Dans le texte de Marc Dugain, le héros ne s’est pas encore vu car les miroirs ont été retirés de la salle où il est soigné. Un matin, il se voit dans le reflet d’une fenêtre...

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde
Type : Écriture d'invention | Année : 2014 | Académie : France métropolitaine
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les personnages repoussants
 
 

Les personnages repoussants • Invention

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Onglet

4

CORRIGE

 

France métropolitaine • Juin 2014

Le personnage de roman • 14 points

Écriture d’invention

> Dans le texte de Marc Dugain (texte D), le héros ne s’est pas encore vu car les miroirs ont été retirés de la salle où il est soigné. Un matin, il se voit dans le reflet d’une fenêtre. Imaginez la scène, ce qu’il découvre, les émotions qu’il ressent et les pensées qui l’assaillent au fur et à mesure d’une telle révélation. Votre texte, rédigé à la première personne, comportera au moins une quarantaine de lignes.

Comprendre le sujet

  • Genre : extrait de roman à la « première personne ». Il s’agit d’une « suite du texte ». Respectez le statut du narrateur, le temps des verbes et l’emploi des indices personnels.
  • Sujet/thème du texte : le physique abîmé du personnage, les ravages de la guerre.
  • Type de texte : « voit / découvre » : le texte comporte des passages de descriptions ; « émotions et pensées » suggèrent le monologue intérieur.
  • Situation d’énonciation / niveau de langue : les mêmes que dans le texte du corpus.
  • Registre non indiqué, à déterminer.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne :
 

Extrait de roman (genre), qui décrit (type de texte) le reflet du visage d’une « gueule cassée » sur une vitre (thème), (registre), émouvant, réaliste (adjectifs), pour rendre compte des émotions et des pensées du personnage à cette vue (buts).

Chercher des idées

  • Précisez les circonstances de la découverte (lieu, heure, décor…).
  • Définissez une progression (« Au fur et à mesure… ») dans la découverte de sa nouvelle apparence (précisez les modifications), dans l’émotion et dans la réflexion.
  • Précisez les émotions (aspect affectif) et les pensées (aspect intellectuel) qui correspondent à chaque phase de « cette révélation ».
  • Première vision : surprise violente et incrédulité devant le spectacle. Horreur, angoisse, désespoir, volonté d’en finir, sentiment d’injustice ; réflexion sur le regard que les autres vont porter sur lui (famille, amis, fiancée…), sur le hasard qui touche certains et en épargne d’autres, sur les horreurs de la guerre.
  • Puis, plus positivement : refus de croire à l’irrémédiable, espoir de guérison ; réflexion sur le progrès médical, sur la solidarité, sur l’insignifiance de l’apparence qui ne change pas l’être.
  • À la fin, réflexion plus existentielle sur l’humanité : positive (il faut continuer à vivre ; on apprend de ses malheurs) ou négative (révolte contre l’absurde, cruauté et bestialité de l’homme…).
  • Choisissez un registre plausible : dramatique, pathétique, lyrique…
  • Analysez dans le texte de Dugain la façon de s’exprimer d’Adrien Fournier.

> Réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

> Le roman : voir mémento des notions.

Corrigé

Nous vous proposons un extrait d’un devoir d’élève composé en temps limité.

 

Observez

Si vous devez composer la suite d’un texte, respectez les circonstances, le registre, le niveau de langue et le « style » du texte de base.

L’aube ne va pas tarder à poindre ; mes camarades dorment encore. Il me reste quelques minutes avant de les voir se lever et esquisser la danse macabre qu’ils reproduisent tous les jours dans l’hôpital, le visage ravagé, comme des spectres sortis d’une fresque morbide.

J’entends un bruit… C’est mon compagnon d’ambulance, Martin, arrivé comme moi hier, qui se réveille, se lève et se dirige vers la fenêtre pour voir où il se trouve. Il regarde au-dehors… et se met à hurler. Je me précipite et l’empêche de se fracasser ce qui lui reste de crâne contre un pied de lit ; une infirmière m’écarte vivement. Je regarde au-dehors : qu’est-ce qui a pu l’effrayer ainsi ? Je scrute l’horizon : il n’y a là rien de terrifiant… Le soleil se lève doucement, la pelouse verdoyante du jardin est toute piquée de fleurs… Rien n’explique la terreur nocturne de Martin. Déconcerté, je laisse mon regard errer…

Et cela m’apparaît ! Je cherchais l’horreur trop loin : elle est plus près de moi, elle est en moi ! La créature m’apparaît soudain… sur la vitre !

Une araignée étend une multitude de pattes démesurées sur ma joue gauche, pour atteindre mon œil, mon nez, ma bouche. Son corps se niche au creux de mon oreille, ramassé, atroce, presque bouillonnant. C’est une excroissance tuméfiée qui parasite ma peau et mange mon visage. On croirait qu’elle vit, qu’elle palpite au gré de ma respiration… Mais c’est sans doute parce que la vitre n’est pas lisse ? Non, ce n’est pas moi, ce monstre !

Fasciné, je m’approche de la vitre pour mieux étudier cette créature qui a élu domicile dans mon crâne et je la tâte doucement. Ce n’est pas mon visage, me semble-t-il, que je palpe : d’ailleurs, je ne sens rien lorsque ma main touche mon oreille qui se reflète sur cette vitre… Je me penche toujours plus pour mieux scruter cette bête boursouflée qui semble attendre son heure pour finir de dévorer ce qui me reste de visage. Mais ce que je prenais pour de longues pattes frémissantes sur ma joue, je comprends que ce sont des vaisseaux sanguins éclatés qui dessinent un réseau hideux jusqu’à mon oreille arrachée, remplacée par une tumeur inégale, râpeuse et insensible.

Je recule. Ce qui a terrifié Martin ne me fait pas peur… je ne me mets pas à hurler comme lui… Peut-être parce que je ne comprends pas encore vraiment que c’est moi qui porte cette chose sur ma joue… Et pourtant si…

Mais pourquoi moi ? Pourquoi le sort m’a-t-il frappé, et dérobé à moi-même ? C’est quand je m’arrache à ce reflet ignoble, inconnu que je reviens à moi. Maintenant, je vois braqué sur moi, par dizaines, le regard que je portais hier sur mes camarades de combat, ce regard à la fois dégoûté et apitoyé qu’on porte sur des êtres marqués par le fer rouge de la guerre…

Je retourne me blottir dans mon lit et me tourne vers le mur pour échapper encore quelques temps à ces regards dont je sais qu’ils me suivront toute ma vie. Que vais-je devenir ? Où est mon identité ? Si moi-même je ne me reconnais pas, qui me reconnaîtra ? Mes enfants ne sauront m’appeler du doux nom de « Papa »… Épouvantés, sur mon visage ils liront seulement la cruauté et l’inhumanité absurdes des hommes qui s’acharnent sur leurs semblables… Se peut-il que le hasard d’un obus fou anéantisse toute une vie ?

Je ne sens mes pleurs couler que sur ma joue gauche… […]