Dans quelle mesure une pièce comique nécessite-t-elle d'être jouée pour faire rire ?

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re ST2S - 1re STI2D - 1re STL - 1re STMG | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Type : Dissertation | Année : 2015

 

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Antilles, Guyane • Septembre 2015

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Être joué pour faire rire

Dissertation

 Dans quelle mesure une pièce comique nécessite-t-elle d’être jouée pour faire rire ? Vous appuierez votre développement sur les textes du corpus, les textes étudiés pendant l’année, ainsi que sur vos lectures et connaissances personnelles.

Les textes du corpus sont reproduits ici.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

« être jouée » renvoie à la « représentation » (le spectacle).

« pour faire rire » indique la perspective à adopter : créer le comique. Il faut donc étudier le rapport entre le comique et la représentation.

Problématique : En quoi la représentation crée-t-elle le comique ?

« Dans quelle mesure » invite à mesurer l’efficacité de la représentation pour créer le comique et implique qu’il y a une limite à ce présupposé.

Pour répondre, n’oubliez pas la dualité du théâtre, texte et représentation. Vous devez donc aussi étudier les ressources comiques du texte.

Chercher des idées

Scindez la problématique en sous-questions : En quoi/comment/par quels moyens/pourquoi la représentation fait-elle rire ? ou, à l’inverse : Que perd en comique une pièce à être seulement lue ?

On peut aussi élargir la réflexion en se demandant : Le texte théâtral à lui seul peut-il faire rire ? Comment/par quels moyens ? et par conséquent : Que rajoute le spectacle au texte théâtral du point de vue du comique ?

Répertoriez les éléments de la représentation théâtrale : décor, costumes, lumières, gestes/mimiques, rythme, rôle du public.

 Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

 Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé

Corrigé

Le corrigé se présente sous forme de plan. Vous devez en développer les idées et inclure vos propres exemples, que vous expliquerez. Les titres en couleur et les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction [rédigée]

[Amorce] La boutade de Ionesco : « Je ne fais pas de la littérature. Je fais une chose tout à fait différente ; je fais du théâtre » souligne la spécificité du théâtre, qui est double (texte à lire, texte à jouer), et en perpétuelle création. [Problématique] Dans quelle mesure la représentation est-elle nécessaire pour créer le comique ? [Annonce du plan] Certes, le texte théâtral est premier et la lecture d’une pièce peut faire rire [I], mais voir une comédie représentée en intensifie le comique [II].

I. Les ressources comiques du texte théâtral

1. Le comique de situation

Situation de personnage trompé (ex. : le mari trompé] et sa complication : le trompeur trompé ou inversion de situation (ex. : Molière, Les Fourberies de Scapin, II, 3-4 : Léandre frappe Scapin qui avoue ses fourberies, puis c’est Léandre qui supplie Scapin de l’aider).

Coups de théâtre, comme l’intervention inattendue d’un personnage (ex. : Beaumarchais, Le Barbier de Séville : l’arrivée inopinée de Bazile).

Rebondissements (ex. : Beaumarchais, Le Barbier de Séville : Bartholo a enlevé l’échelle ; Le Mariage de Figaro : scène de Chérubin) ou coïncidences (ex. : Molière, Dom Juan : scène des deux paysannes).

Situations loufoques ou absurdes (ex. : Jarry, Ubu Roi ; Ionesco, La Leçon : un professeur assassine ses élèves ; scène de Tardieu dans le corpus).

Quiproquos (ex. : Molière, L’Avare, V, 3 : Harpagon parle de sa cassette pleine d’or, Valère parle de la fille d’Harpagon).

2. Le comique de caractère et le comique de mœurs, la satire

Les personnages de comédie ont souvent des obsessions qui suscitent le rire, notamment par la caricature (ex. : Molière, L’Avare, Le Bourgeois gentilhomme ; dans le corpus : scène du Malade imaginaire, scène de Labiche).

Les personnages évoluent dans un milieu dont le dramaturge fait la satire : il se moque des mœurs de son temps, d’un groupe social ou d’un vice (ex. : dans le corpus, scène du Malade imaginaire : satire des médecins et des précieux ; satire de la préciosité dans Les Précieuses ridicules, Les Femmes savantes).

3. Le comique de mots

Langue déformée (ex. : Molière, Le Médecin malgré lui : jargon paysan ; Molière, Dom Juan : le personnage de Pierrot).

Jeux de mots (ex. : Molière, Les Femmes savantes : la servante Martine qui confond « grammaire » et « grand-mère »).

Parodie caricaturale et outrance dans le discours, qui tournent au ridicule (ex. : scène du Malade imaginaire dans le corpus).

Communication étrange (ex. : Molière, L’Avare, Le Bourgeois gentilhomme, scènes du Malade imaginaire et de Tardieu dans le corpus) qui fonctionne mal ou pas du tout (théâtre de l’absurde).

[Transition] Tout cela contribue au comique d’une pièce, mais exige du lecteur un réel effort d’imagination. Le théâtre est fait pour être joué : on peut sourire à la lecture d’une comédie ; à sa représentation, on se surprend à rire.

II. La représentation multiplie l’efficacité comique

1. Un spectacle vécu collectivement : la position privilégiée du spectateur

Le rire est un acte social collectif. Le spectateur rit parce qu’il fait partie d’un groupe qui réagit à l’unisson. Ionesco compare le spectacle de théâtre à un match, dans lequel les réactions sont amplifiées par la présence du public.

Le rire intensifié par le direct. Décors, costumes, scénographie créent une atmosphère propice au rire [exemple personnel]. Les acteurs qui incarnent « en chair et en os » des personnages et leur donnent une voix, des gestes, une présence créent l’illusion théâtrale, qui fait ressentir en direct des émotions fortes : on rit plus intensément à la représentation, parce que dans la salle le théâtre se vit avant de se penser, le spectateur ressent avant de comprendre, il n’est plus sous le contrôle de sa raison (ex. : dans la vie réelle, on n’accepterait pas le dialogue de Monsieur A et Madame B ; au théâtre, il fait rire).

La représentation permet la complicité et l’interaction du spectateur avec les personnages : apartés (ex. : apartés de Dardenbœuf chez Labiche) et monologues (ex. : monologue d’Harpagon après le vol de sa cassette) ne produisent vraiment leur effet comique qu’à la représentation. Le spectateur est pris à parti, presque comme un personnage.

Le spectateur a une position privilégiée qu’il n’a ni dans la vie ni à la lecture : il sait tout, il voit tout (plus que les personnages eux-mêmes) et cela l’amuse (ex. : scène de Mon Isménie !).

2. Les ressources du spectacle pour faire rire

Certaines pièces/scènes ne valent que par leur représentation : la commedia dell’arte dont le texte ne fournit qu’un canevas et la farce, essentiellement constituées de lazzi et qui laissent libre cours à l’improvisation ; les scènes où tout réside dans le jeu de l’acteur (ex. : Philippe Torreton dans la scène du sac des Fourberies de Scapin).

Efficacité du décor, des costumes, des accessoires, des bruitages qui n’apparaissent pas sous la forme « abstraite » de didascalies mais deviennent des réalités appréhendées directement par les sens (vue et ouïe) [exemples personnels de mises en scène] et peuvent souligner la caricature du personnage et intensifier le rire (ex. : logis d’Argan rempli d’accessoires de médecine, logis d’Harpagon bardé de serrures et totalement nu).

Efficacité du jeu des acteurs et de la liberté d’interprétation, notamment le grossissement (ex. : le Sganarelle de Dom Juan dans la mise en scène de Daniel Mesguich, véritable clown mime, déguisé en infirmière en III, 1). L’acteur peut « ajouter » des jeux de scène, des mimiques à sa guise.

3. C’est l’association texte-interprétation qui donne son efficacité comique à une pièce

Le metteur en scène interprète la pièce, il adapte le comique aux goûts du public et l’actualise. On ne riait pas au xviie siècle aux mêmes jeux de scène que de nos jours [exemples personnels].

Les choix du metteur en scène peuvent donner lieu à des adaptations inattendues et à des effets comiques insoupçonnés (anachronismes volontaires, modernisation amusante). Par exemple, en transposant l’action à une autre époque : les naufragés de L’Île des esclaves, de Marivaux, transformés en aviateurs du début du xxe siècle dont l’avion s’est écrasé sur l’île ; le Figaro de Beaumarchais qui chante du rap ou du slam…

Enfin, si le texte est unique, les représentations sont multiples : chaque interprétation apporte sa dose plus ou moins forte de comique. Le Dom Juan de Marcel Bluwal fait sourire, celui de Daniel Mesguich fait rire. Le spectateur peut ainsi passer par une large palette d’émotions [exemples personnels].

Conclusion rédigée

[Synthèse] La représentation ne crée pas le comique, elle l’intensifie ; c’est la conjonction du texte et de sa représentation qui construit la pièce et lui donne toute son efficacité comique. [Ouverture] On mesure la force émotive et transfiguratrice du spectacle au fait que certaines interprétations parviennent à transformer une pièce, clairement désignée comme une comédie par son créateur, en une tragédie. Mais n’est-ce pas alors trahir l’auteur ?