Croissance économique et préservation de l'environnement

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Économie du développement durable
Type : Dissertation | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Septembre 2016

dissertation • 20 points

Croissance économique et préservation de l’environnement

La croissance économique nuit-elle nécessairement à la ­préservation de l’environnement ?

document 1 Répartition des demandes de brevets publiées dans le domaine de l’éco-innovation1 (INPI2 2011)

sesT_1609_07_01C_01

Source : INPI, 2014.

1. Innovation dans le domaine de l’écologie et de l’environnement.

2. INPI : Institut national de la propriété industrielle.

document 2 Évolution des émissions de CO21 dans le monde (en mégatonnes2 et en %)

1990

2011

2012

Part

2012

(en %)

Évolution

(en %)

2011-2012

Évolution

(en %)

1990-2012

Amérique du Nord

dont : Canada
États-Unis

5 562

428

4 869

6 258

537

5 288

6 044

534

5 074

19,0

1,7

16,0

– 3,4

– 0,5

– 4,1

8,7

24,6

4,2

Amérique latine

dont : Brésil

608

192

1 164

408

1 225

440

3,9

1,4

5,3

7,9

101,5

128,8

Europe et ex-URSS

dont : UE3 à 28

– Ex-UE à 15

– 13 nouveaux États membres

dont : Russie

7 931

4 068

3 083

985

2 179

6 472

3 548

2 840

707

1 653

6 449

3 505

2 827

678

1 659

20,3

11,0

8,9

2,1

5,2

– 0,4

– 1,2

– 0,5

– 4,2

0,4

– 18,7

– 13,8

– 8,3

– 31,2

– 23,9

Afrique

545

978

1 032

3,3

5,6

89,4

Moyen-Orient

583

1 646

1 720

5,4

4,5

194,9

Extrême-Orient

dont : Chine
Corée du Sud
Inde
Japon

4 842

2 278

229

580

1 057

13 276

8 000

590

1 829

1 183

13 766

8 251

593

1 954

1 223

43,4

26,0

1,9

6,2

3,9

3,7

3,1

0,5

6,8

3,4

184,3

262,2

158,6

236,6

15,8

Océanie

283

419

418

1,3

– 0,1

48,0

Soutes internationales

maritimes et aériennes4

620

1 133

1 080

3,4

– 4,7

74,3

Monde

20 974

31 345

31 734

100

1,2

51,3

Source : Repères – Chiffres clés du climat France et Monde, ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, 2015.

1. Le CO2 est un gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique.

2. Une mégatonne correspond à un million de tonnes.

3. UE : Union européenne.

4. Les émissions des soutes internationales maritimes et aériennes sont exclues des totaux nationaux, car elles correspondent aux émissions des navires et des avions utilisés pour les transports internationaux.

document 3 Situation mondiale des pêches et de l’aquaculture

En 2008, les captures totales de thons et thonidés se chiffraient à 6,3 millions de tonnes. Les captures des principales espèces vendues sur le marché – germon, thon obèse, thon rouge (trois espèces), bonite et thon à nageoire jaune – s’élevaient à 4,2 millions de tonnes […]. La plupart des 23 stocks de thons sont, à peu de chose près, pleinement exploités (peut-être jusqu’à 60 % des stocks), d’autres sont surexploités ou épuisés (jusqu’à 35 % peut-être), et quelques stocks seulement semblent sous-exploités (stocks de bonites, principalement). […] À long terme, la demande très soutenue de thon et la surcapacité des flottes de pêche au thon devraient déboucher sur une nouvelle détérioration de l’état des stocks de thons (et par conséquent des captures), si on n’améliore pas la gestion de ces stocks.

FAO, Situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, 2010.

document 4 Évolution de la dépense1 de protection de l’environnement et du PIB

sesT_1609_07_01C_02

Source : Insee et SOeS (Service statistique du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie), 2014.

1. Les dépenses prises en compte incluent les actions d’amélioration de l’environnement, les actions de prévention ou d’évitement de dommages environnementaux potentiels et les actions de réduction ou de réparation de dommages constatés.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

La croissance économique est l’augmentation de la production sur une longue période mesurée par le taux de variation du PIB réel.

La préservation de l’environnement évoque la nécessité de réduire les nuisances liées à l’activité humaine afin de permettre un développement durable.

Dégager la problématique

La question implique une discussion : sous certaines conditions, la croissance peut être compatible avec la préservation de l’environnement.

Exploiter les documents

Le document 1 permet de mesurer la part des innovations favorisant un développement durable. Plus de la moitié des innovations sont consacrées aux énergies, facteur primordial de dégradation de l’environnement.

Le document 2 met en évidence la forte augmentation des émissions de CO2 dans le monde entre 1990 et 2012. Or ces émissions favorisent l’accumulation de gaz à effet de serre contribuant au réchauffement climatique. Cependant, on constate qu’au niveau mondial la progression des émissions se trouve nettement ralentie entre 2011 et 2012.

Le document 3 porte sur un exemple d’épuisement des ressources naturelles, celui de la surpêche. Celle-ci consiste à surexploiter les ressources marines afin de répondre à une demande croissante, ce qui peut provoquer la disparition de certaines espèces de poissons. Selon la FAO (Food & Agriculture Organisation), les stocks disponibles de thons tendent à diminuer dangereusement.

Le document 4 permet de comparer l’évolution des dépenses de protection de l’environnement et celle du PIB entre 1990 et 2012. La première croît plus rapidement que la seconde. Ainsi, la part des dépenses de l’environnement dans le PIB tend à augmenter au cours de cette période.

Définir le plan

Après avoir montré que la croissance peut nuire à la préservation de ­l’environnement, nous verrons que, sous certaines conditions, croissance et préservation de l’environnement sont compatibles.

Corrigé

Corrigé

Introduction

L’accord trouvé par près de 200 pays lors de la COP 21 à Paris montre l’importance grandissante des problèmes écologiques dans les préoccupations politiques, ainsi que la reconnaissance de la responsabilité des activités humaines, et plus particulièrement la volonté de favoriser la croissance économique. Il s’agit de se demander si celle-ci nuit nécessairement à la préservation de l’environnement.

La croissance économique, qui représente l’augmentation de la production sur une longue période mesurée par le taux de variation du produit intérieur brut réel, implique la dégradation de l’environnement, empêchant ainsi le développement durable. Cependant, si l’on peut montrer que la croissance économique nuit à la préservation de l’environnement, il est possible de considérer, sous certaines conditions, que les deux sont compatibles.

I. La croissance nuit actuellement à la préservation de l’environnement

1. Les limites écologiques de la croissance…

Dès le début des années 1970, un certain nombre d’études alertent sur les dangers que fait courir la volonté de privilégier la croissance économique comme facteur de progrès. Ainsi, le rapport Meadows publié en 1972 sous le titre Halte à la croissance ? met en évidence les limites écologiques du système productif des pays développés. Une première limite tient à la surexploitation des ressources naturelles. Le modèle productiviste peut avoir pour conséquence la disparition définitive de certaines espèces animales. Ainsi, la surpêche de thons destinée à répondre à une demande croissante risque de faire disparaître certaines espèces de ce poisson (document 3). Les ­ressources non renouvelables – comme le pétrole – sont affectées par la croissance, car les réserves disponibles sont de plus en plus réduites.

Le développement de la production industrielle depuis plus de deux siècles engendre des pollutions qui contribuent au réchauffement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre. Entre 1990 et 2012, les émissions de CO2 ont augmenté de 51,3 % (document 2). Cette augmentation est surtout alimentée par le développement du modèle industriel dans les pays dits émergents comme le Brésil (augmentation de 128 % des émissions de CO2) ou la Chine (augmentation de 262,2 %).

2. … impliquent une croissance difficilement soutenable

Les effets néfastes de la croissance sur l’environnement donnent lieu, au cours des années 1980, à la définition de la notion de développement durable par la commission Brundtland : « Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » Cette définition consensuelle a pour mérite de montrer la nécessité de concilier croissance et préservation de l’environnement.

En principe, l’analyse économique montre qu’il faut combiner quatre types de capital pour assurer le bien-être des populations : physique, naturel, humain et institutionnel. Les dommages causés à l’environnement réduisent le stock de capital naturel, car celui-ci est constitué par les ressources naturelles. Dès lors, selon une vision forte de la soutenabilité de la croissance, la diminution du stock de capital naturel ne peut pas permettre aux générations futures d’assurer leurs besoins essentiels.

II. Il est possible, sous certaines conditions, de concilier croissance et préservation de l’environnement

1. Le progrès technique au secours de la préservation de l’environnement

Si certains économistes (Nicholas Georgescu-Roegen, René Passet) défendent une vision forte de la soutenabilité, d’autres (Robert Solow, ­William Nordhaus) sont convaincus qu’il est possible de maintenir la croissance tout en préservant l’environnement. En effet, ces derniers, appartenant le plus souvent au courant de pensée économique dominant – l’école néoclassique –, estiment que la croissance économique dépend de la combinaison des quatre types de capital cités plus haut. Si la perte de capital naturel est compensée par un capital technique et un capital humain plus importants, le niveau global du capital nécessaire pour maintenir la croissance à un niveau élevé est suffisant.

La hausse des profits des entreprises leur permet d’investir dans le financement d’innovations visant à freiner la perte de capital naturel afin d’assurer un développement durable. Par exemple, en 2011, en France, la part des brevets concernant l’efficacité énergétique des transports représentait 31,4 % des innovations dans le domaine de l’éco-innovation (document 1). Cette nécessité de favoriser le progrès technique explique l’évolution de la dépense de protection de l’environnement qui double entre 1990 et 2012, alors que le PIB n’a augmenté que de 20 % au cours de cette même période (document 4).

2. Des politiques environnementales peuvent accompagner la croissance

Définition

Les politiques climatiques regroupent l’ensemble des instruments dont disposent les États pour réduire les rejets de gaz à effet de serre et limiter ainsi la dégradation de ­l’environnement.

Trois instruments permettent d’orchestrer la politique climatique.

Le premier est la réglementation : les pouvoirs publics instaurent des normes qui limitent les quantités d’émissions de gaz à effet de serre par les agents économiques. Le non-respect des normes expose à des sanctions financières.

Les pouvoirs publics peuvent également mettre en place des mesures pour internaliser les externalités. Le principe consiste à faire supporter à l’agent le coût de la pollution dont il est responsable. C’est le cas de la taxation (écotaxe), mesure fiscale renchérissant le coût des activités polluantes pour les agents économiques qui en sont responsables, par exemple le bonus/malus pour les automobilistes.

Dans un cadre plus libéral, les pouvoirs publics peuvent instaurer des ­marchés de quotas d’émission. Ces marchés octroient aux entreprises le droit, pour un certain nombre d’années, d’émettre une quantité de gaz à effet de serre calculée par rapport à ce qu’elles ont émis au cours d’une période de référence. Ces « droits à polluer » sont vendus par ceux qui n’utilisent pas tout leur quota à ceux qui vont dépasser le quota qui leur a été attribué.

Conclusion

Le développement économique a été accompagné d’une croissance de la production incompatible avec la préservation durable de l’environnement. Cependant, selon l’analyse libérale, il est possible de concilier croissance et préservation de l’environnement grâce au progrès technique ainsi qu’à celui du capital humain. De plus, les politiques climatiques peuvent favoriser un développement durable. Malgré tout, la question de la soutenabilité de la croissance est, aujourd’hui, un enjeu majeur que doit prendre en compte l’analyse économique.