Dans l'enfer du front (texte de P. Lemaître, tableau de C. Schwabe)

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Annales corrigées
Classe(s) : 3e | Thème(s) : Dénoncer les travers de la société
Type : Sujet complet | Année : 2018 | Académie : Polynésie française

AGIR DANS LA CITÉ

Agir dans la cité : individu et pouvoir

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Polynésie française • Juin 2018

100 points

Dans l’enfer du front

document A Texte littéraire

Première Guerre mondiale. Albert est un soldat français, sous les ordres d’un homme dont il se méfie, Pradelle, un ambitieux qui rêve de devenir capitaine. Depuis plusieurs jours, soldats français et allemands se tiennent tranquilles. Pradelle décide cependant d’envoyer deux poilus en reconnaissance. On entend trois coups de feu. Aucun des deux hommes ne revient. Lorsque Pradelle commande à ses hommes de se ruer vers les lignes ennemies pour venger leurs camarades, tout le monde s’élance. Dans sa course vers les lignes allemandes, Albert découvre les cadavres des deux poilus…

Albert ne sait pas ce qui lui prend, une intuition, il attrape l’épaule du vieux et le pousse. Le mort bascule lourdement et se couche sur le ventre. Il lui faut quelques secondes pour réaliser, à Albert. Puis la vérité lui saute au visage : quand on avance vers l’ennemi, on ne meurt pas de deux balles dans le dos.

Il enjambe le cadavre et fait quelques pas, toujours baissé […]. Le voici devant le corps du petit Louis. […] Albert ne voit pas son visage tout maculé de boue. Il ne voit que son dos. Une balle. Avec les deux balles du vieux, ça fait trois. Le compte y est.

Lorsqu’il se relève, Albert est encore tout hébété1 de cette découverte. De ce que ça veut dire. À quelques jours de l’armistice, les gars n’étant plus très pressés d’aller chatouiller les Boches, la seule manière de les pousser à l’assaut, c’était de les foutre en pétard : où était donc Pradelle lorsque les deux gars se sont fait tirer dans le dos ?

Bon Dieu…

Stupéfié par ce constat, Albert se retourne et découvre alors, à quelques mètres, le lieutenant Pradelle qui se rue sur lui en courant aussi vite que lui permet son harnachement2.

Son mouvement est déterminé, sa tête parfaitement droite. Ce qu’Albert voit, surtout, c’est son regard clair et direct, au lieutenant. Totalement résolu. Tout s’éclaire d’un coup, toute l’histoire.

C’est à cet instant qu’Albert comprend qu’il va mourir.

Il tente quelques pas, mais plus rien ne marche, ni son cerveau, ni ses jambes, rien. Tout va trop vite. Je vous l’ai dit, ça n’est pas un rapide, Albert. En trois enjambées, Pradelle est sur lui. Juste à côté, un large trou béant, un trou d’obus.

Albert reçoit l’épaule du lieutenant en pleine poitrine, il en a le souffle coupé. Il perd pied, tente de se rattraper et tombe en arrière, dans le trou, les bras en croix. […]

Arrivé au fond de la fosse, Albert roule sur lui-même, à peine freiné par son barda3. Il s’empêtre les jambes dans son fusil, réussit à se relever et se colle aussitôt à la paroi pentue, comme s’il s’adossait précipitamment à une porte, dans la crainte d’être entendu ou surpris. […] Albert lève les yeux. Là-haut, campée en surplomb au bord du trou comme l’ange de la mort, se découpe la haute silhouette du lieutenant Pradelle.

Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, 2013.

1. Hébété : abasourdi, sidéré, choqué par cette découverte.

2. Harnachement : l’équipement du soldat.

3. Barda : le harnachement, l’équipement du soldat, ses affaires.

document b Carlos Schwabe, La Mort et le fossoyeur, 1900

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© La Mort et le fossoyeur/Carlos Schwabe/1900/Domaine public/Mc Leod/Wikimédia

Musée d’Orsay.

travail sur le texte littéraire et sur l’image 50 points • 1 h 10

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Grammaire et compétences linguistiques

Relisez le troisième paragraphe, de « Lorsqu’il se relève » à « Bon Dieu… ».

▶ 1. a) Quelle est la particularité grammaticale de la phrase suivante : « Bon Dieu… » ? (2 points)

b) À votre avis, pourquoi l’auteur a-t-il choisi de finir cette phrase avec des points de suspension ? (4 points)

▶ 2. Dans ce troisième paragraphe, relevez deux expressions appartenant au registre de langue familier. Justifiez l’emploi de ce registre. (4 points)

▶ 3. Recopiez ces passages en remplaçant « Albert » par « Albert et son camarade » et en effectuant toutes les modifications grammaticales nécessaires. (10 points)

« Stupéfié par ce constat, Albert se retourne et découvre alors, à quelques mètres, le lieutenant Pradelle qui se rue sur lui […] »

« Ce qu’Albert voit, surtout, c’est son regard clair et direct, au lieutenant. »

« C’est à cet instant qu’Albert comprend qu’il va mourir. Il tente quelques pas, mais plus rien ne marche, ni son cerveau, ni ses jambes, rien. »

Compréhension et compétences d’interprétation

▶ 4. « Tout s’éclaire d’un coup, toute l’histoire. » (5e §)

a) De quelle « histoire » s’agit-il ? (4 points)

b) Comment cette « histoire » s’est-elle reconstituée progressivement dans l’esprit d’Albert ? (4 points)

c) Quelle pouvait être la motivation du lieutenant Pradelle ? (2 points)

 5. Relisez le passage de « Stupéfié par ce constat », à la fin.

a) En quoi les actions de Pradelle traduisent-elles sa détermination ?

Que pensez-vous de ce personnage ? (4 points)

b) Quels sont les différents éléments qui contribuent à créer de l’angoisse ? (4 points)

▶ 6. D’après le troisième paragraphe, à quel moment précis de la guerre se situe l’action ? Quelle est l’importance de cette information ? (2 points)

▶ 7. Quelles réflexions sur l’être humain ce passage du roman vous inspire-t-il ? Justifiez. (4 points)

▶ 8. Observez l’image. Quels points communs et quelles différences relevez-vous entre la scène décrite dans le texte et celle de l’image ? (6 points)

dictée 10 points • 20 min

Les noms propres « Maillard », « Pradelle », « Grisonnier », ainsi que le nom de l’auteur et le titre de l’œuvre sont écrits au tableau.

Pierre Lemaitre

Au revoir là-haut

© Éditions Albin Michel, 2013

Dès son premier coup de sifflet, quand les hommes avaient commencé à charger, il s’était placé à bonne distance sur la droite, afin d’empêcher les soldats de dériver dans la mauvaise direction. Son sang n’avait fait qu’un tour lorsqu’il avait vu ce type, comment s’appelle-t-il déjà, un gars avec un visage triste et de ces yeux, on dirait qu’il va toujours se mettre à pleurer, Maillard, c’est ça, s’arrêter là-bas, sur la droite, à se demander comment, sorti du boyau, il avait pu arriver jusque-là […].

Pradelle l’avait vu s’immobiliser, revenir sur ses pas, s’agenouiller, intrigué, et repousser le corps du vieux Grisonnier. Or ce corps-là, ­Pradelle l’avait à l’œil depuis le début de l’attaque parce qu’il devait absolument s’en occuper et, le plus vite possible, le faire disparaître […].

rédaction 40 points • 1 h 30

Vous traiterez au choix l’un des deux sujets suivants.

Sujet d’imagination

Que va-t-il se passer pour le soldat Albert ? Imaginez la suite de ce texte.

Sujet de réflexion

Faut-il être prêt à tout pour atteindre ses objectifs ?

Les clés du sujet

Les documents

Le texte littéraire (document A)

Le roman de Pierre Lemaître raconte le retour de deux poilus, Édouard Péricourt, une gueule cassée, et Albert Maillard, dans la société de l’après-guerre où ils ne trouvent plus leur place, ce qui les conduit à monter une escroquerie aux monuments aux morts. Le livre a reçu le prix Goncourt et a été adapté au cinéma.

L’image (document B)

Il s’agit d’un tableau du peintre symboliste suisse Carlos Schwabe. Il met en scène un fossoyeur, dont le métier est d’ensevelir les défunts, et la mort représentée sous la forme d’un ange aux traits féminins.

Rédaction (sujet d’imagination)

Recherche d’idées

Il s’agit d’une suite de texte. Relis l’extrait, afin de reprendre fidèlement les indications de lieu et celles concernant les personnages.

Il s’agit d’un sujet d’invention : même si tu as lu le livre ou vu le film, évite de répéter ce que l’auteur a écrit ; laisse aller ton imagination. C’est à toi de décider du sort d’Albert.

Conseils de rédaction

Essaie de prolonger l’effet de tension et de suspens créé par l’auteur. Ne cherche pas à aller trop vite vers le dénouement. Prends le temps d’exprimer les sentiments des personnages.

Alterne passages narratifs, descriptifs et éventuellement brefs dialogues.

Le texte est au présent de narration. Il est préférable que tu continues à employer ce temps.

L’action est racontée du point de vue d’Albert. Tu peux continuer ainsi.

Rédaction (sujet de réflexion)

Recherche d’idées

Peut-on réussir si on n’y croit pas vraiment ? Pour autant, penses-tu avoir le droit de tricher pour gagner à un jeu ou dans un sport ? Est-ce bien de s’enrichir en recourant à des moyens malhonnêtes ou en exploitant les autres ?

Tu peux élargir ta réflexion à un niveau historique, en t’interrogeant, par exemple, sur la décision prise par le gouvernement américain de larguer deux bombes atomiques sur le Japon pour mettre fin à la guerre. La fin justifie-t-elle, selon toi, les moyens employés ?

Conseils de rédaction

Tu peux suivre le plan suivant :

Introduction : présentation de la question posée.

Première partie : il est nécessaire de tout mettre en œuvre pour réussir, sinon les chances d’y parvenir sont limitées.

Seconde partie : cependant, nul n’a le droit de sacrifier les autres pour arriver à ses fins.

Conclusion : la fin ne saurait toujours justifier les moyens.