]

Principale conséquence de l’entrée en vigueur du protocole : les pays industrialisés qui se sont engagés à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre ont maintenant l’obligation légale de le faire. Les contraintes diffèrent selon les pays : le Japon s’est engagé à réduire ses émissions de 6 %, la Russie à les stabiliser, l’Union européenne à les réduire de 8 %. En novembre 2001, à Marrakech, un système a été adopté afin de contraindre les signataires à respecter leurs engagements. Si les émissions d’un pays dépassent le seuil fixé sur une période, le dépassement doit être rattrapé pendant la période suivante avec une majoration de 30 %. Aucune pénalité financière n’a en revanche été prévue.

Le protocole de Kyoto prévoit également que les pays signataires peuvent échanger entre eux des montants d’émissions de CO2. Un pays qui a fait mieux que son objectif peut ainsi revendre à un autre les tonnes de CO2 qui lui restent. Dans chaque pays, le gouvernement peut distribuer une partie des droits d’émissions aux entreprises, qui les échangent ensuite entre elles. Une véritable « Bourse au CO2 » va donc naître, comparable aux marchés des matières premières. Il existe déjà un marché de ce type aux États-Unis pour les émissions de SO2 (dioxyde de soufre).

Marc Bertola, « Après le oui de Moscou : Kyoto c’est vraiment parti ? », Sciences actualités, 23 février 2005.

Entrer dans le sujet

Il est courant de mettre en relation les notions de croissance, d'indicateur de variation des richesses mesuré par l’augmentation du PIB réel, et de développement. Mais le développement durable est une notion plus restrictive que celle de développement. En effet, selon la commission Brundtland, le développement durable correspond au développement qui permet de satisfaire les besoins des générations présentes sans mettre en cause la satisfaction des besoins de générations futures.

Dégager la problématique

Le sujet peut prêter à confusion. En effet, il serait tentant de se demander si le développement durable est compatible avec la croissance économique. Or, le sujet postule la compatibilité, mais sous certaines conditions. La problématique du sujet demande de déterminer les conditions permettant de satisfaire les besoins des générations actuelles tout en évitant une dégradation de l’environnement et un épuisement des ressources naturelles non renouvelables pour les générations futures.

Exploiter les documents

Document 1

Il montre que, si les inégalités entre les pays augmentent depuis le début des années 1960, les inégalités internationales, qui prennent en compte le poids démographique de chaque pays, baissent du fait de l’émergence de l’économie chinoise.

Document 2

Ce graphique permet de faire un constat sur l’évolution des émissions polluantes dégradant l’environnement. Il montre le poids de plus en plus important des pays en développement. En effet, les émissions des pays hors OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) triplent quasiment entre 1971 et 2008, avec une multiplication par 8 pour la Chine, alors que la croissance est nettement plus faible pour les pays développés : un peu plus de 20 % au cours de la même période.

Document 3

Cet extrait porte sur le protocole de Kyoto. Celui-ci est entré en vigueur en 2005. Il impose aux pays signataires de ce protocole de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et il institue un marché d’émissions de CO2. Cependant, si ce protocole constitue un progrès, il n’est pas suffisant car les émissions de gaz à effet de serre devraient continuer à augmenter du fait du décollage économique des pays émergents. De plus, les États-Unis, principaux émetteurs, n’y ont pas adhéré.

Définir le plan

Grâce aux documents et aux connaissances personnelles, on peut définir deux parties : la première insistera sur le rôle du progrès technique pour concilier croissance et développement durable ; la seconde montrera que la compatibilité dépend de choix politiques.

Corrigé

Introduction

  • Les rapports sur les effets désastreux du changement climatique et du réchauffement de la planète soulèvent des débats passionnés. Cependant, un certain consensus émerge pour défendre une croissance économique compatible avec le développement durable. La question est alors de savoir comment cette compatibilité est possible.
  • La croissance économique est un indicateur de variation des richesses mesuré par l’augmentation du PIB réel. Le développement durable, défini par la commission Brundtland en 1987, correspond au développement qui permet de satisfaire les besoins des générations présentes sans mettre en cause la satisfaction des besoins des générations futures.
  • La question est donc de connaître les conditions qui pourraient rendre compatibles croissance économique et développement durable. Une première réponse à la compatibilité de la croissance et du développement durable tient au progrès technique, mais elle sera insuffisante s’il n’existe pas une véritable volonté politique.

I. Le progrès technique peut permettre de concilier croissance et développement durable

Depuis les années 1970, des études montrent les effets néfastes de la croissance sur l’environnement. Cependant, on peut montrer que l’absence de croissance nuit à l’environnement et que les progrès technologiques peuvent permettre de nuancer les conclusions sur les effets néfastes de la croissance.

1. L’absence de croissance peut conduire
à la dégradation de l’environnement

  • De nombreux pays ont utilisé d’une manière intensive leurs ressources naturelles (charbon, métaux précieux, etc.),  raison pour laquelle l’état de la planète se dégrade de façon générale. Ainsi, les émissions mondiales de CO2, néfastes pour la couche d’ozone, ont été multipliées, approximativement, par 3 entre 1971 et 2008 (document 2).
  • Cette situation est aggravée par le fait que le marché ne prend pas en compte les coûts environnementaux qui constituent des externalités négatives. Cependant, on peut observer que les pays les plus développés, depuis 1971, contribuent de moins en moins à cette émission car la Chine, pays émergent, a vu ses émissions multipliées par 8 (document 2). Dès lors, la problématique environnementale change de sens et elle se déplace vers celle de la pauvreté.
  • En règle générale, les pays pauvres, peu responsables des dégradations de l’environnement, ne sont pas prémunis contre les risques écologiques. Certaines dégradations ont une portée ­internationale (par exemple le réchauffement climatique), qui risque de toucher plus durement les pays pauvres. En effet, pour faire face à leurs besoins, les pays les moins développés utilisent des ­techniques fortement consommatrices d’eau ou d’énergie.

2. Le rôle du progrès technique

  • Le ralentissement de la croissance n’est pas un gage de développement durable. Ainsi, celui de l’UE s’est accompagné d’un accroissement de la consommation énergétique (document 1). Les exemples des pays émergents, Chine et Brésil, montrent que la croissance reste indispensable pour assurer les besoins essentiels des générations actuelles, ce qui est une condition du développement durable. Pour assurer la satisfaction des besoins des générations futures, il faut concilier croissance et préservation de l’environnement.
  •  Il faut développer, grâce au progrès technique, de nouvelles combinaisons productives moins consommatrices de ressources naturelles non renouvelables.
  • Les pays les plus riches ont des ressources qui peuvent permettre de financer des recherches afin de trouver de nouveaux procédés ou matériaux moins énergivores (consommation d’énergies renouvelables comme l’énergie éolienne ou solaire). Cette évolution nécessite une nouvelle révolution industrielle afin de réduire l’empreinte écologique. Ainsi, dans le cadre d’une conception de la durabilité faible, il est possible de substituer du capital artificiel et humain au capital naturel, préservant ainsi le niveau total de capitaux et le bien-être des populations à venir.
  • Si le progrès technique est un élément nécessaire pour concilier croissance et développement durable, il n'est pas suffisant sans une volonté politique forte.

II. La compatibilité de la croissance et du développement dépend de choix politiques

Si la pollution apparaît comme le résultat des défaillances du marché, l’État doit corriger les insuffisances de celui-ci. Cette intervention de l’État implique une volonté politique des pouvoirs publics tant au niveau international qu’au niveau national et/ou régional.

1. Au niveau international, le rôle de la solidarité entre les pays

  • Dans le protocole de Kyoto, adopté en 1997, les pays signataires s’engagent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5 % environ d’ici à 2012 et sur la mise en place d'un marché des droits à polluer (document 3). Cet accord international a été obtenu dans la douleur car certains pays comme les États-Unis ne l’ont pas signé et d’autres l’ont fait tardivement. 
  • Ce progrès marque un progrès dans la prise de conscience des effets d’une croissance trop gourmande en ressources non renouvelables, ce qu'illustre l’évolution des émissions de CO2 qui ont ralenti dans les pays développés, même aux États-Unis (document 2). Mais les difficultés pour renouveler ce protocole montrent que la volonté politique doit s’accompagner d’une véritable action pour réduire les inégalités dans la distribution des richesses au niveau mondial.
  • Les pays non développés sont réticents à renouveler un accord international engageant les pays à réduire leurs émissions de GES car la croissance est une condition pour assurer la satisfaction des besoins essentiels des générations actuelles.
  • Les pays riches ont une certaine responsabilité concernant la solidarité internationale, notamment quant aux droits de propriété intellectuelle sur les techno­logies favorisant une moindre consommation des ressources naturelles. 

2. Les politiques publiques nécessaires au niveau européen
et national

  • Parmi les pays les plus riches, ceux de l’UE ont une responsabilité majeure. La « stratégie de Lisbonne » a permi d'engager une démarche de développement durable visant à améliorer la qualité de l’environnement tout en renforçant la cohésion sociale et la croissance économique. Ainsi, en principe, l’Europe applique les normes environnementales parmi les plus strictes au monde, afin de lutter contre le changement climatique et de préserver la biodiversité. De plus, les objectifs de protection de l’environnement sont considérés comme des moyens pour stimuler l’innovation. Mais l’effort au niveau européen doit être répercuté au niveau national.
  • Les pays de l’UE agissent sur les comportements des consommateurs, notamment concernant le recyclage des déchets et l'usage de ressources renouvelables. 
  • Le développement durable implique une volonté politique forte. Il faut favoriser les transferts des technologies propres, ce qui suppose une remise en cause des droits de propriété sur le plan international.

Conclusion

  • Dans la perspective d’une durabilité faible, le progrès technique apparaît suffisant pour pouvoir résoudre les problèmes du développement durable. Cependant, il reste insuffisant s’il ne s’accompagne pas d’une volonté politique forte tant au niveau international qu’au niveau régional et/ou national.
  • Depuis la crise financière en 2008, le risque est de voir les problèmes du développement durable devenir mineurs par rapport au ralentissement de la croissance économique et à la montée du chômage.