Décrivez le point de vue de Lantier sur le spectacle de la ville

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - L'écriture d'invention
Type : Écriture d'invention | Année : 2011 | Académie : Hors Académie

À quoi bon les descriptions ?

 Écriture d'invention

 Lantier, attendu par Gervaise, revient d'une nuit de festivités qui le conduit à porter un regard sur la ville tout à fait opposé à celui de sa compagne. Décrivez de son point de vue le spectacle de la ville et du mouvement de la foule au petit matin, en en faisant ressortir le charme et la poésie.
 Votre texte sera essentiellement descriptif et mettra en valeur les sensations et les sentiments du personnage ; vous conserverez le niveau de langue utilisé par Zola.

Se reporter aux textes du corpus et en particulier au document B.
 

     LES CLÉS DU SUJET  

Comprendre le sujet

Analysez précisément les mots de la consigne afin de faire la « définition » du texte à produire.

  • Genre : « décrivez », « personnage », « Zola » indiquent que vous devez écrire un extrait de roman.

  • Sujet / thème du texte : « spectacle de la ville / la foule au petit matin » ; « sensations / sentiments du personnage ».

  • Type de texte : « décrivez » implique que vous fassiez une description.

  • Registre : il n'est pas précisé ; vous avez donc le choix.

  • Situation d'énonciation : le narrateur est, comme dans le texte de Zola, en dehors de l'histoire (utilisez la 3e personne du singulier).

  • Niveau de langue : celui « utilisé par Zola », c'est-à-dire correct, courant.

Définition du texte à produire

Extrait de roman (genre) qui décrit (type de texte) la ville et la foule au petit matin (thème), esthétique, poétique (adjectifs) pour mettre en valeur les sensations et les sentiments de Lantier (but).

Chercher des idées

  • Éléments décrits

    • Reprenez des éléments du décor ou des détails spatiaux fournis par Zola, des précisions sur la foule en mouvement.

    • Mais « charme et poésie » indiquent qu'il faut les décrire positivement. Utilisez des mots mélioratifs (et non péjoratifs comme Zola) et les procédés de l'éloge (images agréables, rythme ample des phrases...). Insistez sur les aspects esthétiques de la ville.

  • Sensations et sentiments de Lantier

    • « Regard [...] tout à fait opposé à celui de sa compagne » : Lantier ressent insouciance, allégresse, impression de bonheur et de liberté.

    • Après « une nuit de festivités » peut suggérer des restes d'ivresse, de fatigue qui l'étourdissent encore un peu.

  • Procédés pour rendre compte de ses sensations et sentiments

    Le point de vue étant interne, vous devez en utiliser les procédés :

    • désignation directe des sentiments par le narrateur ;

    • monologue intérieur au style direct ou au style indirect libre ;

    • verbes de perception (visuelles, olfactives, auditives, tactiles, gustatives) ;

    • verbes d'intériorité : penser, songer, méditer, réfléchir, rêver, sentir... ;

    • repères spatiotemporels qui orientent le regard (« à droite... ») ;

    • adjectifs exprimant le jugement valorisant, qui ne soient pas seulement descriptifs mais supposent une interprétation (« fascinant ») ;

    • vous pouvez aussi révéler ses sentiments par la démarche, les gestes, le regard du personnage.

  • Le registre : il peut être lyrique.

Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.

Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Lantier remontait tranquillement le boulevard de Rochechouart. Au petit matin, l'agitation encore ensommeillée des badauds au cœur de la ville était un spectacle plaisant pour qui était quelque peu fatigué d'une nuit de veille et de fête. La lumière incertaine du matin n'avait rien de terne : elle réchauffait lentement les couleurs de Paris et révélait peu à peu ce que recelaient les recoins ombrageux des rues.

À droite, on entendait la rue de Dunkerque s'animer peu à peu. Un jeune homme affairé en déboucha soudain, s'empressant, visiblement, de regagner une des boucheries du boulevard de Rochechouart. On aurait dit que, tout d'un coup, l'ombre avait accouché d'un être. Lantier resta quelques instants à contempler les passants qui apparaissaient et disparaissaient comme par magie, en sortant et en s'enfonçant dans la rue de Dunkerque. Mais la lumière se faisait de plus en plus claire : bientôt, le charme fut rompu. À présent, s'offrait devant lui le spectacle enivrant d'une rue qui s'éveillait doucement à l'activité et à l'agitation matinales.

Lantier se décida à poursuivre sa route. Pour une fois, au lieu de regarder par terre en marchant, il se força à lever les yeux vers les immeubles qui l'entouraient. Les façades se coloraient d'une teinte chaude, presque chatoyante, et les balcons parfois ornés de fleurs offraient des contrastes de lumière saisissants. Du troisième étage, une femme regardait la foule s'ébattre en contrebas. Un vent frais vint lui caresser le visage et fit voleter sa chevelure légèrement décoiffée. Lantier aurait voulu la saluer, mais comment aurait-elle pu le voir, au beau milieu de la foule affairée de Paris ? Et puis à quoi bon, au fond ?

Il reprit paisiblement sa route et vit que le vent avait formé des tourbillons de poussière, qui montaient, se précipitaient en cascade sur le sol, pour mieux rebondir et courir sur tout le boulevard. Cela l'entraînait : il accéléra légèrement le pas et se fraya un chemin parmi les garçons bouchers avec leurs tabliers, qui allaient de-ci de-là, courant de toutes parts en un ballet curieux et vif. La ville commençait à être bien éveillée : décidément, Paris au petit matin avait un certain charme... Malgré sa nuit blanche, Lantier se sentait parfaitement alerte : les yeux bien ouverts, il commença à dévisager les passants qui ne lui prêtaient aucune attention. C'était comme si, invisible, il était le seul à les voir, tandis que, concentrés sur leur tâche, leurs soucis, ils s'apercevaient à peine qu'ils étaient entourés de centaines de personnes qui, semblables à eux, ne les voyaient pas non plus. Lantier se sentait comme au sein d'un tableau, dont il détaillait les personnages inconnus mais fascinants. Une jeune femme aux cheveux ambrés frôla son bras sans même s'en apercevoir ; quelques secondes plus tard, un jeune garçon d'une dizaine d'années, casquette vissée sur le crâne, l'air sérieux, le bouscula pour aller s'acquitter d'une commission sans doute fort importante. Lantier sourit et poursuivit son chemin.

Il s'écarta pour laisser passer une charrette. Ce n'est qu'en entendant les cris courroucés du conducteur que le boucan du boulevard lui frappa enfin les oreilles. C'était un concert de voix confus et indistinct, une sorte de musique de fond qui rythmait ses pas et lui donnait de l'élan. Il y avait bien plus que les cris des bouchers, des garçons boulangers, des ouvriers se rendant au travail, bien plus que les aboiements des chiens errants qui traversaient le boulevard en trottant : tous ces bruits auxquels il n'avait jamais prêté attention emplissaient à présent sa tête. Il entendait jusqu'au froissement des jupons des femmes qui passaient, à peine perceptible.

Lantier s'aperçut soudain qu'il était arrivé devant le futur hôpital de Lariboisière. Il s'arrêta quelques instants. Les murs blancs commençaient à s'élever, et l'on pouvait deviner le plan de construction. Il ne voyait rien de laid dans la masse de gravats qui gisait à terre. Ils indiquaient que là s'élèverait un nouveau bâtiment fier et majestueux. Non, il fallait un autre terme pour définir cela ! Lantier réfléchit quelques instants et la réponse lui apparut soudain. Une promesse : le chantier était une promesse !

Il s'en détourna finalement et s'engagea sur le boulevard de la Chapelle. À une fenêtre de l'hôtel, il distingua le visage de Gervaise qui scrutait convulsivement la foule. Elle ne pouvait pas le distinguer au milieu de la cohue dans laquelle il se trouvait pris depuis que le soleil s'était levé.

Il n'était pas sûr de vouloir en sortir pour la rejoindre : elle ne semblait pas en voir tout le charme comme lui.