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Dans quelle mesure les objets au théâtre sont-ils indispensables à la représentation de la pièce et à la production du sens ?

LE THÉÂTRE

Les objets au théâtre • Dissertation

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Antilles, Guyane • Septembre 2017

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Les objets au théâtre

Dissertation

La mise en scène d'une pièce s'appuie sur des éléments divers comme les accessoires mais aussi par exemple le décor, les costumes, les jeux de lumière et les effets sonores.

Dans quelle mesure sont-ils indispensables à la représentation de la pièce et à la production du sens ?

Vous appuierez votre développement sur les textes du corpus, les textes étudiés pendant l'année, ainsi que sur vos lectures personnelles.

Se reporter aux textes du corpus.

 

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Le sujet porte sur les éléments concrets de la « mise en scène » : « accessoires, décor, costumes, jeux de lumière, effets sonores ».

Il invite à réfléchir sur le rôle et sur l'utilité de ces éléments.

Les éléments indispensables à « la production du sens » sont ceux qui permettent de comprendre la pièce et sans lesquels l'intrigue perd de son sens.

La question peut être reformulée ainsi : En quoi les éléments de mise en scène sont-ils indispensables pour monter un spectacle de théâtre ?

Dégagez la problématique : peut-on se passer du décor, des costumes, des accessoires, des lumières, de la bande-son au théâtre ?

Le sujet invite à la discussion, mais comporte un présupposé : ces éléments sont indispensables dans certains cas (« dans quelle mesure »).

Subdivisez la problématique en sous-questions, pour trouver un plan : Quand/pourquoi les éléments de mise en scène sont-ils indispensables pour la représentation/pour la compréhension d'une pièce ? Pourquoi certains dramaturges/metteurs en scène limitent-ils au minimum les éléments de scénographie ?

Chercher des idées

Les exemples

Inspirez-vous des représentations que vous avez vues, que l'on vous a projetées, ou de photos de mises en scène.

Quelques accessoires/objets au théâtre : chez Molière : la cassette d'Harpagon (L'Avare), le sac où est enfermé Géronte (Les Fourberies de Scapin) ; chez Beaumarchais : le ruban de nuit de la comtesse (voir corpus, document A) ; chez Hugo, le poison et le cor (Hernani) ; chez Musset, l'épée et la cotte de mailles (Lorenzaccio) ; chez Beckett, la chaussure et le chapeau (En attendant Godot) ; chez Ionesco, les chaises (Les Chaises) ; chez Rostand, la lettre (Cyrano de Bergerac).

Quelques exemples de jeux de lumière : la nuit dans la fin du Mariage de Figaro (Beaumarchais), pour le meurtre du Duc dans Lorenzaccio (Musset), pour le dénouement de Cyrano de Bergerac (Rostand).

Exemples d'éléments sonores : le son du cor dans le dernier acte d'Hernani (Hugo) ; la « sonnerie perçante » dans Oh les beaux jours (Beckett).

Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

Le théâtre : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleur et les indications entre crochets servent à guider la ­lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

définition

Le scénographe s'occupe de la scénographie : peindre les décors et organiser l'espace théâtral (décor, éclairages, bande-son).

Introduction

[Amorce] Qui dit « théâtre » entend texte, acteurs, décors, costumes… et toute une équipe en amont du spectacle : metteur en scène, éclairagistes, ingénieur du son, décorateurs, costumiers, scénographe… Pourtant, certaines troupes optent pour des mises en scène « minimalistes » : peu ou pas de décors, de costumes, d'effets scéniques… [Problématique] Mais, au théâtre, peut-on se passer de la scénographie ? [Annonce du plan] Certains éléments scénographiques (objets, décors, costumes, sons, éclairages) sont essentiels à la représentation [I]. Mais on peut comprendre le parti pris de limiter au minimum tous les effets scéniques [II]. Pourtant, même s'ils ne sont pas toujours indispensables, ils sont utiles et peuvent enrichir une pièce [III].

I. Certains éléments scéniques sont indispensables

1. Les éléments sujets du discours, mentionnés dans le texte

remarque

Notez brièvement les références (metteur en scène, acteurs principaux, date, éléments originaux…) de toute représentation à laquelle vous assistez, pour pouvoir documenter efficacement votre dissertation.

« Vous avez là une jolie cotte de mailles, mignon ! », lance Lorenzo au Duc dans Lorenzaccio. « Comme vous la lisez,/Sa lettre ! » s'étonne Roxane lorsque Cyrano lit la dernière lettre de Christian.

L'objet, le son, la lumière ne sont pas des ornements superflus ; ils sont sujets du discours, font partie intégrante du texte. Comment comprendre à quoi Estragon s'en prend, dans En attendant Godot (Beckett), quand il demande à Vladimir de l'« aide[r] à enlever cette saloperie », si l'acteur ne s'acharne pas sur sa chaussure ?

2. Les éléments qui constituent des piliers de l'intrigue

Le changement de costume est la base même de l'intrigue de certaines pièces : sans le quadruple travestissement du Jeu de l'amour et du hasard, l'« expérience » amoureuse initiée par Silvia, sur laquelle repose la comédie de Marivaux, ne pourrait avoir lieu [à développer].

Dans L'Île des Esclaves, maîtres et valets sont contraints d'échanger leurs habits et, par cette substitution matérielle, changent aussi de fonction. Cette inversion des pouvoirs constitue le nœud dramatique de la pièce et soutient la remise en cause par Marivaux des privilèges aristocratiques.

3. Les éléments qui modifient le cours de l'action

Il peut s'agir d'accessoires. Le jeu sur les costumes est un élément de complication fréquent au théâtre : que d'amants y prennent le costume du maître à chanter pour tromper le barbon (Le Bourgeois gentilhomme, Le Malade imaginaire, Le Barbier de Séville) ! Le comte Almaviva change quatre fois de costume au cours du Barbier de Séville !

Parfois, ce sont les jeux d'éclairage ou les éléments sonores qui déterminent les changements dans le cours de l'action. Sans la nuit, comment le stratagème mis au point par le camp qui réunit Figaro, la Comtesse et Suzanne pour confondre le Comte pourrait-il fonctionner ? Le son du cor rappelle à Hernani sa promesse de se donner la mort dès que don Ruy lui aura rappelé son engagement, ce qui contraint le héros au suicide…

4. Un objet ou un son qui prend le statut d'un personnage

Peut-on ne pas tenir compte d'un objet, d'un élément de décor, d'un son qui est en quelque sorte un personnage de la pièce, qui interagit avec les autres personnages ? Dans Le Dindon, de Feydeau, un lit sous lequel sont cachées des sonnettes dénonce un adultère et ameute tout l'hôtel.

Pour monter Rhinocéros (Ionesco), il faut trouver des subterfuges suggérant la présence des rhinocéros, personnages impossibles à faire figurer sur scène : têtes bestiales accrochées au mur, bruits de galops et de barrissements, effets de sons et lumières, vent violent qui emporte tout sur scène.

II. Pourquoi réduire les éléments scéniques ?

1. Le choix du minimalisme…

La représentation des tragédies du xviie siècle ne nécessitait pratiquement aucun accessoire : Phèdre (Racine) ne requiert qu'un semblant de palais, un siège où « s'assied » la reine, parée seulement de « ces voiles » qui lui « pèsent ». De même, de nos jours, les accessoires et les effets scéniques (très fournis au xixe siècle) tendent parfois à être réduits au minimum, soit par les dramaturges eux-mêmes, soit par un choix délibéré du metteur en scène.

Ainsi, le décor des pièces de Beckett est intentionnellement minimal : En attendant Godot ne nécessite qu'un arbre, une chaussure, un chapeau, un navet et un fouet, une lourde valise, un siège pliant, un panier à provisions et un manteau, des lunettes et un vaporisateur : pas de quoi remplir un plateau !

[Transition] Comment expliquer le choix d'un dramaturge ou d'un metteur en scène de restreindre au strict minimum décor et effets scéniques ?

2. … pour donner la primauté au texte et au jeu des acteurs

Accorder une importance excessive aux éléments de mise en scène risque d'occulter, voire d'étouffer le texte. Ainsi, le jeu des déménageurs qui installent des éléments de décor sur une musique endiablée et les statues de femmes nues dans la mise en scène de Dom Juan de Daniel Mesguich (2002), monopolise l'attention du spectateur et le détourne du texte.

À l'inverse, une mise en scène épurée permet de se centrer sur le texte mais aussi sur le « tissu humain », vrai sujet du théâtre. Dans la mise en scène d'Incendies, de Wajdi Mouawad (2003), le minimalisme du décor permet au spectateur de se recentrer sur le jeu des acteurs et par là sur les personnages.

3. Le risque de détournement de sens et de trahison

Multiplier et inventer les effets scéniques présentent en outre le danger d'outrepasser ses droits de metteur en scène, voire de trahir le texte et l'auteur, et de frôler le contresens.

Après Mai 68 Patrice Chéreau, dans sa mise en scène de Dom Juan (1969), met sur scène une lourde charrette que Sganarelle, vêtu en clochard, tire péniblement, signe de son aliénation… Sommes-nous dans une pièce marxiste ?

4. Donner une dimension universelle et intemporelle à la pièce

Une mise en scène trop chargée d'accessoires datés (par exemple celle de Lorenzaccio par Franco Zeffirelli en 1976) peut empêcher la pièce de toucher les publics de toutes les époques. À l'inverse, limiter les éléments concrets à la représentation permet de lui éviter de « vieillir » ; c'est lui donner une portée générale, valable pour tout être humain au-delà du temps et des lieux.

Stanislas Nordey explique que, dans sa mise en scène d'Incendies, de Wajdi Mouawad (2007), il a effacé toute trace de réalité historique et géographique, afin de donner à la pièce une forme d'universalité, qui permet de révéler la violence de toutes les guerres.

III. Peut-être pas indispensables, mais utiles

1. Faire entrer dans l'action, créer l'illusion

Les effets scéniques permettent de représenter le contexte, de faire entrer le public dans l'action et de faire comprendre l'enjeu de la pièce. Jean-Paul Rappeneau, dans son film Cyrano de Bergerac (1990), par une multitude d'accessoires et d'effets sonores, transporte d'emblée le spectateur dans une rôtisserie, puis en plein siège d'Arras, enfin dans un couvent…

Au-delà de cette fonction, les accessoires et les effets scéniques favorisent l'illusion et l'émotion théâtrales, nécessaires à la réussite du spectacle. Le public doit y croire.

2. Éclairer les personnages

Le dispositif scénique permet aussi de comprendre la personnalité des personnages. La guitare qui accompagne Figaro dans Le Barbier de Séville (Beaumarchais) indique sa joie de vivre et ses prétentions artistiques.

La valeur symbolique des éléments scéniques permet de mieux cerner les personnages. Marcel Bluwal explique que, dans son adaptation de Dom Juan pour la télévision (1965), « le pouvoir de Dom Juan sur les autres est symbolisé par son épée ; ainsi, lorsqu'il entame sa montée vers le Commandeur, il abandonne son cheval et son épée, caractérisant ainsi sa volonté de suicide ».

3. Donner un ton à la pièce et lui donner du sens

Les effets scéniques sont aussi utiles pour donner un « ton » à la pièce : la Marche funèbre maçonnique et le Requiem de Mozart qui « sonorisent » la mise en scène de Dom Juan par M. Bluwal suggèrent « une sorte de longue marche de Dom Juan vers la mort » et transforment la comédie en tragédie.

Enfin, certains éléments scéniques donnent son sens à la pièce et véhiculent son « message » essentiel. La livrée qui « colle » à la peau de Ruy Blas est l'image de son statut de valet et représente, en la concrétisant, la fatalité sociale qui pèse sur le peuple, « grand » mais esclave de son rang.

Conclusion

[Synthèse] Les éléments scéniques font partie du théâtre en tant qu'art du spectacle, et la représentation ne saurait s'en passer. Cependant le choix de la sobriété en matière d'effets scéniques peut se justifier. Il n'en reste pas moins qu'ils sont précieux pour le dramaturge et le metteur en scène : ils leur permettent de faire comprendre au spectateur le sens de la pièce. [Ouverture] Les ressources scéniques permettent de revitaliser des pièces très anciennes, de rendre clair le sens d'une pièce qui n'est « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ».

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