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Dans quelle mesure les lieux dans un roman nous aident-ils à connaître les personnages ?

ROMAN

Le cadre romanesque, révélateur du personnage ? • Dissertation

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Pondichéry • Mai 2018

Séries S, ES • 16 points

Le cadre romanesque, révélateur du personnage ?

Dissertation

Dans quelle mesure les lieux dans un roman nous aident-ils à connaître les personnages ?

Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus, sur les œuvres que vous avez étudiées en classe et sur vos lectures personnelles.

Les textes du corpus sont reproduits ici.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Le sujet porte sur « les lieux » et leur rapport aux personnages romanesques.

Le présupposé est : « Les lieux environnant les personnages permettent au lecteur de mieux les connaître ».

« connaître » = comprendre leur personnalité, leur caractère.

« dans quelle mesure » laisse place à une discussion.

La problématique générale est : Quels sont les rapports entre les lieux et personnages romanesques ? Les lieux reflètent-ils toujours la psychologie des personnages ?

Chercher des idées

Subdivisez la problématique en sous-questions : les lieux et la psychologie des personnages romanesques sont-ils toujours liés ? Pourquoi, comment (par quels moyens) les lieux éclairent-ils la psychologie des personnages romanesques ? Un personnage est-il nécessairement en harmonie avec les lieux qui l'environnent ?

On peut aussi dépasser cette alternative en élargissant la question : quels autres moyens le romancier a-t-il d'éclairer ses personnages ?

Pensez aux différentes sortes de lieux : privés, intimes, fermés (chambre, pension, prison,…), publics (rue/place, salles de spectacles, lieux de travail…), proches, lointains, réels, imaginaires, naturels, civilisés…

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie. Ce corrigé doit être enrichi d'exemples personnels.

Introduction

[Amorce] « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es » dit la sagesse des nations. Ne pourrait-on dire, avec les romanciers : « Dis-moi quels lieux tu fréquentes, je te dirai qui tu es » ? [Problématique] Les lieux reflètent-ils toujours la psychologie du personnage romanesque ? [Annonce du plan] Certes, le cadre dans lequel vit le personnage le détermine, influe sur ses émotions et sa formation [I] mais l'harmonie entre eux n'est pas nécessaire, le personnage peut au contraire se démarquer de ce cadre [II]. En outre, le romancier dispose de bien d'autres moyens pour peindre ses personnages [III].

I. Les lieux aident à connaître les personnages

Les lieux où vit le personnage donnent de nombreux indices sur son statut social, sa psychologie et ses habitudes.

1. Les lieux façonnent le personnage

Les romanciers réalistes et naturalistes ont montré l'importance du milieu sur l'être humain (notion de déterminisme). Le personnage est façonné par les lieux :

physiquement (ex. : Bonnemort, le vieux mineur dans Germinal de Zola, porte les marques physiques de ses « soixante ans de mine ») ;

psychologiquement (ex. : dans Regain de Giono, Gaubert le forgeron qui ne vit qu'à travers sa forge et Panturle qui dans son village provençal déserté revient à la nature et oublie toute vie sociale) ;

et moralement (ex. : le bagne de Toulon a fait du Vautrin du Père Goriot de Balzac, un truand immoral.)

2. Le personnage façonne les lieux, qui sont comme son reflet

Inversement les personnages créent un environnement à leur image. Les lieux reflètent concrètement :

leurs goûts et leurs valeurs. Ex. : le goût pour la nature et la liberté que Julie manifeste dans le jardin de Clarens où elle a pris soin « d'effacer […] toute trace de culture » (La Nouvelle Héloïse de Rousseau) ; l'hôtel de Saccard (La Curée, Zola) avec son « perron royal », ses « glands d'or », manifeste le goût de son propriétaire pour la richesse matérielle ;

leur vision du monde. Ex : à la fin du roman de Balzac, la chambre du père Goriot « indifférent à sa pauvreté » est « sans doute la preuve de l'amour qu'il a pour ses filles ».

3. Les lieux à l'unisson des émotions et sentiments

Parfois c'est le romancier qui place son personnage dans un lieu à l'unisson de ses émotions ou de ses sentiments. Exemples : le champ de bataille de Waterloo (Stendhal, la Chartreuse de Parme) s'accorde avec l'exaltation héroïque de Fabrice (« Me voici un vrai militaire. ») ; la chambre d'hôtel décrépite où Gervaise anxieuse attend Lantier « avec une commode de noyer dont un tiroir manquait » et « la moisissure du plâtre » traduisent la dévastation psychologique de la femme (L'Assommoir de Zola) ; dans Madame Bovary, la chambre d'hôtel pleine d'objets mièvres où Emma rencontre son amant, fait écho à son goût pour les romans sentimentaux (« ces grandes coquilles roses où l'on entend le bruit de la mer quand on les applique à son oreille. »)

II. C'est surtout dans ses rapports avec les lieux que le personnage se dessine

Indépendamment de cette double interaction directe lieu-personnage, c'est surtout dans ses rapports originaux avec les lieux que le personnage se révèle.

1. Le personnage en opposition avec son environnement

Un personnage n'est cependant pas nécessairement en harmonie avec les lieux dans lesquels il évolue et qui sont en décalage avec ses sentiments. Exemple : Jean Valjean ancien bagnard chez Monseigneur Myriel (« le lit était trop bon », « la sensation était trop nouvelle », Les Misérables, Hugo). Mais paradoxalement, ce contraste révèle aussi le personnage : Valjean déshumanisé a perdu toute notion de vie en société.

2. Le regard du personnage sur les lieux comme révélateur de sa personnalité

Le romancier dispose d'un outil subtil pour dévoiler le monde intérieur de ses personnages : la focalisation interne. Les lieux sont ainsi vus à travers le prisme déformant de la subjectivité du personnage : il les colore de ses émotions ou de ses sentiments. Exemple : la prison et le paysage décrits de façon idyllique par Fabrice del Dongo (La Chartreuse de Parme, Stendhal).

Les faits d'écriture propres à ce point de vue sont multiples : utilisation du « je » ; monologue intérieur ; verbes de perception ; exagération/hyperboles [exemples personnels]. Cette ressource littéraire propre au roman rend subtilement compte de l'intériorité des créatures romanesques.

3. Certains lieux ne servent que de décor à la fiction

Cependant, certains lieux ne servent pas spécifiquement à éclairer les personnages, mais remplissent d'autres fonctions.

Ils donnent de la réalité à la fiction (le Paris du XIXe siècle, la « rue Neuve-Sainte-Geneviève » et « le faubourg Saint-Marceau » au début du Père Goriot).

Ils recréent une époque [exemples personnels].

Ils créent l'atmosphère du roman [exemples personnels ; romans de science-fiction]

[Transition] Les lieux, s'ils sont le plus souvent révélateurs des personnages, ne sauraient cependant suffire à faire connaître le personnage.

Cette troisième partie est facultative mais enrichit la réflexion sur la problématique. Il faut l'alimenter d'exemples personnels.

III. Quels autres éléments éclairent le personnage ?

Le romancier dispose de nombreuses autres ressources à cet effet.

1. Le personnage est éclairé par le narrateur sans effet de miroir

À travers le narrateur, le romancier fait connaître directement le personnage en traçant son portrait physique (l'apparence physique révélant parfois l'être profond, le caractère ; exemples personnels) ; et son portrait moral (l'analyse psychologique dévoile la personnalité ; exemples personnels). Ce sont des pauses dans l'action qui révèlent les tréfonds du personnage.

2. Le personnage est éclairé par lui-même

La connaissance d'un personnage passe aussi par ce qu'il révèle lui-même de sa personnalité, de son milieu, de son caractère, notamment à travers ses paroles, sa façon de parler, son niveau de langue [exemples personnels] et à travers sa façon d'agir, ses réactions devant les événements [exemples personnels].

3. Le personnage est éclairé par les autres personnages

Les personnages s'éclairent aussi les uns les autres, par ressemblance (Rieux/Tarrou dans La Peste de Camus) ou par contraste (Don Quichotte/Sancho Pança de Cervantès). Certains personnages servent de repoussoir à d'autres en les mettant en valeur (Javert /Jean Valjean, Les Misérables de Hugo) ; d'autres sont des initiateurs qui guident le personnage dans son parcours et le révèlent à lui-même (Vautrin/Rastignac, Le Père Goriot de Balzac).

Conclusion

[Synthèse] Les lieux sont donc bien essentiels pour la connaissance du personnage romanesque : ils influent sur lui et sont modelés par lui, et, vus à travers son regard, ils suscitent ses réactions qui dévoilent son intériorité. Cependant, ils ne sont qu'un élément parmi les multiples moyens dont le romancier dispose pour aider le lecteur à connaître les personnages. [Ouverture] Il existe en ce sens une similitude entre le roman et le cinéma qui, par des plans et des mouvements de caméra, réussit à éclairer la vie intérieure des personnages.

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