Dans le texte de Pommerat, le père reste seul sur scène. Imaginez son monologue à la suite de la tirade accusatrice de son fils.

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ES - 1re S | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Type : Écriture d'invention | Année : 2015 | Académie : Amérique du Sud

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Amérique du Sud • Novembre 2015

Séries ES, S • 16 points

Parole et colère

Écriture d’invention

Dans le texte de Pommerat, le père reste seul sur scène. Imaginez son monologue à la suite de la tirade accusatrice de son fils.

Voir le texte de Joël Pommerat.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre du texte à produire : monologue de théâtre (« seul sur scène »). Il faut en respecter les caractéristiques (texte, didascalies, apartés…).

Sujet : une faute, une décision répréhensible, un secret inavouable.

Type de texte : « accusatrice » implique que le père répond aux accusations, il s’explique sur son attitude et se défend texte argumentatif.

Situation d’énonciation : qui ? le père ; à qui ? il peut se parler à lui-même ou s’adresser à son fils, même s’il est absent.

Niveau de langue : le même que celui du texte de Pommerat : courant.

Caractéristiques du texte à produire, à définir à partir de la consigne :

Monologue de théâtre (genre) dans lequel le père argumente sur (type de texte) l’éducation qu’il a donnée à son fils (thème) ? (registre) ? (adjectifs), pour décharger sa conscience, clarifier la situation, faire éclater la vérité ? (buts).

Chercher des idées

Le fond

Les arguments pour justifier l’éducation que le père a donnée à son fils : le choix de reproduire l’éducation qu’il a reçue ; la peur de se montrer trop indulgent et faible ; la volonté de remédier à un malheur survenu dans sa vie… Il peut aussi faire des révélations (événements survenus dans sa vie : mort de sa femme, chômage…).

La réaction/les sentiments du père : ce peut être de l’incompréhension, un sentiment de culpabilité, du remords, de la tristesse, mais aussi de la rancune, de la rage, le sentiment d’injustice, du désespoir… Il peut aussi passer de l’un à l’autre et évoluer dans ses réactions : rage, remise en question de soi-même, regret…

Le registre : de l’attitude du père que vous aurez choisie dépendra le registre. S’il éprouve de la rage, le registre polémique se justifie ; s’il éprouve de la tristesse, ce sera le registre élégiaque, lyrique ou pathétique.

La forme

Vous devez analyser précisément le texte de Pommerat (car il s’agit d’une suite) de façon à recourir aux mêmes faits d’écriture : tutoiement, anaphores, répétitions, phrases interrompues…

La difficulté à dire, la gêne, le sentiment de culpabilité s’expriment par :

des faits de paroles : phrases interrompues (points de suspension), périphrases (qui évitent de dire directement), implicite, mots vagues ou généralisateurs, questions, figures de l’atténuation (euphémisme, litote, sous-entendu…), modalisateurs, questions rhétoriques, rythme heurté des phrases, vocabulaire affectif de l’émotion…

des gestes (attitudes) ou des mimiques (jeux de visage).

Corrigé

Corrigé

La belle-fille sort à la suite du fils, laissant le père seul. Il tente de se relever, en vain. Il est faible.

Ah ! fils ingrat ! C’est ainsi que tu me remercies ! Tu pars sans me regarder, sans même daigner m’attendre, emportant avec toi toutes ces années d’efforts, de patience… Si tu savais tout ce que j’ai supporté…, tout ce que j’ai enduré pour toi. Et toi, tu m’abandonnes, tu me renies ! Lâche ! Moi qui t’ai élevé, éduqué… L’as-tu donc oublié ? Mais tu n’as pas idée, hélas, de ce que j’ai dû quitter…, de ce que j’ai dû abandonner. Tu n’as jamais été reconnaissant envers moi, envers mes efforts… Pourtant, j’ai essayé… Tu n’étais alors qu’un enfant. Ta mémoire ne te permet peut-être pas de t’en souvenir, mais la mienne, si. J’aurais aimé, moi, t’élever avec tendresse, avec amour… Mais je ne pouvais pas. Je n’y arrivais tout simplement pas. Tu ne cessais de pleurer et je ne savais que faire. Et je me disais que je n’y parviendrais pas et que je devais t’élever par la peur… C’était le seul moyen que je connaissais… Je pensais que c’était la seule raison qui me poussait à agir ainsi, mais je me mentais à moi-même… Je voulais croire que ce n’était que pour cela. Je… (Sa voix commence à faiblir.) Ta mère… c’était elle… oui, c’était ta mère… Je… je voyais bien que je t’effrayais… que je te terrorisais. Mais c’était mieux ainsi… pour moi. Je ne voulais pas avoir à te parler…, te parler d’elle…, te dire la vérité en face. Non, je ne l’aurais pas supporté. C’est pour ça que… que je t’ai évité… que je t’ai tenu éloigné de moi. Je… (Des larmes lui montent aux yeux.) Quand tu es né…, elle n’a pas pu tenir le coup… elle… ta mère est morte en te donnant la vie. Pendant longtemps, je t’ai détesté. Je t’ai haï. J’ai essayé de t’accepter… de t’aimer. Je savais que c’était ce qu’elle aurait voulu. Mais je ne pouvais pas. Ce n’était pas la vie que j’avais voulue… pas comme cela. Plus je te regardais, tendre et innocent, plus j’avais mal. Et j’ai fini par me rendre compte… ce n’était pas de ta faute. C’était la mienne. Je voulais un enfant, nous… nous t’avons créé avec amour… Mais j’ai détruit tout ce que j’avais. Ma femme… comme je l’aimais ! Si belle, si jeune, si joyeuse, si… vivante ! Je me suis rendu compte de ça… et je me suis détesté…, je me suis haï ! Pour avoir perdu ma femme…, pour t’avoir infligé toute cette souffrance…, pour tout ce que j’ai fait. Et tout ce que je voulais, c’était que ça prenne fin…, que ça se termine enfin. De nombreuses fois, j’ai pensé me supprimer. Mais je ne pouvais pas… je ne pouvais pas te laisser seul. Je suis resté. Pour toi. Toi, mon fils. Mais je n’ai réussi qu’à te faire souffrir davantage.

Observez

Dans le cas d’une écriture d’invention qui est la suite d’un texte du corpus, il faut analyser ce texte de base pour en dégager les faits d’écriture et les réutiliser dans votre devoir.

(Il éclate en sanglots.) Oh, si tu savais ! Si tu savais comme je regrette ! Comme je suis désolé ! J’ai été si stupide ! J’ai été si égoïste ! Et ce n’est que maintenant que j’ouvre les yeux ! Oh, je regrette tellement, si tu savais ! Pardonne-moi ! Pardonne-moi, je t’en prie ! Si tu m’entends, sache que je m’en veux terriblement ! Oui, oui, tu sauras être différent de moi, tu ne commettras pas les mêmes erreurs que moi et jamais tu n’auras comme moi à souffrir que ton fils – mon Dieu que je l’aime, ce petit ! – t’accable de reproches glaçants… (Il se calme. Sa voix devient de plus en plus faible.) Je m’en veux tant… Ah… Il fait si froid, ici… Pardonne-moi, je t’en prie… Je t’en supplie… ne me laissez pas seul…

Après avoir fait son ultime aveu, le père, plein de regrets, s’éteint doucement, dans la lumière des flammes qui, dans l’âtre, se consument lentement.