Dans une lettre, vous incitez un(e) de vos ami(e)s à lire ou à écrire de la poésie. (L)

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re L | Thème(s) : Écriture poétique et quête du sens - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2012 | Académie : Amérique du Nord
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet & Corrigé
 
Poésie et musique
 
 

Poésie et musique • Invention

Poésie

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Amérique du Nord • Juin 2012

Série L • 16 points

Écriture d’invention

> Dans une lettre, vous incitez un(e) de vos ami(e)s, qui trouve le quotidien plat et morne, à lire ou à écrire de la poésie.

Vous vous appuierez sur des références précises, tirées du corpus et de votre expérience personnelle.

Comprendre le sujet

  • Forme du texte à produire : « lettre ». Respectez-en les caractéristiques formelles : formule d’adresse, implication de l’auteur et du destinataire.
  • Sujet/thème du texte : « la poésie » ; la perspective à adopter sur ce thème général est « ses fonctions ».
  • Type de texte : « vous incitez… » indique que le texte est argumentatif. La thèse est : La poésie permet d’enrichir ou de renouveler notre rapport au quotidien, de lui rendre relief et saveur.
  • Situation d’énonciation : Qui ? vous qui devient « je » À qui ? « à un de vos amis ». Cela implique une certaine complicité.
  • Niveau de langue : courant. Le registre n’est est pas indiqué.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Lettre (genre), qui argumente sur (type de texte) les bienfaits de la poésie (thème), pour montrer qu’elle redonne de la saveur au monde (but).

Chercher des idées

Le fond

  • Il s’agit en quelque sorte d’une dissertation déguisée… en lettre.
  • Il faut chercher des arguments et des exemples (voir sujet précédent).
  • Réfléchissez sur les qualités esthétiques de la poésie, sur ses bienfaits psychologiques, sur l’éclairage qu’elle donne de la réalité profonde que l’on ne perçoit pas, sur la réflexion existentielle, sur son renouvellement de la langue et des mots, donc du monde qu’ils évoquent.

La forme

  • Votre texte doit être vivant et spontané.
  • Pour faire partager votre enthousiasme, vous devez prodiguer des encouragements à votre destinataire, sous forme d’incitations (impératifs, exclamations…), et peut-être par moments adopter un ton lyrique.
  • Utilisez une langue poétique : musicalité, création verbale, symboles…
  • Faites une recherche de champs lexicaux, notamment les antonymes positifs de « plat, morne » : exaltant, enthousiasmant, saveur/savoureux, goût, enrichir/enrichissement, plaisir, renouveler/renouvellement…

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>La poésie : voir mémento des notions.

Corrigé

Chère Sylvie,

J’ai réfléchi à notre conversation d’hier : tu sais, quand tu m’as dit que tu t’ennuyais, que tu ne voyais aucun intérêt à notre quotidien « insipide » que tout te paraissait déjà « usé » – je te cite… Certes, il y a plus palpitant que nos vies de lycéennes. Mais considère les choses sous un autre angle. Ce qu’il te faut, c’est jeter un regard neuf sur le monde et la vie, et, pour cela, je suis sûre que la poésie peut t’aider.

La poésie peut rendre des couleurs plus vives au quotidien. Pourquoi ? Hé bien, parce qu’elle peut devenir un véritable jeu. As-tu déjà entendu parler du Parti pris des choses de Ponge ? Le poète y choisit les objets les plus banals, ceux que nous ne voyons même plus tant ils font partie de notre quotidien… Et, par la magie d’images insolites, par des rapprochements inattendus, il te les fait re-découvrir, ou plutôt il te les fait voir comme pour la première fois : c’est magique ! Le Pain se transforme en une terre au milieu d’un « four stellaire »… Le Cageot devient un personnage des plus « sympathiques »… Et le monde reprend des couleurs, une vie.

Ce qui ne veut pas dire que la poésie n’est faite que pour s’occuper de choses triviales et quotidiennes, loin de là. Justement, ce qui la rend aussi riche, c’est qu’elle peut parler de tout en même temps. Aussi bien de la fourmi qui traîne péniblement son fardeau que de vertiges métaphysiques. Ponge peut donc parler des « compagnies de moustiques » dans « La Robe des choses », tout comme René Char peut exprimer son malaise face à un monde désespérément décevant, rempli de « pisse-lyres » et « d’estaminets » dérisoires, que, selon lui, il faut quitter comme l’a fait Rimbaud. Cette capacité de la poésie à tout transformer me semble particulièrement apte à répondre à ton mal-être. Tu me diras peut-être que cela dénature la réalité, mais je ne le pense pas. Il ne s’agit pas de tricher sur la réalité des choses, mais de la mettre en valeur, de changer la lumière qui l’éclaire.

Enfin, si jamais ce bas monde ne te suffit décidément pas, rien ne t’empêche de t’en évader pour explorer des sphères étrangères. « Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ! », comme le disait Baudelaire dans Les Fleurs du mal. Regarde Le Bateau ivre de Rimbaud : c’est une magnifique hallucination détachée de toute réalité. Les critiques s’écrasent régulièrement comme des vagues sur la digue de ce poème qui leur résiste toujours (mais je deviens poète…). Quels sont les « poteaux de couleur » où sont « cloués » les « hâleurs » qui guidaient le poète ? Quel est ce « Poème de la Mer influé d’astres et lactescent » où il « baigne » ? Et quel est cet « enfant accroupi, plein de tristesse », qui « lâche un bateau frêle comme un papillon de mai » à la fin du poème ? J’ai beau ne rien y comprendre, je sens un plus grand sens derrière ce texte : un désarroi vertigineux qui côtoie un élan ardent vers l’Idéal – comme dans « La Musique » de Baudelaire – et un enthousiasme – au sens poétique et antique du terme – mélancolique qui m’émeut beaucoup.

Et puis, après tout, chacun d’entre nous est un peu poète. Pourquoi ne t’essaierais-tu pas à écrire toi aussi des poèmes : c’est par l’écriture que Baudelaire a pu échapper au spleen ! En écrivant « Invitation au voyage », « Élévation » ou « Harmonie du soir », il s’est sorti du monde sordide qui l’angoissait pour atteindre des sphères où il se sentait libre et beau comme un Albatros. Les poètes peuvent inventer des pays où « Tout n’est que luxe, calme et volupté ». Pourquoi pas toi ? Le monde t’en paraîtrait moins morose.

Et quelle sensation de liberté que de pouvoir jouer avec les multiples sens des mots, les sonorités, d’inventer son propre langage, comme les surréalistes, ou Queneau qui invente le verbe « enpapaouèter » ou encore Prévert qui donne vie à un oiseau peint sur une toile et le libère de sa cage.

J’espère t’avoir convaincue. En tout cas, je pense sincèrement que la poésie t’aiderait à éclaircir tes idées noires. Et je te conseillerais bien de commencer par des textes de Hugo : il a du souffle ! Il saura relever le goût de ton quotidien « inodore, incolore et sans saveur », comme tu dis. Une confidence : de temps à autre, moi aussi j’écris des poèmes et c’est cent fois plus efficace et libérateur que tous les remèdes anti-stress du monde. Alors, tu vois, il ne faut pas hésiter et surtout ne pas avoir honte d’écrire.

Salut, et à bientôt… poète en herbe !