Descartes, Lettre à Morus

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle Générale | Thème(s) : Le langage
Type : Explication de texte | Année : 2020 | Académie : Inédit


Explication de texte

Descartes, Lettre à Morus

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Pythagore, philosophe et mathématicien de l’Antiquité, justifiait son végétarisme par le refus de manger ce qui était doué d’âme, celle-ci étant, selon lui, immortelle, et se réincarnant à travers les différents règnes. Mais qu’est-ce qui nous prouve que les animaux ont une âme ?

 

Expliquez le texte suivant :

De tous les arguments qui nous persuadent que les bêtes sont dénuées de pensée, le principal, à mon avis, est que bien que les unes soient plus parfaites que les autres dans une même espèce, tout de même1 que chez les hommes, comme on peut voir chez les chevaux et chez les chiens, dont les uns apprennent beaucoup plus aisément que d’autres ce qu’on leur enseigne ; et bien que toutes nous signifient très facilement leurs impulsions naturelles, telles que la colère, la crainte, la faim, ou d’autres états semblables, par la voix ou par d’autres mouvements du corps, jamais cependant jusqu’à ce jour on n’a pu observer qu’aucun animal en soit venu à ce point de perfection d’user d’un véritable langage, c’est-à-dire d’exprimer soit par la voix, soit par les gestes quelque chose qui puisse se rapporter à la seule pensée et non à l’impulsion naturelle. Ce langage est en effet le seul signe certain d’une pensée latente2 dans le corps ; tous les hommes en usent, même ceux qui sont stupides ou privés d’esprit, ceux auxquels manquent la langue et les organes de la voix, mais aucune bête ne peut en user ; c’est pourquoi il est permis de prendre le langage pour la vraie différence entre les hommes et les bêtes. Les autres arguments qui retirent la pensée aux bêtes, je les passe sous silence, pour être bref. Je voudrais cependant indiquer que je parle de la pensée, non de la vie ou de la sensibilité : je ne refuse la vie à aucun animal, car je crois qu’elle consiste dans la seule chaleur du cœur ; je ne lui refuse même pas la sensibilité, dans la mesure où elle dépend d’un organe corporel.

René Descartes, Lettre à Morus, 1649.

1. Ici, l’expression « tout de même » signifie « de même ».

2. Latent : qui ne se manifeste pas, mais est susceptible de le faire.

 

Les clés du sujet

Repérer le thème et la thèse

Dans ce texte, Descartes examine le rapport de l’être humain à l’animal : qu’est-ce qui nous distingue de ces autres vivants ?

Il démontre ici que nous sommes essentiellement distincts des animaux et supérieurs à eux dans la mesure où ils ne pensent pas : la preuve, c’est qu’ils n’ont pas de langage, ce qui indique qu’ils sont dépourvus d’âme.

Dégager la problématique

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Repérer les étapes de l’argumentation

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : 1. Les animaux ont des degrés de perfection divers (l. 1 à l. 12); Descartes développe d’abord un argument visant à établir que les animaux ne sont pas doués de pensée : s’ils se distinguent par des degrés de « perfection » divers et s’ils communiquent immédiatement des besoins, les animaux, dit-il, n’ont pourtant pas de langage.; Ligne 2 : 2. Les animaux n’ont pas de langage (l. 12 à l. 18); Ainsi, s’ils peuvent apprendre certaines choses, ils sont séparés de nous par une différence essentielle. Car le langage, fait de signes qui introduisent une médiation entre nous et la réalité, est la marque de la pensée : lui seul indique que sous un corps il y a une âme.; Ligne 3 : 3. Les animaux seraient des vivants sans âme (l. 19 à l. 22); Enfin, Descartes précise que la spécificité de l’animal vis-à-vis d’une plante ou d’une machine tiendrait simplement à son corps.;