Croissance économique et préservation de l'environnement

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Mondialisation et intégration européenne
Type : Dissertation | Année : 2015 | Académie : Pondichéry


Pondichéry • Avril 2015

dissertation • 20 points

Croissance économique et préservation de l’environnement

La croissance économique s’oppose-t-elle à la préservation de l’environnement ?

DOCUMENT 1 Changement économique et écologique planétaire au cours du xxe siècle

Données mondiales

Coefficient multiplicateur entre 1890 et 1990

Population

4

Population urbaine

13

Produit intérieur brut

14

Production industrielle

40

Consommation d’énergie

13

Émissions de dioxyde de carbone1

17

Émissions de dioxyde de soufre2

13

Consommation d’eau

9

Prises de poissons marins

35

Superficie des forêts

0,8

Source : d’après Laurent Éloi et Jacques Le Cacheux, Économie de l’environnement et économie écologique, 2012.

1. Dioxyde de carbone : CO2, gaz alimentant le réchauffement climatique.

2. Dioxyde de soufre : SO2, gaz polluant participant à la formation de pluies acides.

DOCUMENT 2 Nombre de tonnes de CO21 émises pour un million de dollars de richesses produites

sesT_1504_12_00C_01

Source : d’après l’Agence Internationale de l’Énergie, 2013.

1. CO2 : dioxyde de carbone, gaz alimentant le réchauffement climatique.

DOCUMENT 3

En 20121, la production des éco-activités* qui a atteint 85,0 milliards d’euros représente une part croissante de la production totale : 2,3 % en 2012 contre 2,2 % en 2011 avec 80,5 milliards d’euros. Ainsi, la production des éco-activités reste plus dynamique (+ 5,6 %) que l’ensemble de l’économie (+ 1,2 %). […]

Les éco-activités ont employé 447 500 personnes en « équivalent temps plein »2 en 2012. Les effectifs ont très peu augmenté entre 2011 et 2012 : + 0,3 % contre 0 % dans le reste de l’économie. Cependant, sur la période 2004-2012, l’évolution moyenne annuelle des effectifs reste très dynamique, + 3,9 % contre 0,3 % dans le reste de l’économie. […]

En 2012, la valeur ajoutée dans les éco-activités représente 1,8 % du PIB soit 32 milliards d’euros. Elle a augmenté de 8,5 % en un an contre 1,5 % dans le reste de l’économie. Les domaines des énergies renouvelables et de la récupération ont le plus fortement augmenté en valeur (+ 600 millions d’euros). […] Sur la période 2004-2012, la valeur ajoutée dans le domaine de la réhabilitation des sols et eaux augmente fortement (+ 31,0 %) dynamisée par les importantes conversions à l’agriculture biologique. Dans une moindre mesure, la valeur ajoutée dans la recherche et développement en environnement augmente de 14,7 %. Entre 2004 et 2012, la valeur ajoutée croît de 5,9 % contre 2,6 % pour l’ensemble de l’économie. Entre 2004 et 2009, la valeur ajoutée augmente plus fortement dans les éco-activités (+ 5,0 % en moyenne annuelle) que dans le reste de l’économie (+ 2,7 %) touchée par la crise économique en 2008. Enfin, à partir de 2009, la valeur ajoutée dans les éco­activités est très dynamique (+ 7,4 %) en comparaison de l’évolution du PIB (+ 2,3 %).

D’après Commissariat général au développement durable, Chiffres et statistiques, n° 523, mai 2014.

* Les éco-activités sont les activités qui produisent des biens ou services ayant pour finalité la protection de l’environnement ou la gestion des ressources naturelles.

1. Le texte concerne la France.

2. Effectifs qui prennent en compte des temps et des durées de travail différents.

DOCUMENT 4 Évolution des températures moyennes en France de 1900 à 2012 par rapport à la période de référence 1961-1990 en degrés Celsius

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Source : ministère de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie, Chiffres clés du climat, 2014.

Lecture : en 2011, la température moyenne observée était supérieure d’1,8 degré à la température moyenne observée sur la période 1961-1990 et la température moyenne des dix dernières années était supérieure d’un degré à la moyenne observée sur la période 1961-1990.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

La croissance économique est l’augmentation de la production sur une longue période mesurée par le taux de variation du produit intérieur brut réel.

La préservation de l’environnement évoque la nécessité de protéger l’environnement de nuisances liées à l’activité humaine dans le cadre d’un développement qualifié de durable.

Dégager la problématique

La formulation du sujet incite à s’interroger sur la compatibilité de la croissance avec la préservation de l’environnement.

Exploiter les documents

Document 1

Le document 1 permet d’établir un lien de causalité entre la croissance mondiale et les dégradations environnementales sur un siècle. De 1890 à 1990, au niveau mondial, les hausses de la population, du produit intérieur brut et la production industrielle se sont accompagnées d’une augmentation des consommations d’eau et d’énergie, d’émissions croissantes de gaz à effet de serre (GES) ou polluants, de prises accrues de poissons marins et d’une réduction de 20 % de la superficie forestière.

Document 2

Le document 2 met en évidence la réduction du nombre de tonnes de CO2 par million de dollars de richesses produites en Chine et aux États-Unis entre 1970 et 2010. À niveau de production équivalent, les émissions de CO2 en Chine restent supérieures aux moyennes mondiales et européennes même si l’écart tend à se réduire. En 2010, c’est dans l’UE que le nombre moyen de tonnes de CO2 par million de dollars de richesses produites est le plus bas.

Document 3

Le document 3 informe sur le dynamisme des productions consacrées aux éco-activités en France de 2004 à 2012. La croissance des valeurs ajoutées de ces activités et celle des emplois concernés sont plus élevées que pour les autres types de production.

Document 4

Le document 4 présente l’évolution des températures moyennes en France entre 1900 et 2010 relativement à la moyenne des températures constatées entre 1961 et 2012. C’est à partir de la fin des années 1980 qu’on constate une accélération du réchauffement climatique avec une progression de l’écart de température moyenne à celle de la période de référence.

Définir le plan

Après avoir montré que la croissance peut être néfaste pour l’environnement, nous mettrons en évidence les conditions pouvant permettre de rendre compatibles la croissance et la préservation de l’environnement.

Corrigé

Corrigé

Introduction

La préservation de l’environnement est une question récente. Si la première sonnette d’alarme est tirée dans les années 1970, il faut attendre le rapport Brundtland de 1987 pour faire émerger la conception de développement durable ou soutenable. La croissance économique, qui est l’augmentation de la production sur une longue période, est souvent présentée comme non soutenable en raison de ses limites écologiques. Si la croissance peut sembler incompatible avec le respect de l’environnement, nous verrons que, sous certaines conditions, croissance et environnement peuvent se concilier.

I. La croissance semble difficilement compatible avec le respect de l’environnement

1. La croissance se heurte à des limites écologiques nombreuses

La croissance s’accompagne de l’épuisement de ressources naturelles. De 1890 à 1990, alors que la population mondiale est multipliée par quatre au niveau mondial, le produit intérieur brut mesurant la croissance est multiplié par 14 (document 1). La prise des poissons marins augmente de 35 % et la consommation d’eau de 9 % sur la période. Cette forte croissance repose sur une production industrielle se traduisant par des ponctions sur des ressources naturelles qui sont des biens communs, rivaux et difficilement excluables. Par exemple, la surpêche a favorisé la disparition d’espèces comme le thon rouge. Les ressources non renouvelables sont également affectées par la croissance. Entre 1890 et 1990, la consommation d’énergie a été multipliée par 13 (document 1) rendant indispensable l’exploitation croissante d’énergies fossiles comme le pétrole dont on sait aujourd’hui que les réserves sont limitées.

La croissance contribue également au réchauffement climatique en raison de l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre (GES). Les émissions de CO2 ont crû de 13 % entre 1890 et 1990, tandis que les surfaces forestières qui constituent des pièges à carbone ont diminué de 20 % (document 1). Ainsi, à partir de la fin des années 1980, l’écart en France entre la température moyenne constatée et celle de la période 1961-1990 devient strictement positif et tend à augmenter (document 4). Entre 2001 et 2011, la température moyenne est d’un degré plus élevée que celle de la période 1961-1990. Or, le réchauffement climatique favorise les catastrophes naturelles compromettant ainsi la préservation de la planète.

2. … la rendant difficilement soutenable

L’analyse économique de la croissance soutenable repose sur l’existence de plusieurs formes de stock de capital (physique, humain, institutionnel et naturel) rendant un service productif. Le capital naturel recouvre l’ensemble des ressources naturelles.

Si on considère, comme les tenants de la soutenabilité forte, que les ressources naturelles constituent un stock de capital naturel qu’il faut pouvoir conserver d’une génération à une autre, la croissance s’accompagne d’effets suffisamment néfastes sur l’environnement pour contredire l’idée d’une croissance soutenable.

II. Mais il est possible, à certaines conditions, de concilier croissance et préservation de l’environnement

1. La croissance peut être le résultat d’activités respectueuses de l’environnement

Dans les pays développés, de nouvelles activités ayant pour finalité la protection de l’environnement ou encore la gestion des ressources naturelles constituent de nouveaux marchés pourvoyeurs d’emplois, qu’il s’agisse des domaines liés aux énergies renouvelables ou encore du traitement des sols. Entre 2004 et 2012 en France, la croissance de la valeur ajoutée de ces activités est en effet plus de deux fois plus élevée que celle de la moyenne des productions et la croissance annuelle moyenne des emplois induits est 13 fois (3,9/0,3) plus forte que pour les autres productions (document 3).

Le développement des éco-activités illustre une conception de la croissance soutenable selon laquelle ce n’est pas le stock de capital naturel qui doit rester inchangé d’une génération à une autre mais le capital total. En effet, pour les partisans de la soutenabilité faible, les autres formes de capital peuvent se substituer au capital naturel. L’augmentation du capital humain peut ainsi favoriser le progrès technique. Les agents économiques pourront utiliser plus intensément d’autres formes de capital que le capital naturel qui se raréfie. Par exemple, de nouvelles énergies respectueuses de l’environnement peuvent être mises en œuvre pour accompagner la croissance. En outre, ce sont les économies ayant déjà un certain niveau de richesses qui ont les moyens d’accumuler ces autres formes de capital. Ainsi, la croissance, loin d’être incompatible avec l’environnement, peut au contraire contribuer à le préserver.

2. Des politiques environnementales adaptées peuvent accompagner la croissance

Les pouvoirs publics peuvent mettre en place des politiques environnementales qui viennent infléchir les comportements. Avec les politiques climatiques, les pouvoirs politiques disposent d’outils pour protéger l’environnement. Si les dommages à l’environnement accompagnant la croissance constituent des externalités négatives, les outils économiques les internalisent. En pratique, il s’agit de s’appuyer sur le principe du pollueur-payeur pour inciter à changer les manières de produire ou de consommer en mettant en place des taxes comme le bonus/malus des automobiles ou encore en instituant un marché de quotas d’émissions comme celui introduit dans l’Union européenne (UE).

Les externalités négatives peuvent être contrées par la réglementation : il s’agit d’un outil juridique largement utilisé consistant à instaurer des normes qui viennent limiter les quantités de GES. Ainsi en est-il des nouvelles règles concernant l’interdiction à l’échelle européenne des ampoules à incandescence très gourmandes en énergie.

À niveau équivalent de richesses produites, les émissions de CO2 en UE sont en moyenne deux fois moins élevées qu’en Chine en 2011 ce qui peut s’expliquer par la combinaison des différents instruments de politique climatique (document 2).

Conclusion

Depuis un siècle, la croissance a occasionné des dégâts écologiques importants qui ont pu entretenir l’idée d’une croissance non soutenable incompatible avec le respect de l’environnement. Mais les agents économiques des pays développés jouent un rôle croissant pour tenter de les concilier, qu’il s’agisse de s’acheminer vers une croissance tournée vers des productions plus éco-responsables ou de mettre en place des politiques environnementales.

La soutenabilité de la croissance fait partie des enjeux majeurs du début du xxie siècle, elle ne pourra être assurée sans une coordination mondiale des différentes mesures environnementales.